34ème Festival du Premier Roman de Chambéry.

Un événement aux milles facettes, littéraires mais aussi artistiques et culturelles. À découvrir ou à redécouvrir du 27 au 30 mai 2021.

  • Dehors, le bruit des tirs s'intensifie. Rassemblés dans la cour de l'école, les élèves attendent en larmes l'arrivée de leurs parents. La jeune narratrice de ce saisissant premier chapitre ne pleure pas, elle se réjouit de retrouver avant l'heure « son géant ». La main accrochée à l'un de ses grands doigts, elle est certaine de traverser sans crainte le chaos.
    Ne pas se plaindre, cacher sa peur, se taire, quitter à la hâte un appartement pour un autre tout aussi provisoire, l'enfant née à Beyrouth pendant la guerre civile s'y est tôt habituée.
    Son père, dont la voix alterne avec la sienne, sait combien, dans cette ville détruite, son pouvoir n'a rien de démesuré. Même s'il essaie de donner le change avec ses blagues et des paradis de verdure tant bien que mal réinventés à chaque déménagement, cet intellectuel - qui a le tort de n'être d'aucune faction ni d'aucun parti - n'a à offrir que son angoisse, sa lucidité et son silence.
    L'année des douze ans de sa fille, la famille s'exile sans lui à Paris. Collégienne brillante, jeune femme en rupture de ban, mère à son tour, elle non plus ne se sentira jamais d'aucun groupe, et continuera de se réfugier auprès des arbres, des fleurs et de ses chères adventices, ces mauvaises herbes qu'elle se garde bien d'arracher.
    De sa bataille permanente avec la mémoire d'une enfance en ruine, l'auteure de ce beau premier roman rend un compte précis et bouleversant. Ici, la tendresse dit son nom dans une main que l'on serre ou dans un effluve de jasmin, comme autant de petites victoires quotidiennes sur un corps colonisé par le passé.

  • « Cueilli impréparé, j'étais de ces taulards qui font leur entrée dans le monde sans aucun effet personnel. » Irkoutsk, Sibérie orientale. Yoann Barbereau dirige une Alliance française depuis plusieurs années. Près du lac Baïkal, il cultive passions littéraires et amour de la Russie. Mais un matin de février, sa vie devient un roman, peut-être un film noir. Il est arrêté sous les yeux de sa fille, torturé puis jeté en prison. Dans l'ombre, des hommes ont enclenché une mécanique de destruction, grossière et implacable, elle porte un nom inventé par le KGB : kompromat. Il risque quinze années de camp pour un crime qu'il n'a pas commis. L'heure de l'évasion a sonné...

  • Ce 9 juin 1936, Émile a vingt ans et il part pour son service militaire. C'est la première fois qu'il quitte la magnanerie où étaient élevés les vers à soie jusqu'à la fin de la guerre. Pourtant, rien ne vient bousculer les habitudes de ses parents. Il y a juste ce livret de famille, glissé au fond de son sac avant qu'il ne prenne le car pour Montélimar.
    À l'intérieur, deux prénoms. Celui de sa mère, Suzanne, et un autre, Baptistin. Ce n'est pas son père, alors qui est-ce ? Pour comprendre, il faut dévider le cocon et tirer le fil, jusqu'au premier acte de cette malédiction familiale.

    Ce premier roman virtuose, âpre et poignant, nous plonge au coeur d'un monde rongé par le silence. Il explore les vies empêchées et les espoirs fracassés, les tragédies intimes et la guerre qui tord le cou au merveilleux. Il raconte la mécanique de l'oubli, mais aussi l'amour, malgré tout, et la vie qui s'accommode et s'obstine.

  • Les hérétiques

    Elyse Carré

    • Inculte
    • 3 Juin 2020

    Une guérisseuse au moyen-âge, une américaine moyenne dans les années 1970, une militante communiste dans l'Italie des années de plomb, une jeune influenceuse russe dans un 21e siècle effrayant, un personnage post-genre dans une société que l'on pense pacifiée. Cinq vies qui rompent avec les destins qui leur étaient tracés et qui se répondent à travers le temps et l'espace. 

  • « Tremblante, Céleste rassembla ce qui lui restait de courage pour observer les mains de sa mère qui remontaient la couverture, comme on ajuste un mensonge, comme on ferme un cercueil. Elles achevèrent de sortir Céleste de l'enfance. Elles étaient un feu de bois, labourées par la lave, tachée de flammes, de gris, de honte. »Noire précieuse est l'histoire d'une mère qui tente de sauver sa peau en écorchant sa chair. Noire précieuse est l'histoire d'une relation tendre entre une jeune fille et sa mère, l'histoire des modes de communication qui circulent dans les rues de Paris, entre Château d'Eau et le boulevard Saint-Germain. La langue nouchi rencontre le « français des Blancs », qui pénètre aussi l'argot ivoirien. Noire précieuse est l'histoire d'une relation tendre et sensuelle comme une caresse, violente comme une identité imposée du dehors et qui « excite le sang ». Qui présente, sous une forme nerveuse et épidermique, la dissimulation autant que l'affirmation d'une identité et d'un parler noirs dans les rues de Paris.

  • « Elles étaient au nombre de douze. Douze méduses qui plongèrent parmi les bulles éclairées au néon dans l'aquarium. Leurs tentacules flottant comme des fourreaux de fantômes ».

    Dans les rues serpentines du Vieux-Nice, Rosa déambule au bras de son fils, Lino. Ensemble ils rêvent de posséder un hôtel dans lequel un immense aquarium accueillerait des méduses. A peine dix-neuf ans d'écart, ils forment un duo inséparable. Jusqu'au jour où Lino est arrêté et emprisonné pour le meurtre d'un enfant.
    Pour Rosa, l'innocence de son fils est incontestable. Dans un ballet d'images charnelles, poétiques, la mater dolorosa se lance dans une quête sublime et dévorante. Mais jusqu'où l'amour maternel peut-il conduire ?

  • Noces de jasmin

    Hella Feki

    Janvier 2011. Les journaux sont censurés, les informations se diffusent sur Internet et un murmure parcourt la Tunisie : la rue gronde. Mehdi, un jeune journaliste, tourne en rond dans sa cellule, sans savoir ce qu'il va devenir. La Cellule, elle, sait tout, elle a vu ce que les geôliers ont fait aux autres prisonniers.
    Dehors, Essia s'inquiète de la disparition de Mehdi, son nouvel amour. Elle part à Sfax, sa ville d'origine, pour tenter de le retrouver. À Tunis, Yacine, le père d'Essia, se rappelle l'indépendance. D'ailleurs, il a mal sous le pied gauche, comme au depart des Francais en 1956. Mehdi est encore le seul à le comprendre : c'est une révolution.

    Hella Feki décrit la révolution de jasmin de l'intérieur, avec une écriture puissante, évocatrice, sensuelle. Ses personnages racontent leurs espoirs, leurs blessures, leurs peurs, leurs défaites, leurs envies de tout changer. De tout casser. Pour mieux reconstruire.

  • L'objet brillant est sagement posé sur la table de nuit. Seren devrait prêter attention à son père, étendu sous le drap: sa mort vient de les surprendre tous, elle et ses frères, sa mère et ses grands-parents, mais c'est la cuillère en argent ciselée qui la retient: elle ne l'a jamais vue dans la vaisselle de l'hôtel que gère sa famille au Pays de Galles. À l'aube de ses dix-huit ans, la jeune fille pourrait sombrer, mais les circonstances aiguisent sa curiosité. L'énigme que recèle l'objet, avec son inscription incisée, la transporte. Elle se met à dessiner passionnément (la cuillère) et à observer toute chose de son regard décalé. Un premier indice sur sa provenance la décide à traverser la Manche, à débarquer en France et, au volant de la Volvo paternelle, à rouler. La cuillère pour boussole.
    Beaucoup d'égarement, une bonne dose d'autodérision et un soupçon de folie l'aideront, dans son road-trip loufoque, à se confronter à ce peuple étrange qui confond Gallois et Gaulois, avant de découvrir en Bourgogne un château chargé d'histoire(s).

  • Dans l'Irak rural d'aujourd'hui, alors que des combats sévissent, la narratrice a, en cachette, une relation amoureuse avec Mohammed. Celui-ci meurt sous les obus, elle est enceinte. Destin inéluctable : elle sera tuée par Amir, le frère aîné, dépositaire de l'autorité masculine depuis le décès du père. Un crime pour laver l'honneur de la famille, laquelle approuve en pleurs et en silence : la belle-soeur, épouse soumise ; le jeune Hassan qui aimerait fuir le pays ; la mère qui a bâti pour ses filles la même prison que pour elle ; Ali, tolérant mais lâche ; et la petite soeur, Layla, celle pour qui on tue, afin que cela serve d'exemple.
    Résonnent en contrepoint la présence tutélaire de Gilgamesh et la poésie du Tigre, fleuve qui porte en lui la mémoire du pays et la perdition des hommes.

  • Les oiseaux rares

    Hugo Paviot

    • Seuil
    • 2 Janvier 2020

    À Vitry-sur-Seine, Sihem, jeune franco-algérienne de 23 ans, fait sa rentrée en première au microlycée, un établissement pour élèves décrocheurs. Elle loge à la résidence autonomie Auguste Blanqui, où elle fait la connaissance d'Emile, dit Zapata, un vieux révolutionnaire de 82 ans. Sihem ne croit pas en une société qui, pense-t-elle, ne lui offre pas d'avenir. Zapata cherche un sens à sa vie qui s'achève.

    Hélène, la professeure de français de Sihem, et Rose, la directrice de la résidence, sont les témoins complices de l'amitié naissante entre ces deux écorchés. À l'aube et au crépuscule de leur chemin, ils prendront ensemble leur envol.

    Sur l'autre rive de la Méditerranée, en Algérie, Achir rêve lui aussi de changement et de liberté....

    Un premier roman lumineux.

  • C'est l'histoire d'un père qui élève seul ses deux fils. Une histoire d'amour. Les années passent et les enfants grandissent. Ils choisissent ce qui a de l'importance à leurs yeux, ceux qu'ils sont en train de devenir. Ils agissent comme des hommes. Et pourtant, ce ne sont encore que des gosses. C'est une histoire de famille et de convictions, de choix et de sentiments ébranlés, une plongée dans le coeur de trois hommes.
    Laurent Petitmangin, dans ce premier roman fulgurant, dénoue avec une sensibilité et une finesse infinies le fil des destinées d'hommes en devenir.

  • À la mort de sa grand-mère, une jeune femme hérite de l'intrigante commode qui a nourri tous ses fantasmes de petite fille. Le temps d'une nuit, elle va ouvrir ses dix tiroirs et dérouler le fil de la vie de Rita, son Abuela, dévoilant les secrets qui ont scellé le destin de quatre générations de femmes indomptables, entre Espagne et France, de la dictature franquiste à nos jours.

    La commode aux tiroirs de couleurs signe l'entrée en littérature d'Olivia Ruiz, conteuse hors pair, qui entremêle tragédies familiales et tourments de l'Histoire pour nous offrir une fresque romanesque flamboyante sur l'exil.

  • "Enfant, lorsqu'il était en vie, il se couchait dans l'herbe, le soir, pour observer le ciel. Aujourd'hui, depuis son carré d'herbe étanche à la lumière, il a beau plisser les yeux, il ne peut plus rien voir." Jusqu'il y a peu, Alexis était vivant. A présent, il ne sait plus. Il perçoit encore la vie alentour, le bruissement des feuilles, le pas des visiteurs, et celui, sautillant, de sa petite soeur qui vient le visiter en cachette.
    Il se sent plutôt bien, mais que fait-il là ? Il ne sait plus. Ses proches n'y comprennent rien non plus. Quel est le mystère d'Alexis ? Qu'a-t-il voulu cacher à en mourir ?
    Caroline Valentiny explore le clair-obscur de l'existence dans un premier roman d'une subtilité et d'une douceur impressionnantes.

  • Qui est ce soldat énigmatique qui se fait appeler Belleface ? Et quel est le lourd et douloureux secret qu'il dissimule avec tant de précautions à ses hommes ? Rescapé du camp de Treblinka, ancien légionnaire en Indochine, officier légendaire de l'armée israélienne, il commande un avant-poste dans le sud du Liban en 1985. Sa mission : protéger la frontière nord d'Israël contre les attaques du Hezbollah avec l'aide de quelques miliciens libanais à la solde de l'État hébreu. L'arrivée d'un jeune Français ardent et idéaliste au sein de cette communauté d'hommes confinés en territoire hostile, assiégés par un ennemi insaisissable, perdus dans une sorte de désert des Tartares oriental, va être un révélateur. Et faire apparaître le mystère si invraisemblable de la vie de Belleface, héros inconnu dont l'Histoire n'a pas retenu le nom.
    Inspiré de la vie d'un personnage ayant réellement existé, Le Métier de mourir est un beau et grand roman métaphysique, marqué par un romantisme échevelé, où s'entremêlent, autour d'un individu hors du commun, des histoires d'hommes et d'amour, dans des paysages de commencement du monde, au rythme des balles qui sifflent et des Saintes Écritures.

  • Londres, 1889. Dans un monde victorien où se croisent riches oisifs et damnés de la terre, Oscar Klives, jeune médecin idéaliste, a renoncé à une carrière de neurologue pour se mettre au service des déshérités dans un hospice de l'East End.
    Un des miséreux qu'il examine, William Noone, se présente malgré son grand âge comme un homme de trente-deux ans. Pour Noone, qui se dit marin et se croit en 1847 dans un port irlandais, prêt à appareiller, le temps s'est arrêté.
    Cherchant à comprendre ce cas exceptionnel, le médecin consigne ses observations dans un journal et finit par traverser l'Atlantique sur les traces de son patient. La découverte du destin du marin sans mémoire va bouleverser sa vie...
    Dans un style admirable, un premier roman nourri d'humanisme, qui interroge les mystères de la mémoire et de l'identité.

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