Langue française

  • Après la révélation qu'a été pour ses nombreux lecteurs La Mémoire des Croquants (1435-1652), Jean-Marc Moriceau poursuit ici sa passionnante enquête sur la vie de nos ancêtres paysans depuis le retour de la paix civile jusqu'à l'aube de la Révolution qui bouleverse les campagnes.
    Ce volume offre un accès direct aux sources en associant les témoignages sur l'évolution des campagnes aux confidences des acteurs eux-mêmes. Avec l'essor de l'alphabétisation - et la croissance de la population rurale, qui passe de 17 à 23 millions d'habitants -, chaque région répond à l'appel. Des plaines du Nord jusqu'aux villages du Queyras, les gens de la terre écrivent. Alternent ainsi des événements de toute nature et des faits de la vie quotidienne, les bonheurs et les malheurs. Avec 1 380 épisodes concrets, cette fresque foisonnante nous aide à sonder les reins et les coeurs, nous tenant en haleine sur cinq générations et trois règnes (Louis XIV, Louis XV, Louis XVI). Trois phases, qui ne coïncident d'ailleurs pas avec l'histoire politique, scandent la période : cinq décennies de fer où la pression fiscale de l'État et les destructions des guerres se conjuguent avec les fléaux de la nature (1653-1700) ; un demi-siècle de morosité où les incertitudes l'emportent (1701-1750) ; une génération d'espoirs enfin où des progrès techniques et même sociaux se dessinent (1751-1788). Passé 1750, l'accélération de l'histoire est patente bien qu'inégale. La boîte du colporteur apporte les Lumières au village.
    Arpentons les terres, les bois et les vignes omniprésents, pénétrons à l'intérieur des fermes, en nous immergeant dans le vécu des habitants sur tout l'Hexagone. Ce sont nos aïeux que nous retrouvons et qui, au jour le jour, ont façonné les paysages, le patrimoine matériel et l'économie dans lesquels nous plongeons nos racines.

  • C'est à une plongée dans l'univers quotidien des villageois qui ont bâti la France, dans toute sa diversité, que l'on est convié ici. Aujourd'hui encore, l'empreinte de ces « croquants » se lit à chaque pas. Année après année et sur l'ensemble de l'Hexagone, depuis les ultimes soubresauts de la guerre de Cent Ans jusqu'à la fin de la Fronde - soit plus de deux siècles -, un continent englouti réapparaît au terme d'une grande enquête dans les archives locales et les travaux parfois oubliés des historiens régionaux. Aléas dramatiques du climat et de la géologie, poussées de peste, massacres et pillages dus aux guerres civiles, étrangères et bientôt religieuses, attaques sanglantes des loups... Mais aussi belles récoltes et perfectionnement des méthodes, implantation de cultures nouvelles, évolution de la seigneurie et du statut des gens de la terre, apparition d'îlots de grande production et mise en valeur d'étendues incultes, redressement démographique, sécularisation de propriétés ecclésiastiques, etc. : on est loin du monde immobile qu'une historiographie paresseuse présente parfois. Le vécu des habitants de plus de 2 000 des communes d'aujourd'hui resurgit à travers plus d'un millier d'épisodes concrets. Sous la plume de dizaines de curés de village, notaires, magistrats, chroniqueurs et auteurs de journaux domestiques, voici le portrait en majesté de millions de Français obscurs. Leur mode de vie, leurs joies et leurs peines, leur sociabilité, leur sexualité, leur rapport à la violence, leurs croyances et leur imaginaire, enfin révélés, font d'eux nos frères en humanité. Cette somme sans équivalent les ressuscite et rend hommage à leur oeuvre séculaire.

  • Alors que le loup recolonise l'Europe, la question de la « cohabitation » ne se cantonne plus aux « espaces naturels ». Les régions de plaine sont touchées. Au regard de l'histoire, le processus de « restauration » qui s'effectue tient à l'inversion du statut de l'animal sauvage : jadis « nuisible », le loup est devenu, à marche forcée, « strictement protégé ».

    Devant ce retour inédit, les hommes se divisent, comme ils l'ont fait des siècles durant pour chasser leur concurrent. Tandis que l'on hésite pour trouver des compromis, le loup étend son territoire. Aujourd'hui il place les sociétés humaines dans une situation inéquitable : une minorité paie le prix des décisions prises en haut lieu. Frappés de plein fouet, éleveurs et bergers protestent. La situation contraste avec le temps où un consensus régnait entre villes et campagnes.

    Dans cette situation d'urgence un état des lieux s'impose à la lumière du passé et du présent, en France comme à l'étranger. Du 9 au 12 octobre 2013, une rencontre a réuni pour la première fois historiens et sociologues, géographes et écologues, chercheurs et spécialistes, acteurs et victimes, témoins et observateurs. Elle s'est tenue à Saint-Martin-Vésubie dans les Alpes-Maritimes, site emblématique du loup. En voici les résultats qui interpellent les politiques et les opinions publiques. Vingt ans de recolonisation engagent les décideurs à tenir compte des réalités, après une réflexion contextualisée selon les territoires. L'homme et le loup ? Un contrat à renégocier.

  • La bête du Gévaudan : mythes et réalites, 1764-1767 Nouv.

    En plein siècle des lumières, l'une des régions les plus reculées de France est plongée trois années durant dans une psychose qui déchaîne les passions : la « Bête » du Gévaudan s'attaque à des dizaines de personnes, femmes, enfants le plus souvent, qu'elle tue, entraîne dans les bois, et dévore. Quel est cet animal monstrueux, que traquent les chasseurs les plus habiles du royaume ?
    Les interprétations les plus diverses ont circulé, jetant sur les événements autant d'obscurité que de lumière. La relecture d'un historien s'imposait.
    Spécialiste reconnu du monde rural mais aussi des rapports entre l'homme et le loup, Jean-Marc Moriceau a relevé le défi. À travers son récit, c'est tout un pays oublié qui reprend vie : une société de rudes inégalités et de méfiance à l'égard de l'étranger, une économie de misère, une population fragile à l'activité incessante... et, l'une après l'autre, au fil des archives, la figure de chacun des jeunes gens qui ont eu affaire, entre 1764 et 1765, à la plus grande calamité de toute l'histoire de la province.

    À paraître
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