Coédition NENA/Panafrika/Silex/Nouvelles du Sud

  • Écoutez ce texte : il vibre de l'indignation face aux iniquités, de l'aspiration à un monde plus juste pour son pays et son peuple. Il frémit de la douleur des séparations, de la crainte des lendemains. Il sourit du comique et de l'absurde de certaines situations. Il s'envole avec la confiance dans les êtres, avec la foi en des jours meilleurs, avec l'espoir d'une évolution des conditions sociales et de la condition de la femme africaine. Écoutez et comprenez un peu mieux. C'est une personne qui se raconte. Mais à travers Aïssatou, vous aurez un nouveau regard envers les réfugiés, leur énergie désespérée, leur foi en l'avenir et leur courage.

  • Tout commence par le voyage au cours duquel Satourou quitte son pays natal. Un véhicule bondé s'éloigne. Comme dans une expérience initiatique, c'est vers d'autres terres, vers d'autres cieux que le monde et les hommes se dévoileront désormais. Au fil du parcours, s'accomplit en même temps une séparation imaginaire : Satourou abandonne ses anciens à l'abondance. Comme des milliers de ses compatriotes, elle fuit la rareté, la sécheresse, la pauvreté et la misère. En réalité, Satourou va être confrontée aux réalités les plus brutales de son pays. Une rencontre avec une sorte de « guide providentiel », Taha, lui ouvrira les portes d'un nouvel univers. La misère des femmes dont les époux avaient émigré se révèle. Entre les femmes et ces hommes, le désamour prévaut. Les rapports humains sont ravagés. L'érosion des rapports humains est catastrophique. Que faire dans une telle situation ? Il ne semble y avoir nulle solution. Satourou peut-elle envisager un autre avenir ? À l'enfer succèdent imparablement les déceptions. Le désert s'instille partout, impitoyable. Des préjugés tenaces prédominent. Et pourtant, Awa Thiam atteste qu'un trajet exprimant le désir d'un monde de liberté est possible.

  • La question foncière est au coeur des enjeux de développement en Guinée. Elle provoque des conflits liés aux problèmes politique, identitaire, statutaire, de succession et de transmission d'héritage. La pression du marché sur les terres, des occupations anarchiques du domaine public et privé de l'État, de contentieux fonciers récurrents devant les tribunaux... ébranlent constamment la société guinéenne. Ces pratiques et comportements nécessitent pourtant aujourd'hui une politique stricte en termes d'aménagement du territoire et de sécurisation foncière. Les problèmes fonciers guinéens sont analysés dans cet ouvrage à partir des concepts de « patrimoine », de « commun » et de « propriété ». Il s'agit d'une démarche processuelle qui met l'accent sur les « mutations patrimoniales » en suivant, dans le temps et dans l'espace, l'évolution successive des attributions et des affectations foncières en Guinée. Pour l'auteur, une politique foncière efficace et sécurisée devrait tenir compte de la diversité des situations locales dans un processus de planification spatiale anticipant l'occupation anarchique. Cet ouvrage est l'aboutissement de plusieurs années de recherche socio-anthropologique et d'enquêtes de terrain. Une bonne partie des sources et matériaux exploités ont été recueillis sur le terrain et analysés en relation avec les réformes foncières successives intervenues en Guinée avant et après la période coloniale; processus que l'auteur a directement et localement observé dans la plaine de Timbi-Madina au Fouta Djalon.

  • A l'exception des récits traditionnels, l'emprise fantastique de la sorcellerie a souvent été évoquée de façon parcellaire dans les littératures africaines. En décrivant un univers hanté et animé par une inaltérable soumission à des pratiques occultes, Ntyugwetondo Rawiri délimite une aire au sein de laquelle le démoniaque règne avec brutalité. Blessés, traqués et affligés, les personnages se mettent à délirer et s'abandonnent au pouvoir de la mort. En revenant dans son pays natal, Igowo retrouve des êtres à qui il sera uni pour le meilleur et pour le pire. Il découvre l'amour, la joie, le bonheur. Mais des individus doués de pouvoirs maléfiques rôdent autour de sa famille. Ntyugwetondo Rawiri s'efforce d'établir des correspondances entre des situations extrêmes, des personnages touchants et des investissements conscients et inconscients. Elonga est un roman dont il faut admirer la retenue et l'originalité.

  • La dédicace placée au seuil du recueil comme épitaphe annonce le ton et l'inspiration de ces poèmes nés du vide ressenti à cause de la perte cruelle d'êtres chers. En effet, chaque poème de ce recueil est comme des gouttes de larmes noires versées sur le linceul de la page blanche. C'est d'abord la mort de la mère qui fait couler ces mots de tendre douleur que le poète veut partager avec tous les êtres qui ont eu la même souffrance : « Ton caveau est fermé/Ton âme a traversé la frontière/Tu es sous la terre/Mes larmes ont écourté leur exil/Voici leur fleuve en ébullition/Pour saluer ton départ La même complainte douloureuse sera chantée pour pleurer la mort du frère et celle du père. L'auteur de ce recueil a réussi la grande prouesse poétique -celle de Baudelaire- consistant à tirer du « mal », c'est-à-dire de la douleur, des poèmes frais et embaumés comme des « fleurs » : « Tout est souvenir Tout est pleur Tout est larme/Tout est vide Tout est désert Tout est cactus/Le destin a son drapeau qui flotte » Un recueil de poèmes tristes et beaux qui soulagent la douleur des endeuillés grâce à la magie du verbe.

  • Ce petit recueil de contes et légendes de Guinée est à la fois un livre de lecture du soir mais aussi un réel support pédagogique et didactique pouvant accompagner les enseignants ou éducateurs qui travaillent sur l'enracinement des enfants dans des valeurs culturelles autochtones. C'est un excellent corpus de textes pour apprendre aux enfants leurs propres traditions narratives et culturelles. La diversité des thèmes abordés, la richesse de la forme littéraire, leurs offrent des ressources pratiques pour donner aux enfants l'amour des mots et leur apprendre le respect du bien. En effet, constitués de seize contes courts, transposés et réécrits dans une langue claire et limpide, ces récits populaires courts vont restituer le cycle le plus populaire du conte Ouest-africain, dont l'origine et l'unité culturelle remontent aux sources profondes du mandingue. Les contes et légendes de Guinée devaient être sauvés et transmis aux nouvelles générations pour que la sagesse millénaire africaine revive en elles et échappe à l'oubli. Ces contes et légendes peuvent dès lors être lus.

  • La poésie de Babacar Sall s'ancre dans les terres meurtries du Sahel, là où une terrible sécheresse fige les espoirs des hommes, assiège les corps, rompt les équilibres sociaux. Déchiffrant le silence des mots, le poète peut remonter à rebours le cours des saisons. Le poète découvre les limites de l'univers dans lequel le poème germe. Le soleil ressemble parfois à un mirage. Le poète ne peut le révérer indéfiniment. Ici, le soleil est comme la révélation d'une ambiguïté généralisée. Le poète parvient cependant à saisir et à recréer la possibilité d'une quête et d'un renouvellement. Le poème peut naître, même si telle aube ou telle autre est douloureuse. Le poème est et sera, chaque fois, accomplissement d'un sursaut. Les voix de l'aube peuvent advenir lorsque le poète épie lui-même l'apparition du jour, la plume à la main.

  • La critique du roman africain d'expression française a pendant longtemps mis l'accent sur le caractère générique, pluriel et totalisant de cette nouvelle et jeune tradition littéraire et poétique. Cependant, après plusieurs décennies d'existence et une production très respectable, le roman africain francophone mérite un deuxième souffle, ceci, sur le plan de la critique littéraire. Ainsi, le présent ouvrage doit être apprécié dans le contexte d'un nouvel outillage de critique littéraire qui privilégie l'approche régionale et nationale des ouvres romanesques d'Afrique francophone. Sont d'abord passés en revue certains concepts ayant trait à l'idée de nation, l'État-nation, le nationalisme moderne, l'ethnicité et, enfin, le métissage aussi bien biologique que culturel. Ces concepts sont explicités à l'aune du roman sénégalais.

  • La Francophonie à l'estomac n'est guère un pamphlet de plus sur cet enjeu géoculturel planétaire qu'est la Francophonie. Cet essai incisif bouleverse la perspective sur le rôle et la place de la langue française. Dans ce livre stimulant, Hédi Bouraoui ouvre pour une Francophonie « plurielle ». Loin des propos convenus, loin des poncifs éculés qui ponctuent le discours dominant mais -archaïque- sur la réalité de millions de Francophones de la planète. Ce livre, solidement argumenté, exprime ce sentiment diffus que partagent aujourd'hui nombre de créateurs et acteurs de la langue française. La Francophonie à l'estomac propose des pistes originales et un projet francophone « moderne, absolument moderne », pour tous les « parlants français ». Sans distinctions. Sans discrimination.

  • L'auteur livre avec La Malédiction une écriture de la souffrance et de la passion. Cette réédition du premier roman de Ngandu est l'occasion de redécouvrir son oeuvre multiple et variée, car elle dit avec violence les ruptures majeures qui bouleversent le continent africain et dont son pays, le Congo, est le condensé des iniquités inexpugnables.

  • La jeune Liselotte Mannon Tlanexpili découvre dans l'Atlas l'histoire d'un pays dénommé le Sinueux ou « Le Grand Semblant ». Son désir de le visiter s'accomplit alors dans un rêve entraînant d'où surgit un univers étrange et pourtant si proche de maints pays africains. Au Sinueux en effet, tout n'est que brillance de surface depuis le jour où, promettant monts et merveilles. Parfait Leurre (nom très symbolique) s'institue « Père de la Nation », et plonge progressivement le pays dans le désastre : mensonge électoral avec droit de vote aux morts, généralisation de la pensée unique, assèchement des caisses de l'État, corruption, alcool, sexe, amours contre-nature, invasion des confréries religieuses. Face aux grondements de la rue, le chef de l'État s'enferme dans une interminable lune de miel avec la belle Mirabella, Baron Perruchot étant là pour masquer ses multiples absences à coups de mensonges médiatiques et d'autres thuriféraires pour appliquer les recettes habituelles : rite expiatoire des arrestations, dons offerts par la première dame, forums et discours qui occultent les questions essentielles. Heureusement qu'en sortant de son rêve, Liselotte apprend qu'il reste « une carte à jouer ». Laquelle ? En somme, un très beau roman où délectation poétique et conscience de justice se côtoient et nous invitent instamment à inventer l'avenir.

  • Ce recueil de dix-huit poèmes aux accents généralement angoissés dit toute la douleur de la femme aux multiples facettes : vieille femme dont la beauté a tari et qui est délaissée, femme stérile frappée d'ostracisme, mère génitrice de tous les maux, réceptacle des douleurs du monde, femme objet de plaisir, veuve impuissante et résignée, femme victime de toutes les calomnies. L'omniprésence du thème féminin ne fait pourtant pas passer sous silence le sort de l'enfant surexploité, victime de viol et des guerres, ni oublier les maux communs à l'Afrique : malnutrition, famine, exode, maladie, sida, corruption, dictature, guerres, pièges de l'aide, trafics d'armes et guerres civiles. Pourtant, le quotidien n'est pas éternellement précaire, car le poète sait lui donner du sang neuf. D'abord au sein de la « maison » où se mêlent peines et joies et où les contrariétés sont transformées en contradictions vivifiantes. Ensuite par le biais de la femme résignée dont la force morale permet de transpercer l'opacité de l'histoire, de la traverser, dans la quête d'une nouvelle identité unifiante (guinéenne, mère, citoyenne, fonctionnaire), au-delà des contingences linguistiques et ethniques. Il s'agit d'un repère infaillible sur lequel le poète peut d'ailleurs fonder des certitudes nourries : « Tel un géant, mon pays s'affirmera ».

  • L'opus que nous propose aujourd'hui l'honorable Charles Aristide Moukouri Dina Manga Bell est un pari réussi car il refuse obstinément de se faire classer parmi les genres institués. Longue diatribe contre l'Occident et ses multiples fourberies à travers l'histoire ? Passionnante égyptologie rendue à sa dimension moderne et utile ? Ingénieuse exploration des langues et cultures nationales de cette Afrique impatiente au sud du Sahara ? Alléchante histoire personnelle traversée d'épisodes de lutte ? Peut-être tout cela à la fois. En tout cas, le livre est avant tout une profonde réflexion sur les grandes problématiques de l'heure qui intéressent aussi bien le Cameroun que les autres pays du continent : démocratie, fédéralisme, unité, développement, etc. Pour les éclairer, le texte rompt avec les discours théoriques convenus et se veut un « débat-palabre » au sein duquel il inverse de manière radicale les canons de pensée imposés par les puissances dominatrices. Aussi, l'auteur se sert-il de la civilisation nubie-égyptienne et des parentés culturelles et linguistiques entre les peuples africains, pour déconstruire l'univers conceptuel colonial et néocolonial et poser un regard neuf sur le devenir de l'Afrique. Un livre de grande colère à coup sûr. Mais, pas un livre de haine car l'auteur veut simplement rétablir des vérités historiques et culturelles adossées à la sagesse bantoue avec pour ultime but une vision globale du monde, afin que l'humanité soit rendue à l'histoire de ses mutations successives et retrouve, pour se réconcilier avec elle-même, la constance de son histoire originelle.

  • Une orientation métaphysique de la philosophie négro-africaine a renoué avec l'antinomie du système et de la liberté. Puisant dans les catégories critiques de la vision totalitaire du monde, le post colonialisme pose l'individu comme l'autre du système, sa liberté et sa responsabilité étant étouffées par un ordre philosophique en quête d'unification. La pensée postcoloniale veut néanmoins laisser ce conflit conceptuellement perçu hors de toute synthèse dialectique, même provisoire. Cette irrésolution doit servir comme un atout épistémologique dans les luttes en cours entre les théories de l'émancipation et celles de l'inégalité et de l'exploitation. Aussi développe-t-elle soit une morale provisoire faite d'indécision et d'indétermination, soit l'idée selon laquelle lorsque nous ne savons quelle direction prendre, il faut choisir n'importe laquelle et la poursuivre continuellement. La souveraineté réelle, l'égalité et la justice étant les conditions de possibilité de l'émergence à la civilisation industrielle, le consciencisme propose au contraire une méthode pour appréhender une voie réalisable : se situer hors du royaume de la nécessité suppose l'extension indéfinie du savoir par l'éducation et la capacité à mieux s'organiser.

  • Il est de coutume de publier ses mémoires à la fin d'une carrière, comme le récit d'une trajectoire. Plusieurs diplomates sénégalais à la retraite, aînés de l'auteur de ce livre, se sont livrés à cet exercice. Mankeur Ndiaye, ancien ministre des Affaires Étrangères et des Sénégalais de l'extérieur, n'a pas attendu de conclure sa vie professionnelle pour faire le récit, au long cours, de son itinéraire. Diplomatie 20 ans à La Place. Certainement pas 20 ans sur place, mais 20 ans à la Haute Place de la diplomatie sénégalaise. Ce beau titre est une heureuse anticipation sur le contenu que nous livre la plume d'un auteur passionné par le métier, mais d'abord soucieux de partager, à travers son histoire personnelle, les expériences accumulées tout le long du chemin. Qu'il s'agisse du brillant élève de l'École Normale Supérieure très tôt engagé dans les batailles politiques et syndicales ou qu'il s'agisse du diplomate au parcours exceptionnel sorti de l'École Nationale d'Administration et de la Magistrature (ENAM) major de sa promotion en 1991, les faits livrés sont accompagnés, pour la délectation du lecteur, d'enseignements précieux tant dans le domaine de l'enseignement que dans celui de la diplomatie. En effet, au-delà d'une histoire personnelle, le livre de Mankeur Ndiaye, nourri aux deux pôles de la pédagogie et de la diplomatie, apporte une lumière utile sur plusieurs pans de notre histoire diplomatique et sur des séquences significatives des relations internationales. Pour les professionnels, les spécialistes, les jeunes diplomates et les étudiants, ce livre écrit avec une plume alerte, sobre et élégante, est une référence précieuse.

  • Dans Mémoire d'errance, Tidiane N'Diaye tente de restituer un passé prestigieux longtemps dénié aux peuples noirs. « Malgré les falsifications de l'histoire, fait-il remarquer, le continent noir est le berceau des civilisations d'Egypte qui pendant des millénaires était bien une civilisation nègre et africaine... L'Afrique est aussi le berceau de l'humanité pour avoir vu naître les premiers hommes dont l'Homo Erectus qui sera le colonisateur de la planète. » A travers ce travail de mémoire, l'auteur rappelle, à l'occasion du 150e anniversaire de l'abolition de l'esclavage par la France que « bien qu'il n'existe pas de degrés dans l'horreur ou de monopole de la souffrance... la traite des Noirs est - par sa durée et par son ampleur - le plus grand génocide de l'histoire humaine. » Il montre également que « les trois continents concernés par le commerce triangulaire (Afrique, Europe, Amérique) se sont profondément interpénétrés par la force la plus barbare, ponctuée de massacres, de tortures » et que « dans cet enfer d'avilissement extrême et de déshumanisation, les apports des différentes cultures africaines qui sont venus féconder les cultures européennes et amérindiennes ont créé un mutant. » L'auteur, citant la prophétie de Malraux selon laquelle « le XXIe siècle devrait être spirituel », conclut sur une note d'espoir : « la survie d'une humanité sage et enfin réconciliée, ne peut cependant résider que dans un inévitable avenir de dialogue, de rapprochement et de mélange des peuples. Et ce, malgré le poids de l'histoire qui imprègne encore les relations entre les descendants des différents acteurs de la tragédie passée ».

  • Entre son attachement à son continent d'origine et sa vision du monde universaliste, Oumar Diagne nous parle, dans ce texte, de ses tourments, de ses espoirs déçus, de sa profonde souffrance. Ce recueil de poèmes est un cri, un appel. Mais l'homme ne quitte pas son optimisme sombre. L'Afrique de son enfance le fait vivre et lui permet de résister aux aléas de la vie. Ainsi, il poursuit son errance, un peu plus serein.

  • « L'image impose au verbe la tyrannie de son talent. Qu'on me pardonne donc l'audace de ce turbulent mariage. J'ai simplement rêvé d'un regard pluriel qui offre une vue d'ensemble à mon vertige. Aux puristes de l'iconographie, je confesse n'avoir pas fait de l'esthétique une obsession : la scène jugée anodine aujourd'hui peut ouvrir le champ demain à une autre lecture. Voici donc quelques séquences de cette Azanie parfumée d'hémoglobine. Tout y est vicié, puisque l'oxygène là-bas est investi de plomb et de poudre. À cause de quelques hommes qui essaient de castrer la lumière... » Célestin MONGA (extrait de l'introduction)

  • Effeuillant le « livre du monde », une femme aux visages multiples et au regard séduisant et troublé se raconte tout en vivant ou en revivant Les épisodes d'une histoire collective. Parée de son éclat, transfigurée, elle marche sans relâche sur des chemins rocailleux, la lumière seule sertissant son front. Ardente et téméraire, elle échappe aux prises de la peur et du désespoir. Superbe, elle s'insurge contre les donneurs de mort et célèbre la mémoire de corps blessés et sacrifiés.

  • Ce recueil de poèmes rassemble des chants dédiés au « monument humain ». C'est une ouvre à travers laquelle Jean-Claude Lemoine rappelle et exprime ses affinités avec diverses cultures. La suite des poèmes est l'évocation d'un itinéraire balisé par quelques noms de pays ou de villes. L'espace de la poésie est cerné au fil des voyages, au fil des déplacements du poète. Jean-Claude Lemoine renoue avec l'histoire des lieux qu'il voit ou survole. Il arrive que l'histoire des lieux soit aussi celle des dieux. Ici, le poète retrace les péripéties de la conquête de l'Amérique en usant d'une langue alerte. Là, la présence de l'Afrique se donne à voir à travers le Vaudou haïtien. Ailleurs, Othello de Venise et Osiris d'Égypte ressuscitent, et le poète retrouve les siens et se retrouve lui-même en s'expatriant. Jean-Claude Lemoine passe d'un bout à l'autre du monde, noue avec les endroits qu'il traverse un rapport charnel et chemine vers les horizons de la poésie.

  • Le 11 mars 1987, au cours d'une table ronde à l'Université de Yaoundé sur « La Littérature politique au Cameroun », le philosophe Hubert Mono-Ndjana surprenait et effrayait son auditoire en lui imposant un néologisme : l'ethnofascisme. Il qualifiait ainsi certains ouvrages politiques dont les auteurs sont tous bamiléké, et considérés par l'orateur comme « les intellectuels organiques de l'ethnie ». « Fascisme qui menace l'État », « technique de mobilisation et finalement tactique pour la conquête du pouvoir », « regroupement autour d'une ethnie pour conquérir le pouvoir », voilà des formules bien inquiétantes, réveillant en nous le souvenir de sombres périodes de l'histoire. Une réflexion s'imposait, qui révélerait les enjeux politiques, idéologiques, philosophiques d'un tel discours. C'est à quoi se livre ici Sindjoun-Pokam.

  • Le Cameroun connaît depuis le début des années cinquante une floraison artistique et culturelle qui lui a acquis une notoriété certaine dans le monde littéraire et musical, dépassant les frontières des pays de l'Afrique dite francophone. Si pour notre part, nous avons choisi pour sujet de cette étude le roman camerounais de 1950 à 1980, c'est surtout parce que ce genre littéraire semble être le plus riche en ouvres et aussi le domaine privilégié de préoccupations idéologiques très diversifiées. Quelle que soit la nature de « l'engagement » des romanciers, il semble qu'ils s'attachent toujours à inclure dans leurs ouvrages une part plus ou moins grande de critique sociale. Ce sont les différents visages de cette critique sociale que nous proposons d'analyser globalement dans la première partie de notre travail sans opérer de division arbitraire entre les romans d'avant et d'après 1960.

  • L'objectif de cet ouvrage est de favoriser, à travers des exemples tirés du vécu africain, une mobilisation de l'opinion publique continentale et internationale. Ceux qui luttent pour la défense et la promotion des droits de l'homme en Afrique, pour être efficaces dans leurs actions, devraient avoir comme principale vocation de bloquer le processus de répression ; plutôt que de multiplier les professions de foi sur des violations, contre lesquelles ils n'ont rien pu faire lorsqu'elles se produisaient ; soit par ignorance, soit par inorganisation. Pour cela, il faut favoriser le dialogue entre les pouvoirs publics et les citoyens. En vérité, pour fonder une nouvelle société de tolérance et de libertés en Afrique, il est impératif de modifier les relations actuelles entre gouvernants et gouvernés.

  • Dédié d'emblée aux « éprouvés du monde », ce recueil de poèmes fait en même temps d'eux les points brillants vers lesquels le regard et le dire se dirigent énergiquement. Tout part de Bouaké, la « ville-refuge ». Les images, les apparences et les mots s'édifient ou se déclinent parce que la poésie sourd là où le poète esquisse d'abord une approche des couleurs et des sons qui entourent les hommes et les femmes de sa « ville-nourrice ». Au moment où, dans l'intermittence qui lui a permis de s'affirmer, la parole commence à devenir exploratrice, elle prend ses distances par rapport au cours familier du lieu natal. Plus rien n'est voilé. Des hommes aux ventres vides surgissent dans la rue et dans les poèmes. Ces hommes qui « sont des milliers » vivent dans une douleur et une exaltation fulgurantes. Tentant de mettre un terme à mille désastres, ces mêmes hommes préparent la renaissance d'un futur qui semblait exsangue. Quelque part en Afrique, quelques-uns de ces hommes s'appellent Steve Biko ou Benjamin Moloïse. Ailleurs, toujours en Afrique, ils portent ces mêmes noms - ou d'autres encore. C'est aussi en faisant de ces noms de véritables repères que le rythme de ces poèmes se fragmente puis se propulse en avant : l'exigence d'écrire et de décrire excède ainsi tout ce qui annihile l'homme.

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