Claire Gausse

  • La solitude est-elle un mal moderne ? Alors même que nos sociétés sont de plus en plus connectées, les liens sociaux se fragilisent. Les Petites Cantines, dont ce manuel raconte l'histoire, apportent leur réponse en créant à l'échelle des quartiers des espaces partagés où venir librement cuisiner, manger et se rencontrer. Elles nous rappellent que d'autres rapports aux autres, à l'alimentation et à l'environnement sont possibles.
    Notre monde moderne cultive la contradiction : quelques clics suffisent pour entrer en contact avec des inconnus, pourtant l'état du lien social n'a jamais semblé aussi fragile. Face à l'atomisation de nos sociétés, les projets proposant des « expériences » fleurissent - une écoute personnalisée, livraisons de repas, assistance aux gestes les plus quotidiens... Ces nouvelles entreprises ont occupé le lien de proximité pour le monétiser mais les communautés qu'elles prétendent former sont virtuelles.
    Depuis plusieurs années, des études sont menées sur les thèmes épineux de l'isolement relationnel et des solitudes en ville. Elles explorent deux aspects : la « situation objective d'isolement » basée sur des données factuelles et l'identification du sentiment de solitude, deux notions qui se recoupent mais ne se recouvrent pas. Contrairement aux idées reçues, la solitude subie n'est pas l'apanage des personnes âgées et enregistre des scores inquiétants chez les jeunes. Chez ceux qui souffrent le plus de la solitude, une plainte se répète : ce qui manque, ce n'est pas tant le contact que la possibilité de partager du temps avec les autres, de « faire » ensemble et de se sentir utile. C'est en réponse à cette solitude urbaine que le projet des Petites Cantines, dont le concept ne cesse d'évoluer, s'est construit.

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