Corine Pelluchon

  • Manifeste animaliste : politiser la cause animale Nouv.

    Soulignant ce qui est en jeu dans la violence envers les animaux, Corine Pelluchon montre que la cause animale est la cause de l'humanité. Lutter contre la maltraitance animale, c'est prendre la mesure des dysfonctionnements d'une société fondée sur l'exploitation et désirer promouvoir plus de justice. Aussi la question animale est-elle une question politique majeure. Elle nous concerne tous, quels que soient nos positions idéologiques et les conflits d'intérêts qui nous divisent.

  • Notre capacité à relever le défi climatique et à promouvoir plus de justice envers les autres, y compris envers les animaux, suppose un remaniement profond de nos représentations sur la place de l'humain dans la nature. Dès que nous prenons au sérieux notre vulnérabilité et notre dépendance à l'égard des écosystèmes, nous comprenons que notre habitation de la Terre est toujours une cohabitation avec les autres. Ainsi, l'écologie, la cause animale et le respect dû aux personnes vulnérables ne peuvent être séparés. De plus, la conscience du lien qui nous unit aux autres vivants fait naître en nous le désir de réparer le monde et de transmettre une planète habitable. C'est à cette éthique qui n'a rien à voir avec des injonctions moralisatrices et culpabilisantes que ce recueil ouvre la voie. Deux textes inédits

  • Pourquoi avons-nous tant de mal à changer nos styles de vie alors que notre modèle de développement a un impact destructeur sur le plan écologique et social et génère de la maltraitance animale?

    L'éthique des vertus répond à cette question parce qu'elle ne se focalise ni sur les principes ni sur les conséquences de nos actes, mais s'intéresse à nos motivations concrètes. Quels traits moraux peuvent nous conduire à être sobres et à avoir du plaisir à faire le bien, au lieu d'être déchirés entre le bonheur et le devoir ?

    L'éthique de la considération est l'attitude globale rendant possible l'éclosion des vertus. Elle se fonde sur un processus d'individuation du sujet que Corine Pelluchon définit par la transdescendance. Celle-ci permet au sujet d'éprouver son lien aux autres vivants et de transformer la conscience de son appartenance au monde commun en engagement.

  • Comment défendre les Lumières aujourd'hui ? Leur idéal d'émancipation a-t-il encore un sens ?

    On ne saurait se borner à invoquer un esprit des Lumières immuable dans un contexte marqué par le réveil du nationalisme, les crises environnementales et sanitaires et l'augmentation des inégalités. Faire face au danger d'effondrement de notre civilisation sans renoncer à la rationalité philosophico-scientifique, mais en tenant compte de notre dépendance à l'égard de la nature et des autres vivants : telle est la démarche qui fonde ce livre. Pour combattre les anti-Lumières qui souhaitent rétablir une société hiérarchique ou théocratique et répondre aux accusations des postmodernes qui suspectent tout universalisme d'être hégémonique, il faut donc proposer de nouvelles Lumières. Celles-ci supposent de revisiter l'histoire des Lumières, mais aussi de lutter contre l'amputation de la raison qui a été réduite à un instrument de calcul et d'exploitation.

    L'objectif des Lumières à l'âge du vivant et de leur projet d'une société démocratique et écologique est bien de destituer le principe de la domination - une domination des autres et de la nature à l'intérieur et à l'extérieur de soi qui traduit un mépris du corps et de la vulnérabilité.

  • Pourquoi la prise en compte des enjeux écologiques n'a-t-elle pas transformé la démocratie ni conduit à des changements majeurs dans nos modes de consommation et de production ? Selon Corine Pelluchon, il est nécessaire, pour sortir de cette impasse, d'articuler l'écologie à une philosophie de l'existence.

    Tel est l'enjeu de sa phénoménologie du « vivre de » qui part de notre condition corporelle et terrestre. En envisageant tout ce dont nous vivons non comme des ressources, mais comme des nourritures, l'auteur insiste sur le plaisir attaché originairement au fait de vivre et montre que nous sommes en rapport avec tous les vivants dès que nous mangeons ou occupons l'espace. La force de ce livre consiste à tirer les conséquences politiques de cette philosophie de l'habitation de la Terre en proposant un nouveau contrat social.

  • Emmanuel Levinas a renouvelé en profondeur la philosophie, qu'il s'agisse de la définition de la subjectivité par la responsabilité, des implications politiques de cette conception du sujet ou de son insistance sur la corporéité, pensée comme vulnérabilité ou associée à une phénoménologie du « vivre de » et des nourritures.

    Dans un séminaire qui s'adressait à des étudiants en philosophie et à des soignants, Corine Pelluchon donne les clefs pour comprendre cette oeuvre exigeante et communique une expérience de pensée liée à la manière dont la réflexion et le style de Levinas l'ont bouleversée. Elle montre en quel sens il a inspiré ses propres travaux, qui prolongent et parfois discutent ses thèses, soulignant aussi l'actualité de Levinas, y compris lorsqu'on s'intéresse à des sujets sur lesquels il ne s'est pas exprimé, comme la médecine, l'écologie et le rapport aux animaux.

  • L'autonomie brisée

    Corine Pelluchon

    Cet ouvrage couvre un ensemble de questions posées par le clonage, la décision d'arrêt et de limitation de traitement, l'euthanasie et le suicide assisté, la prise en charge des grands vieillards et des personnes handicapées, la procréation médicale assistée, les thérapies géniques germinales et somatiques. Son originalité est que la bioéthique est étudiée du point de vue de la philosophie politique.
    L'objectif est de dépasser à la fois la bioéthique religieuse et l'éthique minimale. Ce travail passe par la déconstruction de l'éthique de l'autonomie qui subordonne la dignité à la possession de la raison, à la maîtrise de soi et à la compétitivité et colporte des représentations négatives de la vieillesse et du handicap qui s'opposent à l'idéal de solidarité affiché par certaines institutions. A cette éthique de l'autonomie s'oppose une éthique de la vulnérabilité inspirée par la philosophie de Levinas et par l'accompagnement des personnes en fin de vie et des malades atteints d'affections dégénératives du système nerveux.
    Solidaire de la dénonciation de certains traitements infligés aux animaux, cette éthique de la vulnérabilité peut inspirer le politique et promouvoir un humanisme où notre responsabilité s'étend aux vivants non humains et aux générations futures.

  • Si nous ne voulons pas que l'écologie se réduise à des déclarations d'intention, des changements dans nos styles de vie sont nécessaires.
    La question est de savoir quelle éthique et quelles transformations de la démocratie peuvent rendre possible la prise en compte de l'écologie dans notre vie. Reliant des champs de l'éthique appliquée qui d'ordinaire sont étudiés séparément - la culture et l'agriculture, le rapport aux animaux, l'organisation du travail et l'intégration des personnes en situation de handicap -, cette enquête élabore un concept rigoureux de responsabilité susceptible de promouvoir une autre manière de penser le sujet et une autre organisation politique.
    Loin de fonder la politique sur l'écologie, il s'agit de montrer que celle-ci ne peut être prise au sérieux qu'au sein d'un humanisme rénové. Ainsi, le sujet de l'éthique de la vulnérabilité s'inquiète du devoir être de son droit et intègre, dans son vouloir vivre, le souci de préserver la santé de la terre et de ne pas imposer aux autres hommes et aux autres espèces une vie diminuée.

  • S'interroger sur l'héritage des Lumières modernes, c'est prendre la mesure de la crise de la rationalité contemporaine. Le communisme, le nazisme et les dérives de la démocratie ont déclenché la remise en cause d'un projet de civilisation lié à un idéal de maîtrise de l'homme et de la nature qui conduit à une nouvelle forme de tyrannie. Strauss pense que la crise de notre temps vient du fait que la question de la fin de l'homme a été exclue de la politique. Il procède à un examen de la modernité sur la base d'une reconstruction des Lumières qui montre où se situe la rupture entre les Anciens et les Modernes. Cet angle d'attaque explique son intérêt pour Jacobi et sa focalisation sur Spinoza et Hobbes dont les Lumières radicales reposent sur une définition de la raison et de l'homme qui est contestable. Elle souligne ce que les Modernes ont perdu dans leur combat contre la tradition. Mais la notion de Loi comme totalité religieuse, sociale et politique qui est commune aux philosophes grecs et aux auteurs juifs et arabes du Moyen Age complique la querelle entre Anciens et Modernes : pour Strauss, les Modernes sont chrétiens. Il s'agit donc de réactualiser le rationalisme classique et de penser la tension entre Jérusalem et Athènes qui est liée aux véritables Lumières. Celles-ci constituent une contribution positive à la philosophie politique, dont la propédeutique est la décomposition de la conscience religieuse et politique moderne. En analysant les présupposés qui nous empêchent d'échapper à la dialectique destructrice de la modernité, serons-nous enfin éclairés ? Quel est donc le testament de ce philosophe qui croise, sur le chemin du retour à la tradition, Rosenzweig et Scholem, débat avec Schmitt et Kojève, ne suit ni Kant ni Hegel, mais souhaite dépasser le nihilisme en restant fidèle à Maïmonide ?

  • L'originalité de cet ouvrage est d'envisager la bioéthique du point de vue de la philosophie politique. Qu'il s'agisse des principes guidant les pratiques médicales ou des dilemmes relatifs aux biotechnologies, la bioéthique ramène toujours à des choix de société et aux valeurs qui soutiennent les institutions. Il convient alors d'évaluer les propositions de lois en se fondant sur la description des valeurs d'une communauté politique, pour dépasser à la fois la bioéthique religieuse et l'éthique minimale. Ce travail passe par la déconstruction de l'éthique de l'autonomie, qui subordonne la dignité à la possession de la raison, à la maîtrise de soi et à la compétitivité, et véhicule par là des représentations opposées à un idéal de solidarité. Une telle réflexion sur les fondements de l'éthique et du droit conduit à enrichir l'anthropologie sous-jacente à la philosophie des droits de l'homme et à promouvoir une nouvelle éthique de la vulnérabilité, qui tienne compte des rapports des humains aux vivants non humains et qui soit susceptible d'intégrer à ses valeurs la vie des générations futures.

  • Les sujets débattus lors des États généraux de la bioéthique sont l'occasion de soulever les problèmes liés au commencement de la vie humaine, à la filiation et à notre rapport au corps. Corine Pelluchon, spécialiste de philosophie politique, s'est s'intéressée aux pratiques médicales et aux biotechnologies. Ce travail l'a conduite à rencontrer des soignants et des patients et à mener une réflexion originale qui reconfigure la plupart les catégories de l'éthique et de la pensée politique. L'euthanasie, les procréations médicales assistées, l'usage des nanotechnologies, mais aussi les traitements infligés aux animaux sont abordés de façon nouvelle et pertinente. La philosophe souligne la compatibilité ou l'incompatibilité des pratiques médicales avec les valeurs qui donnent à une communauté politique son identité. Elle précise également le sens de ce qu'elle nomme une éthique de la vulnérabilité. Ainsi, cet ouvrage contribue à articuler la bioéthique à un questionnement sur les conditions qui permettraient aux citoyens de participer davantage aux décisions collectives. Ces entretiens mènent à une réflexion sur la place respective de la religion et de la philosophie au sein de ces débats.

  • L'éthique des vertus met l'accent sur les représentations et les affects qui poussent les personnes à agir, au lieu de se focaliser sur les normes et de se borner à énoncer des interdictions et des obligations. Elle aide ainsi à combler l'écart entre la théorie et la pratique qui est particulièrement dramatique à un moment où les individus comme les États reconnaissent la réalité du changement climatique mais ne parviennent pas à réorienter les modes de production ni à reconvertir l'économie. Quel processus de transformation de soi permet d'avoir du plaisir à consommer autrement et d'acquérir les traits moraux indispensables à la transition écologique ? Celle-ci reposant autant sur le volontarisme politique que sur la capacité des citoyens à modifier leurs styles de vie, il importe aussi de se demander comment articuler le plan individuel et le plan collectif.
    Enfin, faut-il penser que l'éthique a une dimension universaliste ou souscrire à une approche plus particulariste et contextualisée de la morale ? Telles sont les questions qui réunissent dans ce volume des chercheurs issus de disciplines différentes.

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