Belles Lettres

  • Ils sont tous deux Martiniquais.
    Ils ont tous deux lutté contre le colonialisme et l'héritage de la traite et de l'esclavage. L'un est célébré par la République française, l'autre presque ignoré. L'analyse croisée de leur biographie et de leurs écrits met en relief, pour la première fois, toutes les facettes de ces hérauts de l'anticolonialisme comme autant de témoins de la complexité du processus d'émancipation que fut la décolonisation avec ses jalons historiques, ses luttes politiques et ses manifestes littéraires.
    Aimé Césaire (1913-2008), le poète de la négritude, député-maire de Fort-de-France, s'élève avec vigueur et lyrisme contre le passé de la colonisation. Il milite en faveur d'une autonomie négociée au sein de la République métropolitaine. Ses prises de position, tant littéraires, mémorielles que politiques, marquent fortement la communauté antillaise et plus généralement la diaspora africaine. Frantz Fanon (1925-1961), le médecin et psychiatre, se confronte aux faux-semblants identitaires des colonisés dans les départements d'Outre-mer et d'Afrique du Nord : ses consultations psychiatriques lui révèlent les stigmates infligés par leur statut aux Antillais et aux immigrés maghrébins et sahéliens.
    Il dénonce les pratiques asservissantes qu'impose l'assimilation et devient ainsi le chantre des générations contestataires. Figures majeures de la vie intellectuelle française du XXe siècle, Césaire et Fanon ont atteint une dimension universelle qui aujourd'hui particulièrement nous donne la mesure et l'intelligence des attentes et des enjeux de l'ère post-coloniale.

  • En mars 1957, la presse anonce la mort d'un « petit avocat musulman » : « Qui a tué Maître Boumendjel ? » titre France Observateur. On s'interroge sur un faux suicide. Mais que faisait donc ce « modéré » entre les mains des « paras » ? Pourquoi a-t-il été assassiné, comme le reconnaîtra le général Aussaresses dans ses mémoires en 2001 ?
    L'homme était un militant de l'Union démocratique du Manifeste algérien (UDMA), l'organisation de Ferhat Abbas. Son parti, perçu comme modéré, bourgeois, francophone et intellectuel a été gommé de l'histoire officielle algérienne et largement ignoré par les historiographies françaises et algériennes. Au moment de son arrestation, Boumendjel faisait le lien entre la direction de l'UDMA et la direction algéroise du FLN. Il conjuguait alors, comme il l'avait toujours fait sans complexe, la culture française avec un nationalisme algérien, républicain et démocratique. Il y a plusieurs histoires dans cette histoire : une histoire française et une histoire algérienne, celle d'une affaire qui a secoué les intellectuels français et l'histoire d'un héros et d'un martyr. L'une et l'autre éclairent d'une lumière nouvelle les récits existants.
    Au mépris qu'Aussaresses exprime à l'encontre de cet intellectuel, aux abracadabrantes explications qu'il donne de son arrestation, il est nécessaire d'opposer un travail d'historien. À l'histoire officielle algérienne, qui tente aussi d'intégrer Ali Boumendjel parmi ses martyrs en schématisant son parcours, il était importe d'opposer la richesse d'une biographie familiale, la complexité d'un engagement politique nuancé et d'un idéal à la fois algérien et républicain, partagé par nombre de nationalistes d'alors, et susceptible de trouver aujourd'hui un écho de l'autre côté de la Méditerranée.

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  • On croyait tout connaître de Louis-Ferdinand Céline un peu plus de cinquante ans après sa disparition, en 1961. L'enquête ici réalisée démontre le contraire. Elle prend pour hypothèse le rôle matriciel de la Grande Guerre dans l'émergence d'une personnalité et d'une oeuvre qui n'ont cessé de questionner le sens de l'événement guerrier et sa résurgence pendant les années 1939-1945.
    Elle montre l'ampleur de la déformation ou de la reconstruction de l'expérience personnelle de la guerre des années 1914-1915 dans Voyage au bout de la nuit (1932) mais aussi dans l'ensemble des entretiens et témoignages accordés ou lettres adressées par le docteur Destouches à partir du moment où il est devenu célèbre en 1932 sous le pseudonyme de Louis-Ferdinand Céline. Le brouillage de la réalité vécue de la guerre et la construction d'une mythologie personnelle ont jusqu'à nos jours été largement avalisés par les biographes. L'enjeu est ici celui de la démythologisation de la biographie.
    L'ouvrage s'interroge sur les multiples raisons de cette reconstruction biographique en avançant que la dimension officiellement héroïque de l'expérience célinienne de la première guerre est d'autant plus nécessaire à l'identité du combattant que celle-ci sera après 1944 constamment revendiquée et présentée comme une pièce à décharge dans le procès intenté à Céline par la justice de l'Epuration pour ses pamphlets antisémites des années 1937-1941 (republiés jusqu'en 1944) et ses prises de position publiques dans la presse collaboratrice entre 1940 et 1944. En d'autres termes, l'expérience subie d'une première guerre se prolonge sous forme d'argument juridique à l'issue du deuxième conflit mondial. Est aussi en exergue toute la question du pacifisme de Céline comme justification donnée de l'entrée en écriture pamphlétaire à partir de 1937. La connaissance historienne de l'expérience de la guerre est d'autant plus importante que la guerre est elle-même l'origine traumatique revendiquée de l'écriture, du choix de la langue argotique mais aussi et plus fondamentalement de la construction du temps et de l'histoire communes que les romans de Céline construisent.

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  • Indien Macuxi devenu prêtre en décembre 1989, Alvino Andrade de Silva, ce militant du Mouvement indigène lutte aux côtés des Indiens de Roraïma pour la reconnaissance de leurs droits.
    Au premier abord, l'histoire d'Alvino, racontée par Claude Dubar, est à la croisée de la trajectoire individuelle et de la grande Histoire : l'évolution à l'époque contemporaine des Indiens d'Amazonie et de leurs élites, la dynamique des identités, l'ethnicité et l'indianité des origines très anciennes jusqu'à leurs mutations récentes, sans oublier l'évolution de l'Église catholique dans son rapport aux Indiens et à leur élite christianisée.
    Mais sous la plume de Claude Dubar, spécialiste de la socialisation, le parcours singulier d'Alvino conduit à dégager un modèle, plus général, du passage d'un monde communautaire à un monde sociétaire - un passage qui n'exige pas la conversion des identités mais révèle plutôt la coexistence gérée de mondes vécus pluriels. Un passage qui n'est pas allé sans conflits, crises et parfois des ruptures, mais qui a permis, à travers la construction d'une identité narrative, une fidélité aux origines, qui est pour finir une éthique.

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  • Ce livre est l'histoire d'un parcours scientifique, intellectuel et politique d'un des plus grands sociologues internationaux de l'après-guerre, capable d'assumer le choix d'une sociologie qui fut savante afin d'être utile. Cette trajectoire se trouve ici enchâssée dans une plus large évocation, à la fois celle du milieu sociologique français et celle du contexte politique et intellectuel général des années 1950-1990.
    Deux axes directeurs ont guidé cette biographie. Le premier touche à l'histoire intellectuelle de la discipline sociologique après 1945 et entend évoquer la façon dont Crozier (1922-2013) et son équipe de chercheurs ont bâti une oeuvre scientifique durable dans le domaine de la sociologie des organisations. Il s'est agi de reconstituer les conditions concrètes du travail du sociologue et d'en mesurer la part d'innovation. Le travail sur archives a permis ainsi de restituer le cadre pratique et théorique de l'invention sociologique croziérienne dans les années 1950-1960 qui lui permirent de s'imposer scientifiquement vis-àvis de ses pairs mais surtout aussi auprès de ses différents commanditaires (entreprises et administrations). Le second axe concerne en effet une histoire politique de la réforme de l'État entre 1960 et 1990. Les travaux de Michel Crozier et de son équipe ont constitué une réflexion capitale pour tout un courant politique et intellectuel libéral, divers et complexe dans sa composition, engagé dans la réforme du système administratif français. En vertu d'une réflexion aiguë sur les moyens de penser le changement « pas à pas », Michel Crozier fut même l'un des très rares sociologues au XXe siècle à s'engager aussi systématiquement dans la voie de la sociologie pour l'action politique.
    La page sur l'histoire de la sociologie française après 1945 demeure presque entièrement vierge.
    Et ce travail est vraiment l'une des premières tentatives sérieuses de la remplir.

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  • Introduction Le travail du philosophe Qu'est-ce qu'un bourgeois ?
    Sociologue par accident ?
    Traces, parcours 1. Le mérite en héritage Solidarités fraternelles L'ascension sociale d'Arsène Goblot L'éducation, la réussite et la distinction Marcher sur les traces glorieuses de l'oncle Édouard ?
    Un bon élève Une rupture précoce avec l'Église catholique 2. L'apprentissage du métier de philosophe Trouver une place dans une classe L'entrée en cagne Le travail d'étude au quotidien « Oh, si je pouvais sortir de ce collège » Le budget et la culture Auxiliaire à Henri-IV : passage du miroir et découverte du « sale boulot » Passer la barre du concours : échecs.
    . et entêtement victorieux 3. Rites de passage et intégrations L'intégration à l'École Entre classicisme et spiritualisme Le maître et le compagnon L'épreuve de la thèse : le choix de la science plutôt que la métaphysique Réception et critiques 4. Le professeur, la province et la bourgeoisie locale Un marché du travail professoral en expansion Insulaires Grandes mondanités, petits revenus Le travail de professeur Seul en province Retour à Angers ou comment hérisser la bourgeoisie distinguée L'accès à la faculté Les évaluations du travail professoral : critères et registres 5. Un philosophe de la République Le paysage philosophique au début de la IIIe République L'héritage spiritualiste Le défi positiviste Sociologie et pragmatisme La production académique d'E. Goblot Spiritualiste et positiviste ?
    Amitiés et différends : les relations entre E. Goblot et H. Bergson Distance et déférence : les relations entre E. Goblot et É. Durkheim 6. Les inventions logiques d'E. Goblot Le renouveau de la logique D'un retour à la logique aristotélicienne La critique et le programme de Jules Lachelier Déduire, c'est construire Sur les traces de Lachelier Vers une théorie des jugements hypothétiques Une ambition durkheimienne ?
    La logique des jugements de valeur Controverses et critiques 7. Classes sociales, distinction et paralogismes Bourgeoisie, bourgeoisies Les classes de la société Un brevet de bourgeoisie : le baccalauréat Le salon comme espace de sociabilité Faire distinction La mode et l'éducation L'évolution du dimorphisme sexuel Classe sociale, jugements de valeur et paralogismes Mystique bourgeoise et caractères importants Les paralogismes de la bourgeoisie 8. Engagements et distanciations Une étincelle politique : l'affaire Dreyfus E. Goblot dans Le Volume « Maître d'école, je le suis avant d'être philosophe » Prophète de la morale laïque, soldat de la raison Un engagement patriote et pacifiste E. Goblot, la question sociale et la famille Une passion pour la musique Le scoutisme, une école de morale Conclusion Le philosophe et la bourgeoisie Quelle postérité ?

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  • Après l'histoire vint l'historiographie, puis l'histoire de l'historiographie. La recherche historique semble progresser aujourd'hui de cette façon : en spirale.
    En témoigne cette injonction nouvelle : l'institution universitaire demande désormais aux historiens aspirant au grade de Professeur d'établir eux-mêmes un bilan de leurs propres recherches. Ce bilan passe évidemment par l'analyse des outils de travail du chercheur. Or, depuis une trentaine d'années, un consensus s'est établi autour de l'idée selon laquelle le principal outil de travail de l'historien, c'est l'historien lui-même.

    Ce petit livre propose une solution facétieuse pour conduire sérieusement l'enquête sur le sens de cette évolution récente. On y parlera de « tournant critique », d'« illusion biographique » et d'« ego-histoire ». On y parlera aussi de Sylvain Venayre, puisqu'il s'agit de son travail.
    Mais Sylvain Venayre n'est qu'un nom. Et ce nom ne représente rien d'autre qu'une idée simple : l'histoire, c'est avant tout des dates et des mots.Ouvrage illustré par Jean-Philippe Stassen.

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  • Née en 1793, morte en 1871, Caroline Aupick, mère de Baudelaire, vécut en un siècle qui exaltait la maternité et enfermait les femmes dans un carcan d'irresponsabilité. Son éducation, sa jeunesse d'orpheline pauvre, promise au déclassement, les diverses étapes d'un destin accidenté, permettent de mieux appréhender son rôle difficile de mère d'un génie souffrant.
    Toute sa vie, Baudelaire aima intensément sa mère. Si, aux rapports tendres et confiants de l'enfance, succédèrent la rébellion et la marginalisation de l'adulte, Mme Aupick demeura le centre névralgique de la vie affective de Baudelaire qui, laminé par la solitude, la pauvreté, des souffrances physiques et psychiques, ancra sur l'image maternelle des rêves de quiétude, de prospérité, d'amour et de sécurité.
    Épouse, en secondes noces, d'un général devenu ambassadeur et sénateur, Mme Aupick, qui fit mettre son fils sous tutelle, incarnait les valeurs d'une bourgeoisie avec laquelle Baudelaire avait rompu. À la fois ennemie et amie, agresseur et recours, elle offre un visage ambivalent, reflet, aussi, de la complexité et des contradictions baudelairiennes.
    Baudelaire enfant reçut vivement l'empreinte de la féminité irradiée par Caroline Aupick qui, inconsciemment, participa à la formation de sa sensibilité poétique. Entre refus, incompréhension ou enthousiasme, cette mère inquiète réagit de façon contrastée à une oeuvre profondément novatrice. Survivant à Baudelaire, elle favorisa l'émergence de la gloire filiale.
    Ce livre fait revivre les relations passionnées et conflictuelles de la mère et du fils. La confrontation de leurs univers, de leurs attentes, de leurs déceptions, enrichit la connaissance du poète et de son oeuvre.

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