Cahiers Du Cinema

  • Cet ouvrage est une sélection des articles critiques les plus importants écrits par Éric Rohmer entre 1948 et 1979, dans des publications aussi différentes que Les Temps modernes, Arts, Combat ou, principalement, les Cahiers du cinéma, dont il fut l'un des principaux critiques depuis sa création, et, entre 1957 et 1963, le rédacteur en chef.
    L'essentiel du cinéma est du côté de son ontologie en tant qu'art et non du côté de la spécificité de son langage. Le cinéma ne consiste pas à dire autrement ce que d'autres arts ont pu dire, mais, avec des moyens qui lui sont propres, il dit aussi autre chose : telle est la thèse qui parcourt l'ensemble de ces écrits, jalonnés par la présence constante des noms de Renoir, Murnau, Hitchcock, Rossellini, Dreyer...

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  • « Pourquoi filmer une histoire quand on peut l'écrire ? Pourquoi l'écrire quand on va la filmer ?
    Cette double question n'est oiseuse qu'en apparence. Elle s'est posée très précisément à moi.
    L'idée de ces contes m'est venue à un âge où je ne savais pas encore si je serais cinéaste.
    Si j'en ai fait des films, c'est parce que je n'ai pas réussi à les écrire. Et si, d'une certaine façon, il est vrai que je les ai écrits - sous la forme même où on va les lire - c'est uniquement pour pouvoir les filmer. Ces textes donc, ne sont pas "tirés" de mes films. Ils les précèdent dans le temps, mais j'ai voulu d'emblée qu'ils fussent autre chose que des "scénarios". C'est ainsi que toute référence à une mise en scène cinématographique en est absente. Ils ont eu, dès le premier jet, une apparence résolument littéraire. » Éric Rohmer.

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  • Cahiers du cinéma N.778 ; spécial Cannes 2021 Nouv.

  • Les ouvrages de la collection Anatomie d'un acteur étudient de manière exhaustive le parcours des plus grands acteurs mondiaux, à travers une analyse de dix rôles emblématiques. Les auteurs de la collection s'attachent à comprendre pourquoi et comment ces stars du cinéma sont devenues quelques-unes des figures les plus respectées et influentes dans le monde du cinéma. Chaque titre est divisé en 10 chapitres, chacun d'entre eux étant consacré à un rôle spécifique, et illustré de photographies de plateau et de tournage.

  • Martin scorsese fait ici le récit illustré de son voyage personnel dans l'histoire du cinéma américain.
    Cet itinéraire d'un cinéaste-cinéphile est celui de sa propre formation, et il ne suit pas, loin s'en faut, les chemins balisés par les historiens du cinéma. scorsese parle des " films de sa vie " - oeuvres prestigieuses des grands metteurs en scène issus des major compagnies, ou séries "b", ces films de genre sous-évalués ou carrément oubliés du grand public. il souhaite ainsi jouer le rôle de guide, avec cette idée forte qu'il faut transmettre un certain héritage aux jeunes générations.
    Ce qu'il célèbre ici, c'est le cinéma et la mise en scène : les cinéastes qui ont su utiliser à plein les potentialités de cet art.
    Le fil conducteur de scorsese est en fait l'analyse des moyens de subversion que les cinéastes ont su utiliser pour pouvoir travailler au sein du système des studios tout en parvenant à préserver l'intégrité de leur art.
    Parmi les films phares, duel au soleil (king vidor), les ensorcelés (vincente minnelli), la prisonnière du désert (john ford), impitoyable (clint eastwood), la grande évasion (raoul walsh), scarface (howard hawks), le lys brisé (david w.
    Griffith), shock corridor (samuel fuller), la féline (jacques tourneur), l'enfer de la corruption (abraham polonsky) et faces (john cassavetes).
    Et c'est la voix de scorsese, sa propre vision, qui résonne tout au long de ce livre : " de jeunes metteurs en scène me demandent souvent: "pourquoi devrais-je aller voir de vieux films ? " j'ai réalisé un certain nombre de films, ces vingt dernières années, et la seule réponse que je peux leur faire est celle-ci : "je me considère encore comme un étudiant.
    Plus je fais des films, plus je réalise que je ne sais pas grand-chose. et je cherche toujours l'oeuvre ou l'homme qui m'apprendra davantage. je dis aux jeunes réalisateurs et aux étudiants : faites ce que faisaient les peintres d'antan. etudiez les vieux maîtres. enrichissez votre palette. elargissez votre gamme. il reste encore tant à apprendre. " ".

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  • Lars von trier, cinéaste venu du danemark, doit sa reconnaissance internationale au prix décerné par le festival de cannes en 1996 à " breaking the waves " et à l'immense succès public qui s'ensuivit.
    Depuis, il a pris le temps de se forger la réputation d'une personnalité compliquée et inaccessible. les entretiens qu'il a donnés à stig björkman témoignent du contraire. il s'y montre particulièrement franc et direct, généreux de sa personne et peu avare de ses opinions au risque d'exposer ses contradictions en pleine lumière. un goût jamais démenti pour l'introspection teintée d'autocritique, une curiosité perpétuellement en éveil, le tout accompagné d'une bonne dose de provocation.
    Les entretiens ont eu lieu de l'été 1995, alors que lars von trier préparait le tournage de " breaking the waves " jusqu'au printemps 2000, après qu'il eut terminé le montage de " dancer in the dark ". au cours de cette période, stig björkman a pu avoir accès aux scénarios des films en projet. il a également pu suivre lars von trier sur les tournages de " breaking the waves ", " les idiots " et " dancer in the dark ".
    L'évolution du cinéaste, depuis son film de fin d'études à l'école de cinéma de copenhague, " images d'une libération ", jusqu'à " dancer in the dark " est loin de suivre un parcours attendu. chacun de ses films porte une vision nouvelle ; à chaque fois, il remet en cause la cohérence de sa démarche, cherchant sans cesse à repousser ses propres limites, engageant le spectateur à faire de même. a travers ses films, lars von trier démontre qu'il a une confiance inébranlable en l'avenir du cinéma et la capacité de cet art de se ressourcer ; la lecture de ces entretiens permet de mieux comprendre la place qu'il occupe dans cette histoire en train de s'écrire.

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  • Carl Dreyer est reconnu comme l'un des maîtres du cinéma à travers cinq oeuvres majeures qui traversent le siècle des années 20 aux années 60, du muet au parlant : La Passion de Jeanne d'Arc (1928), Vampyr (1932), Dies Irae (1943), Ordet (1955), Gertrud (1964).
    Cinéaste danois né à Copenhague en1889, et mort dans la même ville en 1968, il n'en a pas moins réalisé une grande partie de ses films dans d'autres pays d'Europe. Grand styliste, reconnaissable entre tous, il est influencé dans sa jeunesse par les films de Griffith, et ses sources d'inspiration puisent largement dans la culture scandinave, littérature, théâtre. Enfant abandonné, il est élevé par des parents adoptifs d'un milieu protestant très rigoriste, deux autres éléments qui marqueront tout autant son oeuvre.
    Très jeune Dreyer affiche sa volonté d'indépendance et de nouveauté, il pratique l'aéronautique, est journaliste et fait son premier film à 29 ans en 1918 : Le Président.
    Ses débuts l'amènent à voyager du Danemark en Suède, en Allemagne, en Norvège où il réalise successivement ses films jusqu'en 1926. Puis c'est en France, après le succès du Maître du logis qu'il réalise La Passion de Jeanne d'Arc et Vampyr. Après l'échec de ce dernier film, il réalise sa grande trilogie danoise, adaptation de trois pièces de théâtre scandinaves. : Dies Irae, Ordet, Gertrud. L'influence de Dreyer sur les générations successives de cinéastes est manifeste et ne se dément pas.
    Jean Sémolué, fréquente l'oeuvre de Dreyer depuis de nombreuses années. Il l'a connu et interviewé à plusieurs reprises. Il a approché nombre de ses collaborateurs et acteurs pour mieux pénétrer la méthode du cinéaste.
    Son ouvrage passe de l'analyse des films à la biographie de l'auteur, du récit de ses rencontres avec le cinéaste, aux témoignages de ses proches. Il est illustré de magnifiques photogrammes très précisément sélectionnés en noir et blanc qui restituent la puissance et la singularité de la mise en scène de Dreyer.

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  • Pour les dictionnaires, Kenneth Anger se situe quelque part dans la rubrique " cinéma expérimental ", figure de l'underground américain, avec à ses côtés Andy Warhol, et il reste davantage connu pour son récit scandaleux, Hollywood Babylone, paru en 1959 chez Pauvert.
    Dans sa filmographie pourtant, plusieurs titres sont devenus des films-cultes : Inauguration of the pleasure Dome (1956), rituel érotico-mythologique à la manière de ceux qu'organisait au début du siècle le Mage Aleister Crowley dans son abbaye sicilienne ; Scorpio Rising (1963), mi-document mi-fiction sur les milieux des motards new-yorkais, sur fond de pop music ; Invocation of my Demon Brother (1969), tourné à San Francisco et monté à Londres sur une musique de Mick Jagger.
    Kenneth Anger est le premier cinéaste à avoir transcrit frontalement à l'écran les fantasmes homosexuels. Remarqué lors d'un voyage à Paris par Cocteau, il a travaillé quelque temps en France, toujours en butte à al censure américaine. En 1996, une rétrospective de ses films à Paris, a permis à toute une partie de la critique de prendre la mesure de son oeuvre. Pour Olivier Assayas, nul doute que Kenneth Anger est un maillon indispensable pour comprendre le cinéma contemporain.
    Tout son cinéma est traversé par la question de la magie du cinéma et des rituels par lesquels elle advient ou au contraire disparaît des images.
    Cet Eloge de Kenneth Anger trouve sa place dans l'itinéraire d'Olivier Assayas, qui fut critique aux Cahiers du cinéma avant de devenir réalisateur, ente autre, de Fin août, début septembre, de L'eau froide. Il s'en explique ainsi dans la préface de cet ouvrage : " Il y a une sorte de triptyque, Irma Vep (le film), Eloge de Kenneth Anger (le livre) et enfin HHH.
    Le documentaire que j'ai consacré à Hou Hsiao-Hsien, qui sont trois moments d'une réflexion sur le cinéma ; pas le cinéma avec une majuscule, mais le cinéma avec une minuscule, celui plus modeste d'une pratique individuelle, et les questions très singulières qu'il pose à l'existence consciente et inconsciente de chacun ".

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  • Le parcours de Jean-Luc Godard, comme celui de nombre de grands artistes connaît plusieurs grandes périodes qui se caractérisent par des engagements esthétiques spécifiques à chacune.
    C'est la première période, celle des années soixante, dite de la Nouvelle Vague, qu'a choisie Alain Bergala pour approcher la méthode du cinéaste. Godard réalise depuis ses premiers essais des années cinquante jusqu'en 1968, qui marque une rupture dans son oeuvre, pas moins de 27 courts et longs métrages. Il y a une unité d'ensemble dans cette suite de films que l'on pourrait autrement intituler " les années Karina " tant y est présente la muse, l'actrice qui fut aussi la compagne du cinéaste : Anna Karina ( du Petit Soldat en 1960 à Made in USA en 1966). Les opus les plus connus en sont A bout de souffle bien sûr, avec Jean-Paul Belmondo et Jean Seberg, qui révéla Jean-Luc Godard au public, Le Mépris avec Brigitte Bardot et Michel Piccoli, Pierrot le fou avec Jean-Paul Belmondo et Anna Karina, La Chinoise avec Anne Wiazemsky et Jean-Pierre Léaud.
    Malgré l'abondante littérature produite sur Godard, le mythe se perpétue, la part de mystère demeure sur la nature de l'artiste et le sens de sa production. C'est pourquoi le retour à la source opéré ici par Bergala, dont le projet porte sur le " comment " plus que sur le " pourquoi ", qui privilégie les faits, le récit de l'accomplissement de l'oeuvre sur le commentaire, remet en cause bien des idées reçues.
    On peut également considérer que cette première période constitue une sorte matrice à partir de laquelle c'est sur l'ensemble d'un demi siècle de cinéma de Jean-Luc Godard qu'un éclairage nouveau est porté.

  • Découvrez David Lynch, le livre de Thierry Jousse. David Lynch (États-Unis, 1946) est le réalisateur culte par excellence, dont le mythique Mulholland Drive (2001) a contribué à faire entrer le cinéma dans le vingt et unième siècle. Trois décennies plus tôt, sa carrière débutait avec l'inclassable Eraserhead (1977), bientôt suivi de Blue Velvet (1986), Sailor et Lula (1990), puis Lost Highway (1997). Le cinéma de Lynch invite le public à de nouvelles expériences sensorielles, où la logique narrative se désagrège pour mieux mystifier le spectateur. S'il appartient bel et bien au système des studios hollywoodiens, Lynch n'a jamais cessé d'en explorer les marges, inventant par exemple au début des années 1990 un nouveau genre de série télévisée avec Twin Peaks. Son talent aux multiples facettes s'exprime dans des médias aussi divers que la photographie, la peinture, la musique, et ses oeuvres s'exposent désormais dans les musées et les galeries d'art.

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  • Pièges téléphoniques, voleurs de voix, chants de sirènes, silences du muet.
    Mais aussi les pouvoirs et les charmes de la voix cachée, sous le signe du mabuse de fritz lang, le mariage impossible de la voix et du corps filmé, sous le signe du parsifal de syberberg. entre la voix et l'écran, les rapports, ce lieu du pas-tout-voir, ne sont rien moins que pacifiques. ce livre jette les bases d'une théorie du cinéma comme parlant, à travers les films de mizoguchi, tati, bresson, welles, duras, fellini, et en particulier des analyses de psychose, d'alfred hitchcock, et surtout, du testament du docteur mabuse.

    La voix au cinéma est le premier volet d'une trilogie sur le cinéma comme art sonore publiée par l'auteur dans cette collection, qui s'est continuée avec le son au cinéma et la toile trouée, la parole au cinéma.

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  • Puisant dans des films célèbres et très divers, sélectionnés dans toute l'histoire du cinéma, classique ou récent, ce livre rend compte d'une histoire du scénario au cinéma et décèle les tendances actuelles des cinémas américain, français et asiatique. Ces scénarios sont des modèles actuels et vivants, réservoirs d'exemples dans leurs irrégularités et par les aléas de leur écriture.
    Le parti pris de cet ouvrage est qu'au fond, les histoires sont toujours les mêmes, ce dont se réjouit son auteur qui y voit le signe d'une solidarité de l'expérience humaine à travers l'espace et le temps. Ce qui est en revanche indéfiniment neuf, c'est l'art de la narration, l'art du conte, dont le scénario est une application particulière au cinéma.
    Cette narration repose sur des techniques utilisées dans tout scénario, des « trucs », des procédés très pratiques.
    Loin de les ériger en normes, l'auteur s'attache aussi à montrer comment il est possible de les retourner, les dévier ou les renouveler.
    Michel Chion inventorie les éléments constitutifs d'un scénario, les ressorts dramatiques, les procédés de construction et de narration, les fautes possibles. qu'il est toujours permis de commettre.
    Les quatorze films de référence sont Le Testament du Docteur Mabuse, Le Port de l'angoisse, L'Intendant Sansho, L'Invasion des profanateurs de sépulture, À travers le miroir, Taxi Driver, Pauline à la plage, Thelma et Louise, Chute libre, Pulp Fiction, Un jour sans fin, In the Mood for Love, L'Emploi du temps et Uzak.

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  • Le cinéma et la Shoah. Collectif sous la direction de Jean-Michel Frodon. Du Dictateur de Chaplin à la polémique entre Claude Lanzmann et Jean-Luc Godard, l'extermination es juifs d'Europe a forcé le cinéma, plus que tout autre art et moyen d'expression, à interroger ses propres procédures, à mettre en question ses codes et ses techniques. C'est en référence à la Shoah qu'a été construite une part décisive de la pensée du cinéma moderne. Ce livre propose à la fois de rendre compte de ce phénomène, et d'essayer, en en formulant les enjeux, de prendre la mesure des questions contemporaines de toutes natures (pas seulement cinématographiques) construites à partir de la confrontation entre le cinéma et la Shoah. Une filmographie inédite, réalisée grâce à l'Institut Fritz Bauer, rassemble à la fin de l'ouvrage plus de 300 longs métrages, courts métrages et documentaires ayant trait à la Shoah, de 1945 à nos jours. Ouvrage réalisé en partenariat avec la Fondation pour la Mémoire de la Shoah.

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  • Dans la série « les couvertures auxquelles vous avez échappé », nous avons été tentés ce mois-ci de résumer l'état du cinéma et du monde par l'un de ces symboles circulaires indiquant sur les plateformes qu'un chargement est en cours. Car, sur nos écrans comme dans nos vies, nous voici effectivement suspendus à l'attente d'une image, d'un récit, d'un retour qui tardent péniblement à apparaître. En matière de cinéma, on en vient à se poser plus sérieusement que jamais la question d'une mutation définitive. Et on rit plus jaune qu'on ne l'aurait fait il y a quelques mois, en tombant sur cette affirmation de Jean Pierre Melville dans ses entretiens avec Rui Nogueira (datant de 1970) : « J'estime que la disparition du cinéma aura lieu vers l'an 2020 et que dans cinquante ans environ il n'y aura plus que la télévision. » Mais plutôt que des prophéties, nous avançons dans ce numéro quelques hypothèses et amorces de réponses à partir d'éléments concrets. Il nous importe de poser le problème non seulement en termes économiques mais aussi et surtout esthétiques, en nous demandant ce qu'il advient ou pourrait advenir des auteurs et de la création sur les plateformes, dont les effets de la pandemie ont accéléré une expansion qui menace de devenir une domination.

    Car il se trouve que la grande majorité des films produits ou préachetés par les plateformes jusqu'à aujourd'hui nous ont peu convaincus qu'un vrai renouveau avait une chance de s'y réaliser. Le sentiment qui domine est d'y voir un cinéma hollywoodien édulcoré, aplani, bizarrement digéré. Deux exemples symptomatiques : Mank et La Mission, où Fincher et Greengrass se réapproprient respectivement Welles et Ford, mais en les dissolvant dans un pastiche revanchard et dévitalisé (Mank) ou dans un récit convenu, une mise en scène anonyme et sans âme (La Mission). Sans tout mettre sur le dos des plateformes, on est donc en droit de s'interroger sur ce qu'elles vont faire au seul cinéma qui nous passionne, celui qui invente, étonne, prend des risques, là où Netflix, Amazon ou Apple semblent pour le moment surtout capitaliser sur du réchauffé, pour nourrir d'un flux insipide ce mythe appelé « grand public » - car on ne peut vraiment inventer qu'en s'adressant à des individus, dont on croit en l'intelligence.

    Dans un texte consacré à Fellini publié dans le dernier numéro de Harper's Magazine, Martin Scorsese, bien placé pour en parler, puisqu'il a réalisé son dernier film pour Netflix et prépare le prochain pour Apple, ne craint pas de cracher dans la soupe en s'inquiétant précisément de la dévaluation subie par le cinéma ces dernières années. L'un des symptômes qu'il relève est le changement de définition du terme « contenu » dans le monde du streaming, qui ne désigne plus les idées que le film contient, mais sa réduction à un produit. Il souligne aussi combien l'offre de la plupart des plateformes constitue la négation de l'idée même de programmation, c'est-à-dire d'un partage intelligent et généreux : « Les algorithmes, par définition, s'appuient sur des calculs ne considérant pas le spectateur autrement que comme un consommateur. » Si l'on excepte les plateformes cinéphiles, comme Mubi, La Cinetek ou Tënk, cette absence totale d'éditorialisation trahit effectivement un inquiétant manque de connaissance et de considération des « contenus » et de leurs auteurs. C'est dire si l'arrivée récente sur Netflix de quelques merveilles du cinéma muet suédois - dont Ingeborg Holm (1913) et Terje Vigen (1917) de Victor Sjöström, Le Trésor d'Arne (1919) et Vers le bonheur (1920) de Mauritz Stiller ou La Quatrième Alliance de Dame Marguerite de Carl Th. Dreyer (1920) - semble totalement incongrue. La plateforme n'en fit pas vraiment état, la promotion ayant surtout été assurée sur les réseaux sociaux par quelques cinéphiles ébahis. On peut voir dans le fait que Netflix n'ait pas eu conscience d'abriter là un petit trésor le signe préoccupant d'un refoulement du cinéma et de son histoire dans les recoins obscurs des froides et amnésiques interfaces. On peut aussi se réjouir de cette persistance inopinée du cinéma des premiers temps, de ses mises en scène lumineuses, de son sens naturel de la fantaisie et du drame, au milieu de tant de plats réchauffés. Paraphrasons Godard, pour affirmer que, sur Netflix en 2021, Sjöström, Stiller et Dreyer sont bien plus jeunes et vivants que Fincher ou Greengrass !

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  • George Clooney sera à l'affiche de Tomorrowland de Brad Bird en mai 2015 et participe actuellement au tournage de Hail, Caesar !, le nouveau film des frères Coen.
    Les ouvrages de la collection ANATOMIE D'UN ACTEUR étudient de manière exhaustive le parcours des plus grands acteurs mondiaux, à travers une analyse de dix rôles emblématiques. Les auteurs de la collection s'attachent à comprendre pourquoi et comment ces stars du cinéma sont devenues quelques-unes des figures les plus respectées et influentes dans le monde du cinéma. Chaque titre est divisé en 10 chapitres, chacun d'entre eux étant consacré à un rôle spécifique, et illustré de photographies de plateau et de tournage.

  • Parmi l'abondante littérature consacrée à François Truffaut, manquait l'ouvrage sur sa méthode de travail à partir de ses archives. L'investigation patiente de l'intégralité d'une documentation de travail inespérée permet à Carole Le Berre d'accéder comme rarement à l'univers et au processus de création d'un cinéaste. Parce que Truffaut écrivait beaucoup, couvrait ses scénarios de remarques manuscrites, qu'il avait la passion de tout conserver, le lecteur peut assister, comme en catimini, au mouvement même de l'élaboration de l'oeuvre.
    On retrouve les traces encore vivantes d'un esprit en marche en activité constante, comme si l'on surprenait un cinéaste au travail, on découvre ses secrets de fabrication, on suit le surgissement d'une idée, l'esquisse parfois d'une mise en scène, la naissance d'un film. De Truffaut, on a l'impression de tout connaître, et pourtant, cet ouvrage permet de me découvrir sous un angle nouveau et d'éprouver encore plus l'obstination et la cohérence de l'oeuvre.
    Rien n'est plus faux que la légende selon laquelle Truffaut, le critique irascible, le fossoyeur de la qualité française serait ensuite devenu un cinéaste rangé, assagi. Les sujets de ses films, tels qu'ils sont ici mis en lumière, la violence qui y sourd, la sauvagerie profonde des personnages montrent tout au contraire combien cette idée reçue est une forme d'aveuglement. Le cinéma de Truffaut ne cesse de jouer du décalage entre une apparence anodine, le masque aimable du divertissement et la boule de sauvagerie qui le traverse et surgit par éclats.
    C'est à partir de cette contradiction entre la puissance des fantasmes qu'il libère et la volonté de se faire accepter qu'il construit son cinéma. Et c'est cette nécessité d'être reconnu et accepté, semblable au désir de son personnage miroir incarné par Jean-Pierre Léaud, Antoine Doinel, d'entrer dans les familles, qui est à l'origine du malentendu qui voudrait faire croire à sa sagesse, à l'unanimisme de son cinéma.
    L'organisation de l'ouvrage est chronologique et chaque chapitre aborde un film sous un angle mettant en valeur un aspect de la méthode de Truffaut. Une abondante iconographie enrichit le propos de l'auteur et de nombreux documents inédits sont ici reproduits, désormais accessibles aux amateurs des films de Truffaut.

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