Entreprise, économie & droit

  • Si l'on veut réellement rassembler la grande majorité des classes populaires autour d'un programme de déconstruction graduelle du système capitaliste (et non pas simplement accroître ses privilèges électoraux), il faut impérativement commencer par remettre en question ce vieux système de clivages fondé sur la «confiance aveugle dans l'idée de progrès», dont les présupposés philosophiques de plus en plus paralysants (du type "parti de demain" - celui de la Silicon Valley - contre "parti d'hier" - celui de l'agriculture paysanne ou de la culture du livre) ne cessent d'offrir depuis plus de trente ans à la gauche européenne le moyen idéal de dissimuler sa réconciliation totale avec le capitalisme sous les dehors beaucoup plus séduisants d'une lutte "citoyenne" permanente contre toutes les idées «réactionnaires» et "passéistes".

  • Ce sont, par conséquent, les exigences mêmes d'un combat cohérent contre l'utopie libérale et la société de classes renforcée qu'elle engendre inévitablement qui rendent à présent politiquement nécessaire une rupture radicale avec l'imaginaire intellectuel de la Gauche. Je comprends parfaitement que l'idée d'une telle rupture pose à beaucoup, de graves problèmes psychologiques, car la Gauche, depuis le XIXe siècle, a surtout fonctionné comme une religion de remplacement (la religion du «Progrès») ; et l'on sait bien que toutes les religions ont pour fonction première de conférer à leurs fidèles une identité, et de leur garantir la paix avec eux-mêmes. J'imagine même sans difficulté que de nombreux lecteurs tiendront cette manière d'opposer radicalement le projet philosophique du Socialisme originel et les différents programmes de la Gauche et de l'Extrême Gauche existantes, pour un paradoxe inutile, voire pour une provocation aberrante et dangereuse, de nature à faire le jeu de tous les ennemis du genre humain. J'estime, au contraire, que cette manière de voir est la seule qui donne un sens logique au cycle d'échecs et de défaites historiques à répétition, qui a marqué le siècle écoulé ; et dont, visiblement, la compréhension demeure obscure pour beaucoup, dans l'étrange situation qui est aujourd'hui la nôtre. De toute façon, c'est à peu près la seule possibilité non explorée qui nous reste, si nous voulons réellement aider l'humanité à sortir, pendant qu'il en est encore temps, de l'impasse Adam Smith.

  • Le texte adopté par le sommet de Bruxelles le 18 juin 2004 soulève deux types de questions : avons-nous affaire à une Constitution ou à un Traité ? Son contenu est-il acceptable ou non ? La première question n'est pas que formelle ou réservée aux juristes : elle conditionne l'autorité à laquelle le texte pourra prétendre. Plus profondément encore, elle touche au patrimoine commun des États de droit et à leur expérience démocratique depuis plus de deux siècles. La seconde question pose celle du stade atteint par la construction de l'Europe et de la conception qu'on en a, du but politique que l'on se fixe. Ce texte interdira à l'Union européenne de devenir une véritable puissance politique. Mais il ne se contentera pas de cela : il sonne le glas d'un gouvernement économique et, plus grave encore, d'un fonctionnement démocratique dans l'Union européenne. C'est donc bien une question essentielle qui est en jeu, celle de la démocratie représentative et de la sauvegarde de ses principes fondateurs. Contre les partisans du "oui", qui ont érigé les institutions européennes en dogme intouchable et n'imaginent pas une autre histoire de la construction européenne, il est temps de dénoncer la dépolitisation de l'Europe à l'oeuvre.

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  • La planete uniforme

    Serge Latouche

    • Climats
    • 26 Octobre 2000

    Le terme de «mondialisation» - le plus souvent comme mot d'ordre et incantation - est désormais entré dans le langage courant pour désigner la soumission sans précédent de nos vies à l'emprise des marchés. Mais derrière des apparences nouvelles, symbolisées par l'essor de technologies spectaculaires - telles les autoroutes de l'information - on retrouve le mouvement qui, depuis plusieurs siècles, travaille à occidentaliser et uniformiser la planète.
    Afin de prendre la mesure des défis auxquels est confrontée l'humanité à l'aube du XXIe siècle, Serge Latouche interroge ici la nature exacte de ce processus et l'ambivalence profonde de son principal agent historique : l'Occident.
    Celui-ci ne détruit-il pas le reste du monde autant par ce qu'il lui donne que par ce qu'il lui prend ? Et n'est-il pas urgent de distinguer le combat légitime pour des valeurs universelles, c'est-à-dire réellement humaines, de cette volonté d'uniformiser la vie par le marché-roi, qui menace, à terme, de déconstruire les fondements mêmes de l'ordre humain ?
    Serge Latouche procède à une analyse lucide des illusions et impasses de la modernité. Tout en indiquant, au-delà du pessimisme de son constat, à quelles conditions et avec quels moyens, il demeure possible de résister à cet Ordre nouveau qui étend son ombre sur la planète.
    J.C. Michéa

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  • Cet essai de Keynes, rédigé moins d'un an avant les évènements de 1919 qu'il relate, est demeuré inédit du vivant de son auteur, bien que Keynes ait publié, avant 1923, des portraits d'autres protagonistes des négociations de paix. Ces portraits et scènes de genre sont parmi les plus personnels des écrits de Keynes.

  • La mouvance antimondialisation, et singulièrement Attac, se focalise sur la question de la spéculation financière. Cette obsession la conduit à faire pression sur les hommes politiques afin qu'ils instaurent le contrôle des mouvements de capitaux internationaux. La belle unanimité qui se dessine aujourd'hui à ce sujet devrait inciter les militants «antimondialisation» à s'interroger à la fois sur leur identité et sur la signification profonde de leur engagement contre la dictature des marchés financiers. James Tobin, père de la fameuse taxe, ne déclare-t-il pas : «Le fait que l'on assimile mon système de taxation des opérations de change à une réforme de gauche demeure pour moi une énigme» ?
    Attac, ultime refuge, depuis sa création, de tous les déçus de la politique, doit-elle se contenter d'apporter un supplément d'âme au capitalisme ? Jusqu'à preuve du contraire, l'association semble pallier les carences d'un système qui ne parvient pas, pour l'heure, à assurer durablement sa régulation.

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