Honore Champion

  • Vingt années séparent le premier exposé de la théorie darwinienne - le brouillon de 1839 - et la publication, le 24 novembre 1859, de L'origine des espèces. La fin de cette longue genèse est aussi le début d'une lente maturation qui durera jusqu'en 1872 - date de sa sixième et dernière édition -, voire, si l'on y inclut les ultimes révisions de l'auteur, jusqu'en 1876 - date du dernier tirage soumis à son examen. C'est cette édition absolument définitive du plus célèbre des ouvrages de Darwin qui est ici traduite et présentée à l'occasion du bicentenaire de sa naissance. Aucun livre de science ne connut sans doute plus durable succès. Aucun ne suscita réactions plus vives ni controverses plus passionnées. Dans une quête d'exhaustivité qui demeurera toujours insatisfaite, l'ouvrage illustre à travers chacun de ses chapitres la haute cohérence de la théorie de la sélection naturelle, moteur de la transformation des espèces, avec les données issues de l'observation des variations animales et végétales, de la théorie des populations, de la zootechnie, de l'horticulture, de l'éthologie, de l'étude de la génération et des croisements, de la paléontologie, de la biogéographie, de la morphologie, de l'embryologie, de l'histoire de la Terre et du climat, ainsi que de la classification des formes vivantes. Particulièrement démonstratif et amplement documenté, il porte un coup décisif aux anciennes croyances en la création singulière et en la perfection native, fixe et définitive des espèces. Cette laïcisation de l'histoire naturelle, qui s'inscrit elle-même dans une autonomisation nécessaire de la science, sera pour cela longtemps combattue par les Eglises et les groupements mystiques restés fidèles au dogme, indéfiniment remanié mais toujours résurgent, de la Création du monde et du vivant par une intelligence transcendante et providentielle qui serait seule capable d'en garantir les fins et d'en préserver l'harmonie. Dans une savante et méticuleuse préface, Patrick Tort étudie pas à pas la constitution de ce maître livre qui inaugure, en l'affranchissant de toute théologie, la pensée scientifique moderne.

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  • Paru le 26 novembre 1872, ce chapitre détaché de La Filiation de l'Homme consacré à l'expression des émotions chez l'Homme et les animaux est ordinairement reconnu par les commentateurs contemporains comme un ouvrage d'une singulière importance pour l'élaboration de disciplines d'études telles que la psychologie animale, l'éthologie, l'anthropologie et les sciences du langage et de la communication.
    Pour justifié qu'il soit, cet hommage des auteurs à la modernité d'un texte dont les intuitions majeures remontent cependant à la jeunesse de Darwin ne doit pas faire oublier l'objectif premier du livre, qui est de fournir à l'histoire naturelle transformiste un supplément de preuve tiré de l'étude minutieuse des mécanismes anatomo-physiologiques mis en oeuvre par la traduction somatique des différents « états de l'esprit » - et donc de vérifier leur relative universalité au sein de l'espèce humaine, tout en examinant les manifestations probables de leurs ébauches animales. Et, au passage, de réfuter là aussi les thèses providentialistes de la théologie naturelle, qui soutiennent avec Charles Bell que l'homme est seul à disposer, suivant le dessein du Créateur, de muscles spécialement destinés à produire sur son visage et dans ses yeux l'ineffable inscription des passions de son âme.
    Dès lors, l'opposition réitérée de l'inné (le socle naturel, biologique, donc universel de l'expression) et de l'acquis (la sédimentation d'habitudes et d'instructions culturelles particulières) tend à occulter, sous la persistante banalité des commentaires qu'elle régit, ce qui chez Darwin proclame pourtant son indispensable dépassement. Combinant sans cesse les deux ressources, Darwin, ainsi que le montre Patrick Tort dans sa préface, n'est ni dans un pur innéisme pré-lorenzien, ni dans l'artificialisme ou dans le conventionnalisme de principe des sciences sociales, mais dans l'articulation qu'avaient perçue et théorisée Condillac et, dans le registre esthétique, Diderot entre les signes naturels des émotions et leur apprentissage néanmoins nécessaire.
    Précédé de : Patrick Tort, L'origine de la sympathie.

  • Lorsque, plus de onze ans après la première édition de L'Origine des espèces, Darwin publie en 1871 La Filiation de l'Homme (The Descent of Man), il s'acquitte d'une obligation de cohérence contractée dès sa première adhésion à l'idée de l'origine commune des espèces vivantes : couronner l'illustration de la grande vérité transformiste en montrant la nécessité d'inscrire phylogénétiquement l'Homme au sein de la série animale. Au terme d'une assez longue réserve, Darwin, affrontant une nouvelle fois les mythes de la création et l'univers dogmatique des croyances, expose alors une version strictement naturaliste de l'origine de l'Homme et de son devenir. Au-delà, il s'agit pour lui d'expliquer, par la seule dynamique d'avantages sélectionnés et transmis, l'accession de l'Homme à sa position d'éminence évolutive, représentée par l'état de " civilisation ", lequel manifestement contrarie en son sein le mouvement d'élimination des moins aptes impliqué dans la sélection naturelle, pour y substituer des institutions protectrices, une éducation altruiste et une morale de la bienveillance, du secours et de la sympathie. Telle est l'inépuisable nouveauté de ce que Patrick Tort nomme, dans sa préface, l'effet réversif de l'évolution.
    Une telle explication ne pouvait s'effectuer sans une théorie des instincts. Si la notion du développement sélectionné des instincts sociaux, combinée avec celle de l'accroissement des capacités rationnelles, sert à désigner globalement ce à travers quoi l'humanité élabore la civilisation, c'est dans l'analyse fine des instincts procréatifs et parentaux, ainsi que des sentiments affectifs et des comportements qui leur sont associés, que Darwin découvre l'opération d'une autre sélection, détentrice elle aussi d'un grand rôle évolutif : la sélection sexuelle, qui préside dans le monde animal à la rencontre amoureuse, aux rituels et aux choix nuptiaux ainsi qu'à la transmission des caractères sexuels secondaires, et qui complète l'action de la sélection naturelle tout en paraissant parfois lui opposer sa loi.

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  • « À partir d'un commentaire fouillé de la philosophie de la nature et de la critique du finalisme telle qu'elle s'exprime dans la Lettre sur les aveugles, les Pensées sur l'interprétation de la nature et Le Rêve de d'Alembert, ce livre montre l'unité et la cohérence de la pensée de Diderot dans les différents domaines qu'elle a pu aborder. Il s'agit là d'un travail considérable, susceptible de renouveler les études diderotiennes, dans la mesure où il prend véritablement au sérieux l'oeuvre philosophique de Diderot et en étudie la cohérence et les enjeux comme on a pu étudier les systèmes des grands philosophes classiques du dixseptième siècle ou de l'idéalisme allemand. Au-delà du cas de Diderot lui même, une telle recherche permet de jeter un regard différent sur la philosophie, l'esthétique, l'anthropologie et l'éthique du dix-huitième siècle, souvent dévaluées à tort dans l'histoire de la philosophie, ou du moins considérées comme des assemblages d'idées disparates et non systématiques. Colas Duflo en montre au contraire la forte articulation et la teneur théorique rigoureuse, repérable à condition qu'on veuille bien prêter attention à la spécificité de leurs concepts et de leur système de preuve. En ce sens, il s'agit d'un apport méthodologique extrêmement précieux. » Pierre-François Moreau

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  • Port-Royal constitue l'un des plus grands mythes historiques de la culture française. L'effervescence littéraire de ce " groupe " prestigieux restait dans une large mesure, même après le monumental Port-Royal (1840-1859) de Sainte Beuve, à mettre en pleine lumière. Les soixante-deux études réunies dans ces deux volumes ambitionnent d'y contribuer.
    Le volume I était consacré à Pascal, celui-ci aborde deux problèmes généraux (littérature et théologie, la grâce et la conversion, avec une tentative de définition rigoureuse du jansénisme), avant de présenter la Bible de Port-Royal, celle-là même sur laquelle rêvaient encore Hugo et Rimbaud. De là l'ouvrage passe à la considération de thèmes-clés, puis d'écrivains majeurs : La Rochefoucauld, l'auteur des Lettres portugaises, Mme de Lafayette, dont l'amie intime, Mme de Sévigné illustre plus qu'aucun autre écrivain féminin l'allégeance à Port-Royal et à saint Augustin. Après une section sur Racine, deux nouvelles vues d'ensemble sont proposées, sur l'augustinisme littéraire, l'une à l'époque classique, l'autre au moment de l'essor romantique. Le livre se clôt sur une visite du monument de Sainte-Beuve, le Port-Royal. Il fournit le premier Index biblique de Racine (Esther et Athalie).

  • La Bretagne et la planète celtique, Jésus et l'Église, la chaire du Collège de France et l'exploration de l'Orient, le miracle grec, les grandes migrations culturelles, l'Europe et la nation, les élites et le peuple, tels sont les principaux terrains sur lesquels se développe et se bouscule à partir d'une documentation exemplaire cette biographie de Renan qui fit de la philologie la « science de l'esprit humain » (1823-1892). Un des géants du siècle, partageant avec Hugo et Dumas les plus gros tirages, réactionnaire et révolutionnaire, à brûler ou à adorer, provocant et visionnaire, prêtre de la raison et philosophe de l'incertain, avant tout penseur de la liberté, un et multiple, il est l'inclassable. Et, né des froides brumes de la mer, avec quel art il conduit sa barque et nous fait réagir ! Reste à redécouvrir un magicien de la langue : « Personne ne sut trouver de plus admirables sonorités, cela avec les mots de tout le monde » (Debussy).

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  • Etudie les interférences entre littérature et sentiment religieux, entre théologie et création ; l'influence de la Bible sur l'écriture même d'un Pascal ; le socle augustinien des«Provinciales»et des«Pensées»comme de nombreuses oeuvres de l'époque classique ; la genèse de la maîtrise formelle chez un théologien qui répudie la sécheresse des scolastiques.

  • Entre L'Origine des espèces ­­(1859) et La Filiation de l'Homme (1871), La Variation des animaux et des plantes à l'état domestique, ouvrage dans lequel on reconnaîtra le plus méticuleusement documenté et le plus étendu des traités généralistes de Darwin, occupe en 1868 une place intermédiaire, vouée tout d'abord à la consolidation illustrative et argumentative du transformisme.
    C'est en effet la variation des êtres vivants qui, sélectionnée et transmise, constitue le matériau dynamique de la transformation des espèces. Conscient du mystère de son origine, Darwin la poursuit, depuis l'observatoire aménagé par la domestication, sous toutes ses manifestations visibles. Parcourant le champ immense ouvert à la sélection par les variations spontanées des organismes dans l'univers de la zootechnie et de l'horticulture, il étudie le phénomène variationnel, qu'il soit morphologique, instinctuel ou mental, depuis ses manifestations les plus courantes jusqu'à la production des particularités les plus singulières.
    Chaque fois, un écart observé, isolé et parfois inconsciemment ou méthodiquement reproduit, atteste la variabilité naturelle du vivant, expose l'ampleur de sa plasticité et relativise les frontières apparentes entre les êtres. Si la théorie de la descendance modifiée par l'action de la sélection naturelle explique le mécanisme de la formation des espèces à partir des variétés, elle ne sait rien encore de la nature et de la source de la variation elle-même dans le processus de génération, ni des règles exactes de sa transmission. C'est à ce non-savoir momentané (pré-mendélien malgré de sensibles approches) qu'essaie de porter remède, à l'avant-dernier chapitre de cet ouvrage, la remarquable - et, de fait, post-newtonienne - «hypothèse provisoire de la Pangenèse».

  • Écartelée entre le passé et l'avenir, la période de vingt ans qui précède la guerre de 1914-1918 a été considérée par les historiens du mouvement poétique tantôt comme la désagrégation du symbolisme, tantôt comme la promesse de nouveauté. Or les années 1895-1914 constituent un moment propre de l'histoire littéraire, marqué par une unité morale et artistique, des problèmes et aspirations distincts de ceux des années 1890 comme de ceux des années 1920. Au-delà des grands poètes envisagés - Paul Claudel, Charles Péguy, Jules Romains, Guillaume Apollinaire, Blaise Cendrars -, cet ouvrage s'attache, notamment à partir de l'étude des grandes revues généralistes de référence - La Revue blanche, Le Mercure de France, L'Ermitage, La Nouvelle Revue française - comme de petites revues, à dégager le sens de cette époque et à en suivre l'évolution, perçue comme crises de valeurs.

    Le travail de Michel Decaudin, fondamental sur la période considérée, et dépassant le seul cadre de la poésie, a marqué des générations d'étudiants et de chercheurs.

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  • Vauvenargues est un météore qui a traversé le ciel de la philosophie de façon quasi anonyme et dont la trace a été particulièrement trahie puis perdue. Ce livre reconstruit le sens d'une oeuvre de laquelle Nietzsche écrit qu'elle est celle d'un penseur aux idées véritables. Vauvenargues est, en effet, un philosophe dont les idées radicales ont été forcloses. Et la seule oeuvre publiée de son vivant, Introduction à la connaissance de l'esprit humain, ne pouvait être véritablement comprise que selon ses prémisses «spinozistes» qui avaient été dissimulées, par l'auteur lui-même, comme elles ont été, ensuite, refoulées et ignorées dans l'histoire de la réception. Vauvenargues développe, en son temps, contre son temps et pour un temps à-venir, une profonde réflexion philosophique sur l'affirmation de la puissance singulière - en butte à la raison mortifère des théologiens et des faux philosophes - et l'unité dynamique et inventive des passions et de la raison. Son oeuvre se présente comme le diagnostic d'une époque et aussi le creuset d'une pensée de l'avenir qui se démarque des grandes options philosophiques et politiques de la modernité. Ainsi, Vauvenargues traverse-t-il le machiavélisme français pour retrouver un fil plus authentiquement machiavélien, celui du prince «populaire et accessible» dont l'âme est capable de «se multiplier pour suffire à tout». Un fil politiquement révolutionnaire quand Vauvenargues développe l'idée d'une richesse constituante de la diversité des désirs, des vertus et des talents, qui ont déserté la Cour pour se réfugier dans la «compagnie séditieuse» des exclus.

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  • Traduit ici en français pour la première fois, le Journal de bord (Diary) de Charles Darwin est le premier document, demeuré longtemps inédit, qui relate, jour après jour, le voyage du jeune naturaliste autour du monde à bord du trois-mâts barque d'exploration le Beagle. Commencé le lundi 24 octobre 1831 à Plymouth, ce récit s'achèvera, presque cinq ans plus tard, le dimanche 2 octobre 1836 à Falmouth, après un périple au cours duquel le futur réformateur de l'histoire naturelle et auteur de la théorie de la filiation des espèces expliquée par la sélection naturelle aura acquis une provision de spécimens, d'observations, de connaissances positives et de doutes qui constituera le socle et le ferment de sa grande théorie phylogénétique.
    Matrice du futur Journal de recherches (le fameux Voyage d'un naturaliste autour du monde) qui paraîtra en 1839, le Journal de bord est en premier lieu le récit de cette navigation, tour à tour éprouvante et émerveillée, et de son alternance avec les longues expéditions terrestres (Cap-Vert, Brésil, Uruguay, Argentine, Chili continental et Terre de Feu, Falkland, Chiloé, Galápagos, Tahiti, Nouvelle-Zélande, Australie, Tasmanie, îles Keeling, île Maurice, Cap de Bonne-Espérance, Sainte-Hélène, Ascension, Açores) qui furent pour Darwin l'occasion d'étudier tout ce qui, depuis la géologie, essentielle à ses yeux, jusqu'aux hommes, le conduira à douter de la véridicité de la Bible et du bien-fondé de son autorité sur l'enseignement des sciences de la terre et de la vie.
    La vibrante condamnation de l'impardonnable barbarie de l'esclavage et du progressif anéantissement des peuples autochtones est l'une des grandes leçons morales du Journal de bord. Dans une longue préface et des annexes soucieuses de compléter et de rectifier parfois les données avancées par les sources anglosaxonnes, Patrick Tort, poursuivant un dialogue depuis longtemps amorcé avec le commandant de marine Claude Rouquette, montre comment le jeune Darwin, au cours de son immense voyage de découverte, affermit déjà les bases de ce qui forgera plus tard chez lui, notamment dans La Filiation de l'Homme, la notion cruciale de " civilisation ".

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  • Qui étaient les précieuses au xviie siècle, et furent-elles aussi ridicules que l'abbé de pure, molière, boileau et quelques autres le prétendirent ? la préciosité n'est-elle qu'un mythe critique tardif ou le terme peut-il caractériser, dans les espaces désormais mieux connus de la " belle et honnête galanterie ", une posture plus spécifiquement féminine ? appuyée sur la floraison de textes qui mettent les précieuses à la mode après la fronde, l'enquête historique permet de dessiner la nébuleuse des filles et des femmes, ici répertoriées, qui s'attirèrent ce qualificatif ambigu.
    Au rôle politique et social que jouent, à la cour et à la ville, leurs cercles enchevêtrés et parfois rivaux, s'ajoutent des ambitions féminines croissantes dans la conquête du parnasse: c'est assez pour déchaîner de joyeuses mais prudentes saturnales, qui mêlent aux crayons persifleurs les traits plus grossiers d'un caractère rapidement figé. si la galanterie désigne l'idéal esthétique et moral de la société mondaine, les précieuses y apportent néanmoins une inflexion particulière : " galantes sans aimer les galants ", elles restent attachées, malgré son discrédit croissant, à l'idéal courtois d'un façonnage de l'élan passionnel par la conversation raffinée, sous l'égide des femmes et sous le regard de dieu.
    Mais qui, des femmes, des auteurs ou du roi, peut se dire maître de ce bel usage qui fait de la création langagière un procès de civilisation ? tôt réduite à celle de leur prétendu " jargon ", la satire des précieuses pointe l'enjeu des luttes, éclatantes ou sourdes, qui accompagnèrent la naissance de la littérature. dernières dames et premières femmes de lettres, les précieuses nous invitent à en interroger la définition, les institutions et les valeurs.

  • " Ça ne veut pas rien dire ", écrivait Rimbaud au sujet de son poème Le Coeur supplicié. Si une partie de la critique rimbaldienne a pu répudier le " besoin d'interpréter " (selon la formule d'O. Mannoni), la plupart des lecteurs admettront que cette oeuvre exige l'interprétation : " Oui, ça veut dire quelque chose, niais quoi ? " Pour les premiers poèmes, certaines difficultés découlent de l'oubli de la conjoncture historique ou de significations de mots ou de locutions, niais on sous-estime, pour l'oeuvre de 1869-1871, la prolifération de formes d'opacité qui devaient perturber déjà le lecteur de l'époque, à cause d'imbrications et de palimpsestes sémantiques et référentiels. Inversement, on a pu méconnaître l'historicité des Illuminations, érigeant en dogme l'hypothèse de l'" illisibilité " absolue d'un recueil qui trouve pourtant ses racines (lisibles) dans la France répressive d'après la Semaine sanglante. Le présent livre s'attache à explorer les esthétiques de Rimbaud entre 1870 et 1875, privilégiant des microlectures de poèmes (en vers et en prose) et d'extraits de lettres. Mais tout en tenant compte des aspects formels de l'oeuvre, ces approches interprétatives des stratégies de Rimbaud ne dissocient jamais les esthétiques du poète de ses exigences éthiques.

  • Né en Bretagne bretonnante dans un milieu bourgeois hostile à la langue et à la civilisation bretonnes, Tristan Corbière va devoir renier son groupe ethnique originel pour embrasser des formes de civilisations marginales : celle du menu peuple d'Armorique, celle des marins et de la bohème parisienne.
    La poésie métissée de Corbière, sa syntaxe bousculée, son rythme haletant, l'extrême richesse de son vocabulaire, ses audaces morales et littéraires attestent qu'il s'est défait des traits de son éducation pour tendre vers une « bâtardise » multiculturelle. Cela ne s'est pas fait sans traumatismes. Les Amours jaunes témoigne de cette reconstruction identitaires.
    Corbière y dénonce, par son anticonformisme et son ironie mordante, les modes littéraires et les normes sociales en vigueur. Cela le plonge parfois dans une angoisse identitaire sensible dans des textes douloureux et puissants. Parfois aussi, la tentation d'une régression aux origines, celle d'un chauvinisme excessif le sollicitent. Mais il se recompose dans des textes où, s'affirmant plus Tristan que Corbière, il choisit aussi une autre identité pour aboutir à l'écriture d'une oeuvre unique. La quête de l'identité assure la cohésion des Amours jaunes comme recueil et sa cohérence comme expression d'une pensée.
    La première édition de cet ouvrage, publiée en 2006, a été couronnée par le prix Henri de Régnier de l'Académie française.

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  • Pour comprendre nos anciens textes riches en allusions à mille croyances, il faut souvent se rapporter à la littérature d'expression latine et à celle d'autres pays.
    Cette anthologie met à la disposition du lecteur un ensemble de documents permettant de plonger dans la mentalité médiévale. Quatre domaines y sont abordés : les légendes, les récits de croyances, les voyages dans l'au-delà et les charmes et conjurations; ils couvrent une période allant du VIe au XVe siècle. La plupart des témoignages furent écrits en médio-latin, les autres, en d'anciennes langues germaniques et, parfois, en un mélange des deux.
    Y sont traités les "superstitions" et les vestiges du paganisme, les fées, les sorcières, la Mesnie Hellequin, etc. Enfin, les textes ont été choisis pour leur caractère composite qui révèle admirablement comment se superposent données chrétiennes et païennes.

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  • Pour vivre et penser, c'est le pouvoir de la poésie - en son sens étymologique - qu'il s'agit d'interroger. La poésie est création, et le mouvement qui amène l'homme à articuler sa parole propre n'est jamais anodin. Ni " la vie " ni la pensée ne sont faites d'habitudes mentales piétinantes. Poètes, donc : en ce sens les surréalistes l'étaient ou ont cherché à l'être, avec une force décuplée par l'angoisse des guerres et la révolte devant les injustices humaines. Écrire n'est rien, si c'est répéter le monde. Écrire est quelque chose si c'est ouvrir la voie à la pensée humaine, et tenter d'avérer ce qui pourrait être. Le roman, qui en tant que genre décrit le monde " tel qu'il est ", se devait donc d'être interrogé - et durement. Les surréalistes l'ont fait. Si, après ce passage au crible, la prose narrative peut être reconstruite et reconduite, c'est au prix d'une réflexion plus philosophique que poéticienne, et d'autre part, selon des voies très différentes les unes des autres, car ce qui est visé est pour chacun de trouver son inconnu propre (Guy Rosolato). Il n'y a donc pas un roman surréaliste, mais des romans, d'une folle exigence, qui nous éclairent sur les modes les plus fondamentaux de l'invention.

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  • L'esprit du surréalisme a soufflé bien avant les années 20 du XXe siècle, si l'on prend en compte ses exigences premières : dénier à la Raison raisonnante, dite raisonnable, de s'ériger en norme ; penser toutes les conduites humaines ; faire confiance au désir (d'être et d'aimer) ; tenter de reconstruire des liens sociaux plus justes. Il n'est pas inutile pourtant de rappeler les étapes d'une histoire qui a vu un groupe de poètes souder leurs efforts pour défendre " la" poésie : ancrée dans un arrière-pays balayé par de profondes tensions créatrices, riche des découvertes psychanalytiques, riche d'un horizon scientifique bouleversé par les sciences physiques ; polarisée par le rêve d'une évolution sociale mondiale. Breton, Aragon, Éluard, Soupault... ont inventé ainsi, par leur exigence, un monde auquel ils apportent des couleurs jamais vues. Ils ont appelé de leurs voeux une expression artistique qui suivrait la même "route mystérieuse où la peur à chaque pas nous guette": Max Ernst, Masson, Dalí, Matta... se sont reconnus dans ce pays de l'étrange, où les exigences formelles ou techniques ne sont pas conditions mais conséquences d'un grand art. Quel songe alors les traverse ? Dans ce milieu d'une richesse inouïe, se nourrit tout un courant de la poésie et d'art tout à fait contemporain.

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  • Camus est aujourd'hui l'un des auteurs français les plus lus et les plus commentés tant en France qu'à l'étranger. Une part importante de son oeuvre reste pourtant méconnue ou a été lue trop hâtivement. La critique a beaucoup étudié L'Étranger, La Chute, Le Mythe de Sisyphe. C'est comme écrivain du politique, non comme écrivain politique qu'il est étudié ici. Après avoir rappelé son activité de journaliste citoyen et certains de ses combats, l'on examine sa représentation fictionnelle des totalitarismes puis son rapport à l'Algérie coloniale.

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  • Pascal étonne par sa modernité.
    Celle-ci a souvent donné lieu à des rapprochements avec des auteurs du XXe siècle : Bergson, Kierkegaard ou Teilhard de Chardin. Il se révèle en réalité héritier d'une longue tradition philosophique et théologique marquée par la pensée néo-platonicienne, le symbolisme des Médiévaux, l'apport de la Réforme. Ce livre souligne les liens multiples et cachés qu'entretient Pascal avec certains grands noms qui l'ont précédé : Grégoire de Nysse, Bonaventure, Nicolas de Cues, Benoît de Canfeld...
    Apparaît alors la construction scalaire des Pensées : l'Apologie, loin d'être un assemblage de fragments autonomes, comprend trois niveaux de discours distincts : philosophique, théologique et mystique commandant chacun un type d'argumentation et un choix de thèmes particuliers : philosophie de la " disproportion de l'homme ", théologie des rapports de la nature et de la grâce, mystique du " Dieu caché ".
    Déterminer à quel discours appartient chaque fragment permet ainsi d'envisager une lecture synthétique des Pensées.

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  • Comprendre l'oeuvre de Zola comme une " somme a-théologique ", tel est l'objet de cette étude, qui revient aux sources du mot " naturalisme ". Avant d'être un ensemble de techniques littéraires, le naturalisme, dont la mission consiste à " faire le jour dans la nuit des vieilles croyances ", a pour tâche de décrire la réalité, c'est-à-dire, selon les propres termes de Zola, " ce qui est, en dehors des actes de foi religieux ". Le naturalisme excède donc nécessairement le domaine littéraire pour s'inscrire dans celui des idées. L'oeuvre de Zola constitue, ainsi, la première
    tentative romanesque de représentation de la réalité dès lors que celle-ci ne se donne plus comme création divine. Zola fonde le cycle des Rougon-Macquart sur la question de l'hérédité, qu'il tient pour une version laïcisée du péché originel, et y montre le monde en désordre.
    Après la transition des Trois Villes, confirmant la " mort " de Dieu, les Évangiles remettent le monde à l'endroit. S'appuyant, de La Confession de Claude à Vérité, sur l'idée d'un possible salut de l'humanité, Zola a cherché à surmonter le rapport chrétien au monde, pour lui substituer la
    vision d'une humanité affranchie de toute forme de surnaturel, dotée d'une " force tranquille ", et portant sa propre lumière.
    La série Essais des Champion Classiques réunit des études fondamentales qui ont fait ou font date dans le domaine considéré. Elles sont issues du fonds des Éditions Honoré Champion, revues, corrigées, augmentées si nécessaire, ou publiées pour la première fois dans une collection de référence.

  • Débats théoriques et de la réalité sociale, de la norme et du vécu. Pour qui s'intéresse à la question féminine et au féminisme, c'est un terrain de choix : s'interroger sur l'accès des femmes au savoir, c'est s'interroger sur la condition féminine, sur le statut et la place de la femme dans la société. Pour qui s'intéresse à la culture du siècle classique, il importe tout autant de ne pas ignorer la contribution qu'y ont apportée les femmes. Car elles ont marqué de leur empreinte, non seulement la culture profane (grâce aux salons, à la part qu'elles ont prise à la production et à la réception de la littérature, à leur influence sur la vulgarisation scientifique, par exemple), mais également la culture religieuse (qu'on songe notamment au rôle important qu'elles ont joué dans la Contre-Réforme, dans la propagation de la mystique, dans les controverses autour du jansénisme et du quiétisme). Pourtant, si le XVIIe siècle se distingue par la diversité des domaines où les femmes ont pu s'illustrer intellectuellement, cette promotion féminine avait ses revers et ses limites. C'est ce que montre cet ouvrage en analysant, dans leur évolution au cours du siècle, les différentes voies d'accès des femmes à la culture et des débats à ce sujet. La série Essais des Champion Classiques réunit des études fondamentales qui ont fait ou font date dans le domaine considéré. Elles sont issues du fonds des Editions Honoré Champion, revues, corrigées, augmentées si nécessaires, ou publiées pour la première fois dans une collection de référence.

  • Molière pratique la dis/simulation pour masquer une pensée antichrétienne et épicurienne conforme à la leçon de Lucrèce.
    Il s'attaque dans le Tartuffe et Le Misanthrope aux deux erreurs extrêmes du camp dévot (celles des jésuites et des jansénistes). Loin d'être l'expression de son propre libertinage " flamboyant ", Dom Juan met en scène une nouvelle imposture, car il est un " faux libertin ", comme Tartuffe est un " faux dévot " et Alceste un " faux Solitaire ". Dans L'Amour médecin, il exploite le mot-clef fourni par Sganarelle : " impie en médecine ".
    En effet, sous le masque de l'imposture médicale, il dénonce l'imposture des théologiens, et cette allégorie parcourt toutes les pièces ultérieures. L'imposture divine, qui mine la certitude de l'évidence cartésienne et celle de la doctrine chrétienne qu'elle prétendait démontrer, est mise en scène et ridiculisée dans Amphitryon. Enfin, Argan, le malade imaginaire, convaincu que son sang est " corrompu ", que sa nature est " tombée " en corruption, incarne le chrétien superstitieux, dupé par l'imposture religieuse, alors que " les principes de notre vie sont en nous-mêmes ".
    Le théâtre de Molière a été censuré pour de mauvaises raisons, mais une philosophie libertine y figure bel et bien, fortement appuyée sur la lecture de Pierre Charron, de La Mothe Le Vayer et de la synthèse épicurienne de Gassendi.
    La série Essais des Champion Classiques réunit des études fondamentales qui ont fait ou font date dans le domaine considéré. Elles sont issues du fonds des Éditions Honoré Champion, revues, corrigées, augmentées si nécessaires, ou publiées pour la première fois dans une collection de référence.

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  • L'hostilité récurrente de la pensée chrétienne à l'égard du théâtre connaît en France, pendant la décennie 1660-1670, un brutal regain.
    Les trois grands auteurs dramatiques du XVIIe siècle français en sont affectés : Corneille est pris à partie, au premier chef, comme le représentant le plus illustre de la scène ; Racine se heurte à Nicole et à Port-Royal dans la querelle dite des Visionnaires ; Molière doit lutter pour imposer, contre les dévots, sa comédie de Tartuffe, tandis que Dom Juan subit les attaques du Prince de Conti ou de l'énigmatique Rochemont.
    La parution en 1667 du Traité de la Comédie, de Pierre Nicole, marque un sommet dans l'élaboration d'une doctrine anti-théâtrale. La critique a difficilement résisté à la tentation de prononcer à son tour un réquisitoire contre le réquisitoire. Cette étude choisit, tout au contraire, de prêter attention aux raisonnements des adversaires de la "Comédie", et s'attache à reconstituer dans leur cohérence et leur diversité les linéaments d'un argumentaire anti-théâtral.
    La confrontation de textes, souvent peu éloquents pour un lecteur actuel, fait apparaître les lignes de force et les implications d'une querelle endémique, dont se dégagent des questions théoriques essentielles. La "querelle de la moralité du théâtre", replacée dans une longue tradition illustrée par Platon, Tertullien, saint Augustin, poursuivie par Bossuet et Rousseau, apparaît alors comme le carrefour de considérations morales, poétiques, anthropologiques et métaphysiques.
    Ce procès crucial des années 1660 engage une méditation toujours vivante sur la puissance de toute représentation.

  • " Ce matin est le premier jour du monde. " Avec le poète du Panama, toujours nous sommes ramenés à la naissance mystérieuse de tout. La passion des origines étend son empire à tous les domaines de la vie et de la création. Rien n'est plus exaltant pour lui que partir. Mais, dans la bourlingue à la Cendrars, l'amour du voyage ne fait qu'un avec le désir d'aller à la rencontre de l'inconnu et à la recherche de soi. Partir c'est renaître. Son univers est traversé de voyageurs hallucinés, qu'une idée fixe a jetés sur les routes : tout quitter pour se refaçonner. Se faire enfin la belle. La quête de l'élixir de longue vie ou du secret des choses dévore ces aventuriers de l'esprit. Brûlés, boiteux, rongés, manchots, ils ont lâché la proie pour l'ombre et rêvent de voir le monde surgir à l'état naissant, avec des yeux d'enfant émerveillé. Autant qu'une règle de vie, partir est un précepte d'écriture : ne jamais s'enfermer dans une formule. L'étonnante diversité des livres de Cendrars (poèmes, romans, reportages, mémoires), de même que l'inventaire des enthousiasmes qui l'ont porté vers la musique, la peinture, le cinéma, la publicité ou la radio, révèlent un créateur en mouvement perpétuel, à l'écoute du " profond aujourd'hui ". Ce qui fascine dans l'atelier du poète est le refus de dissocier l'expérimentation des formes et l'expérience de soi. Sous le plaisir de rompre, se relance une seule et même hantise : l'amour des commencements.

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