La Cooperative

  • Compagnon de Jacques Copeau dans l'aventure du Vieux Colombier, puis chef de troupe et fondateur du Théâtre de l'Atelier à Montmartre en 1922, Charles Dullin (1885-1949) fut l'un des plus grands acteurs et metteurs en scène français du XXe siècle. Avec Louis Jouvet, Gaston Baty, Georges Pitoëff, il fut à partir de 1927 le promoteur du « Cartel », une entente de quatre théâtres parisiens proposant une programmation concertée et des tarifs communs, afin de hausser au plus haut niveau d'exigence artistique la vie théâtrale de leur temps.
    Dullin fit aussi une grande carrière à l'écran au temps du cinéma muet avant de se consacrer presque exclusivement à la scène, continuant cependant à tenir des rôles inoubliables chez Jean Delannoy, Claude Autant-Lara, Maurice Tourneur ou Henri-Georges Clouzot. Au Conservatoire d'art dramatique de Paris, il fut le maître de Jean Vilar, Jean-Louis Barrault, Jean Marais, Alain Cuny, Madeleine Robinson ou Marguerite Jamois, pour ne citer que quelques-uns de ses plus célèbres élèves.
    Peu avant sa mort prématurée, Dullin avait rassemblé sous le titre trop modeste Souvenirs d'un acteur un ensemble de textes retraçant la genèse de sa vocation et les grands moments de sa carrière, rendant hommage à quelques personnalités majeures comme Meyerhold, mais aussi fixant les grands lignes de son enseignement à l'intention des jeunes acteurs et formulant les principes essentiels de sa pratique. Ces pages souvent citées par fragments sont depuis longtemps devenues introuvables : nous les rééditons dans leur intégralité. Elles forment le testament artistique d'un comédien et metteur en scène de génie qui eut sur le théâtre français une influence déterminante.
    Cette édition est illustrée de documents iconographiques qui témoignent de la présence scénique fascinante de Dullin. Ce volume s'inscrit ainsi dans le prolongement de L'Art du théâtre de Sarah Bernhardt précédemment réédité avec succès aux éditions de la Coopérative.

  • Ami de Courbet, de Baudelaire et de Flaubert, historien d'art, érudit, mémorialiste et romancier, premier théoricien français du « réalisme », Champfleury (1821-1889) a connu son plus grand succès avec Les Chats, livre légendaire qui est toujours resté un bréviaire secret pour les amoureux des félins.
    Cet ouvrage paru en 1869 est une sorte d'encyclopédie des chats qui examine leur place dans l'histoire et la littérature, combat les préjugés à leur endroit, rend hommage aux grands hommes qui les ont aimés et décrit leurs comportements à travers une foule d'observations fines et d'anecdotes curieuses et amusantes. Pour accompagner son livre, Champfleury, qui était au coeur de la vie artistique de son temps, s'est assuré la collaboration de ses amis les plus prestigieux, parmi lesquels notamment Manet, Delacroix et Viollet-le-Duc. Les illustrations que ceux-ci lui ont confiées donnent à cet ouvrage un charme unique.
    La présente réédition rend pleinement justice, par une mise en page soignée, à ces documents graphiques exceptionnels qui dialoguent avec le texte. Qu'il s'agisse des études de chats de Grandville, du portrait du chat de Victor Hugo, des chats égyptiens dessinés pour l'occasion par Prosper Mérimée, ou de l'oeuvre de Mind que Madame Vigée-Lebrun surnommait « le Raphaël des chats », le livre de Champfleury est une magistrale déclaration d'amour au plus littéraire de tous les animaux.

  • Amoureuse légendaire et égérie mondaine, mais aussi femme d'esprit, Natalie Clifford Barney se révéla un écrivain authentique dans une série d'ouvrages où ses souvenirs sont l'occasion de révéler une vision incisive et originale du monde. Les "Eparpillements", parus en 1910, occupent une place de choix dans son oeuvre. Ce recueil de pensées, où se reflète l'expérience hors norme d'une femme qui cultiva mieux que personne l'art de vivre et d'aimer, frappe tantôt par sa drôlerie tantôt par sa profondeur.
    L'Amazone ne fut jamais oubliée, comme en témoignent notamment la biographie de Jean Chalon ou une récente édition de ses lettres, mais il est temps de lui rendre sa place d'écrivain qui excella particulièrement dans les formes brèves. De "On aime d'amour ceux que l'on ne peut pas aimer autrement" à "Comment vous vouloir du mal ? N'êtes-vous pas ce que j'aurais pu vous souhaiter de pire ? " , chacun peut se composer une anthologie personnelle dans cette mine de trésors que sont les Eparpillements.
    Jean Chalon, le grand ami des dernières années de Natalie, signe la préface de cette édition, qu'accompagnent six photos peu connues illustrant la beauté de cette femme d'exception et le cadre où elle vécut à Paris.

  • « Je dis parfois en plaisantant que je suis mort à neuf ans ; je vous dis, à vous mes amis, que le pont sur l'Agri s'écroula une heure après notre passage ; et toujours plus je me convaincs que tout ce qui m'est arrivé ensuite ne m'appartient pas. » Né au début du 20e siècle dans une famille paysanne, au sud de la péninsule italienne, Leonardo Sinisgalli quitte très tôt sa famille pour poursuivre ses études à Caserte, à Naples puis à Rome. Devenu ingénieur, il travaillera à Milan tout en commençant à publier ses premiers poèmes. Dans toute son oeuvre, il ne cessera de revenir aux paysages et aux coutumes de son enfance, qui nourriront toujours son imaginaire.
    /> Devenu un poète reconnu et un critique d'art influent, il publie en 1948 ce premier livre de souvenirs où il évoque à la fois la Basilicate de ses premières années (qu'il préféra toujours appeler de son ancien nom latin, la Lucanie) et quelques-uns des épisodes marquants de sa jeunesse loin de son village natal, ainsi que ses périodiques retours pleins de nostalgie vers sa terre natale, auprès de ses parents vieillissants et de ses soeurs.
    Ce livre envoûtant restitue l'atmosphère d'une époque et surtout d'un territoire immémorial comme seul un poète sait les évoquer.

  • Les Sonnets de la prison de Moabit d'Albrecht Haushofer occupent une place particulière dans la poésie allemande du XXe siècle. Né en 1903, professeur d'université, géographe réputé, spécialiste de géopolitique, Haushofer, sans jamais adhérer au Parti nazi, avait occupé des fonctions officielles sous le IIIe Reich. Impliqué, comme bon nombre de ses amis, dans l'attentat manqué contre Hitler du 20 juillet 1944, il fut arrêté et incarcéré à la prison de Moabit, prison berlinoise tenue par les SS. C'est là qu'il composa les quatre-vingts sonnets qu'on retrouva sur lui après sa mort : il fut exécuté avec quatorze autres prisonniers dans la nuit du 22 au 23 avril 1945.
    Publiés en 1946, ces Sonnets connurent aussitôt un grand écho et furent traduits dans de nombreuses langues. Une première traduction française parut en 1954, mais elle était faite d'après un texte encore fautif et, de plus, incomplet. Ce n'est qu'en 1976 qu'une édition fiable a vu le jour en Allemagne, où ce recueil fait aujourd'hui figure de classique. C'est cette édition qui sert de base à la présente traduction.
    Les Sonnets de la prison de Moabit ne sont pas l'oeuvre d'un résistant de la première heure, mais d'un homme qui fait son examen de conscience et s'accuse de ne pas s'être opposé plus tôt à un régime qu'il désapprouvait depuis longtemps, mais en silence. Haushofer n'est tendre ni pour lui-même, ni pour son père, plus gravement compromis que lui. Ces sonnets sont le testament d'un homme qui sait qu'il ne sortira pas vivant de sa cellule : il y passe en revue les épisodes de sa vie, se remémore ses voyages, ses amitiés, ses amours, cherche à prendre exemple sur d'illustres persécutés (de Boèce à Thomas More), se rappelle les grandes oeuvres qui lui semblent avoir préfiguré son destin, comme ce tableau de Van Gogh, vu à Moscou, que nous avons choisi pour illustrer la jaquette. Pour finir, Haushofer se fraye un chemin vers la sérénité en s'inspirant surtout des sagesses orientales, dont il était familier.
    Ce sont les circonstances qui ont fait éclore en Haushofer le poète. Ces quatre-vingts sonnets suffisent pour lui assurer une place parmi les voix inoubliables du XXe siècle.

  • En 1927, le grand critique littéraire Charles Du Bos (1882-1939) profita de son rôle de directeur de collection pour faire paraître sous le titre Écrits en prose une anthologie de l'oeuvre d'un auteur qu'il admirait depuis sa jeunesse, Hugo von Hofmannsthal. Il rédigea pour ce volume un avant-propos d'une intelligence et d'une sensibilité qui forcent aujourdhui encore l'admiration.
    Cet ouvrage a permis au public français de découvrir Hofmannsthal, dont seuls un certain nombre de livrets d'opéras et quelques textes dispersés dans des revues étaient jusque là accessibles en français. Outre la célèbre Lettre de Lord Chandos, il contenait huit textes parmi les plus importants du poète autrichien. La moitié d'entre eux n'ont toujours pas fait l'objet d'une autre traduction. C'est ce livre introuvable que nous rééditions aujourd'hui sous un titre tiré de l'un d'eux : ce titre rend bien compte de la façon dont Hofmannsthal conçoit les grandes oeuvres littéraires.

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  • Dès sa jeunesse, Hermann Hesse a été hanté par les questions portant sur la spiritualité. Il n'a cessé tout au long de sa vie d'aborder ce sujet non seulement dans ses romans et ses nouvelles, mais aussi à travers de nombreux articles et conférences, dans ses poèmes, ainsi que dans sa correspondance.
    Ce sont ces prises de position publiques ou privées que Siegfried Unseld, qui fut son ami, son éditeur chez Suhrkamp et l'un des meilleurs connaisseurs de son oeuvre, a entrepris de réunir dans le présent livre, quelques années après la mort de Hermann Hesse. Cet ouvrage capital, qui éclaire et complète l'oeuvre romanesque, n'avait encore jamais été traduit en français.
    On y découvre un précurseur dans la connaissance des spiritualités de l'Extrême-Orient, guettant la parution des traductions qui permirent enfin au public allemand de les découvrir, mettant en garde ses lecteurs contre la mode superficielle du zen en Europe, mais décelant aussi dans la curiosité nouvelle pour les traditions extra-européennes le signe d'un très profond besoin de renouvellement des traditions religieuses.
    Élevé dans une foi protestante d'inspiration piétiste, attaché au message chrétien mais profond connaisseur du bouddhisme, Hesse cherche un point de convergence entre les grands courants spirituels avec le sentiment qu'il est urgent de répondre à la crise morale de l'Occident. S'il est vrai que cette crise n'a fait que se confirmer depuis lors, son message est, plus que jamais, actuel.

  • Wellington par son mariage, résidant le plus souvent au manoir de Penn-in-the-Rocks, dans le Sussex, mais séparée de son mari depuis 1922 et très affranchie des règles de son milieu d'origine, elle fut l'une des figures importantes de la vie intellectuelle de son temps, éditrice d'un almanach littéraire et collaborant avec Leonard et Virginia Woolf à la Hogarth Press en tant que directrice d'une collection de poésie.
    Les lettres qu'elle reçut de Yeats, de mai 1935 jusqu'à la mort de celui-ci en décembre 1938, traduites ici pour la première fois en français, sont un témoignage exceptionnel : alors qu'il était en train de renouveler une dernière fois en profondeur sa poétique et d'écrire quelques-uns de ses plus beaux poèmes, le vieux poète, se sentant en confiance, tira pour son amie les leçons de toute une vie d'écriture et de méditation, prodigant en outre réflexions et conseils littéraires. Au faîte de sa gloire depuis qu'il avait reçu le Prix Nobel de littérature en 1923, considéré comme le grand écrivain irlandais par excellence mais aussi unanimement reconnu comme un des plus grands poètes de son époque, Yeats, dans ces lettres, ne quête aucunement l'approbation ni l'admiration mais privilégie au contraire le dialogue et la controverse, s'efforçant au passage de lutter contre son propre pessimisme face à la catastrophe historique qu'il sent approcher.
    Ce livre est d'autant plus précieux que, lorsqu'elle l'édita en 1940, Dorothy Wellesley ajouta aux lettres de Yeats les notes qu'elles avait prises lors de ses conversations avec lui. Loin d'être réservé aux seuls connaisseurs de la poésie de Yeats ou de ne constituer qu'un document d'époque, ce volume offre une réflexion de premier plan sur l'expérience de la poésie vue par un poète majeur du 20e siècle.

  • Ce nouveau recueil de Gérard Bocholier n'est pas seulement une évocation de l'enfance du poète, écrite à l'heure de prendre congé d'une maison familiale qu'ont désertée les présences aimées d'autrefois. C'est aussi une question anxieuse adressée, depuis l'heure présente, à l'enfant qu'il fut : lui est-il demeuré fidèle ? A-t-il su répondre à ses attentes de jadis ?

  • Journal de Belfort

    Béatrice Douvre

    Dès la parution de son oeuvre poétique en 2000, Béatrice Douvre (22 avril 1967 - 19 juillet 1994), qui n'aura publié de son vivant que quelques dizaines de textes dans des revues, a été reconnue comme l'une des personnalités marquantes de sa génération. Ses poèmes sont hantés par le mal dont elle souffrait, l'anorexie, contre lequel elle ne cessa de lutter jusqu'à sa mort, à vingt-sept ans.

    Durant les six derniers mois de sa vie, Béatrice Douvre concentra l'expérience de sa vie et de son écriture - les deux étant indissociables chez elle - dans un cahier que nous publions aujourd'hui. « Le manuscrit m'obsède, j'y ai mis mon amour, ma vérité, mon vertige », note-t-elle dans ce Journal de Belfort qui est d'abord l'évocation d'une liaison douloureuse, mais devient vite un champ d'exploration de toutes les formes s'offrant à l'écrivain, qui savait sa vie menacée. L'écriture quotidienne ne cesse de s'enrichir, jusqu'aux pages de la section intitulée Passante du péril, où l'expérience de l'anorexie et de l'hôpital psychiatrique se trouve décrite avec un réalisme saisissant.

    Les quatre sections de ce livre, qui s'achève par les tout derniers poèmes qu'ait écrits l'auteur, renouvellent la forme du journal intime et créent un univers lyrique d'une intensité inoubliable. Il y avait chez Béatrice Douvre une pureté que rien ne pouvait atteindre, et qui triomphe ici des expériences qui l'ont parfois conduite au paroxysme de la souffrance. Un livre aussi beau que troublant.

  • Histoires allègres

    Carlo Collodi

    Tout le monde connaît Pinocchio, de Carlo Collodi, paru en 1883. Les Histoires allègres, publiées pour la première fois en volume en 1887, consistent comme les aventures de la célèbre marionnette en récits écrits à l'origine pour le Giornale per i bambini. On y trouve notamment les aventures de Pipi, le petit singe couleur de rose, considérées elles aussi comme un sommet de l'inventivité inimitable du conteur.
    Cependant le recueil contient d'autres joyaux méconnus, comme cet Avvocatino, un petit avocat qui réinterprète à sa manière la façon dont les parents ou les maîtres devraient se comporter envers les enfants.
    Cette édition est la première traduction intégrale des Histoires allègres en français (une seule d'entre elles a déjà été traduite). Elle comporte l'intégralité des magistrales gravures d'Enrico Mazzanti qui accompagnaient l'édition originale italienne. Grâce à elles, cet ouvrage constitue un vrai livre pour enfants, mais passionnera aussi tous les lecteurs adultes de Pinocchio (récemment retraduit chez Actes Sud) qui retrouveront dans ces huit histoires de nombreuses correspondances avec le plus célèbre conte de Collodi.

  • Sur Nietzsche

    Paul Valéry

    Comme tous les intellectuels de sa génération, Paul Valéry a découvert Nietzsche aux alentours de 1900, grâce aux traductions qui commençaient de paraître au Mercure de France. Pour répondre à la demande de plusieurs revues qui attendaient de lui des articles sur les traductions récentes, Valéry lit alors les oeuvres du philosophe allemand crayon en main. Au cours de l'hiver 1908-1909 notamment, il prend une longue série de notes.
    Ces notes inédites, qui ne se trouvent pas dans les célèbres Cahiers, forment le principal élément du dossier rassemblé par Michel Jarrety. Pour les compléter et les éclairer (Valéry ayant finalement renoncé à écrire les articles promis), cet ensemble est précédé d'une série de lettres (à André Gide, à Guy de Pourtalès, et à Henri Albert, premier traducteur de Nietzsche).
    Confronté à une pensée forte qui, sur plusieurs points, rejoignait pourtant la sienne, Valéry exprime dans ces pages ses réticences, exerce sa faculté critique avec son acuité habituelle, et nous donne ici plus que jamais l'exemple de ce « lecteur exigeant » qu'il appelait de ses voeux pour sa propre oeuvre .

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  • Exactitudes

    Anna de Noailles

    Rares furent les poètes qui connurent de leur vivant une gloire aussi éclatante qu'Anna de Noailles (1876-1933). L'oubli voire le dédain qui furent parfois son lot après sa mort en sont-ils la conséquence ? Elle a toujours conservé un public de fidèles, comme en témoigne le succès de plusieurs anthologies récentes de son oeuvre. Peut-être au fond a-t-elle surtout pâti de sa situation mondaine d'aristocrate fêtée, qui tendit toujours à occulter la vérité très humaine de ses poèmes.
    Si Anna de Noailles mérite d'être lue, c'est bien sûr pour l'éminente valeur de son oeuvre mais aussi, justement, par la résonance profondément humaine de celle-ci. Sceptique, voire nihiliste, passionnée et désespérée, elle rejoint les doutes les plus contemporains par son interrogation douloureuse d'une condition humaine vouée au désastre autant qu'à l'extase.
    Cette actualité paradoxale de la sensibilité d'une femme appartenant à un monde aujourd'hui disparu, on la retrouve à chaque page d'Exactitudes, recueil de proses paru en 1930, trois ans avant sa mort, et jamais réédité. On y admire la franchise d'une inspiration qui ne recule pas devant les aspects les plus physiques aussi bien de l'amour que de la mort. Qu'elle médite sur la dépouille d'une courtisane de l'Antiquité ou sur le désir impossible éveillé en elle par un beau marin entrevu lors d'un voyage, elle regarde la vérité avec une honnêteté impitoyable - qui justifie le titre du recueil - même si elle ne renonce jamais à l'ivresse sensuelle d'un style au lyrisme brûlant.
    Dans ce recueil de proses cependant, la dimension autobiographique prend souvent le pas sur l'inspiration purement poétique. Le livre est ordonné au gré des expériences, des voyages et des souvenirs de toute une existence. Il permet, mieux que tout autre ouvrage d'Anna de Noailles, de découvrir son génie lyrique mais aussi d'entrer dans l'intimité du vécu le plus quotidien et le plus profond où il s'est ancré, depuis les années heureuses de la jeunesse jusqu'aux épreuves d'une vie tôt marquée par les deuils et la maladie.

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  • En 1924, Hofmannsthal publie de manière presque confidentielle Le Livre des Amis, un recueil d'aphorismes qui connaîtra rapidement une diffusion beaucoup plus large que son auteur lui-même ne l'imaginait, et peut-être ne le souhaitait. Dans ces pages, le poète autrichien mêle ses propres pensées, tirées de ses carnets intimes, à celles qu'il a rencontrées chez les auteurs qu'il aime le plus. Les « amis » que désigne le titre sont donc autant ses propres lecteurs que les écrivains de tous les temps qui forment autour de lui une sorte de « collège invisible ».
    Le Livre des Amis est un livre magique, dont la profondeur ne se dévoile qu'avec le temps : ceux qui l'ont lu ne cessent d'y revenir. Il constitue peut-être aussi la meilleure initiation às l'oeuvre de Hofmannsthal, grand esprit attaché autant à sa patrie autrichienne qu'à la défense de la culture européenne au lendemain de la Première Guerre mondiale.

  • Le présent volume rassemble pour la première fois l'ensemble des écrits d'Henri Franck :
    Son oeuvre poétique, les articles qu'il publia et qui permettent de comprendre sa formation intellectuelle, et un ensemble de lettres dont beaucoup furent publiées après sa mort par son aîné et ami, le poète André Spire, qui lui donna l'exemple de l'affirmation de son identité juive, au lendemain de l'Affaire Dreyfus, et lui fit découvrir notamment la pensée d'Israël Zangwill. On y a ajouté une série de témoignages qui permettent de prendre conscience du rayonnement de sa personnalité, à travers les hommages que lui rendirent Bergson, Anna de Noailles, André Spire, ou encore son cousin, le philosophe Emmanuel Berl.

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  • De lourds oiseaux de nuit passaient avec un froissement d'ailes dans le noir ; la lune commençait à baisser et sa clarté se voilait maintenant derrière des nuages. Aurore ne voyait plus bien où elle mettait les pieds. Elle trébucha à plusieurs reprises, poussant un cri chaque fois qu'une branche venait à lui griffer le visage. La nuit semblait interminable, et le matin ne s'annonçait toujours pas.
    Aurore avait maintenant très soif et s'aperçut qu'elle n'avait même pas songé à emporter de quoi boire ; la gorge sèche, elle eut l'impression qu'elle allait mourir là, sans avoir découvert le secret des larmes.
    - Hélas, ma mère, mon père bien-aimés, s'écria Aurore, que n'êtes-vous auprès de moi pour me guider ? Où êtes-vous à présent ? Voyez-vous votre fille qui cherche sans la trouver la fée qui préside à toute naissance ? Ne pouvez-vous me faire un signe qui me mette sur le chemin ? Que ne donnerais-je pour pouvoir verser une larme ! Et comme j'ai soif !

  • La fée Mopsa

    Jean Ingelow

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  • Désiré-Émile Inghelbrecht (1880-1965) fut le plus grand chef d'orchestre français de sa génération. Nous rééditons aujourd'hui ses mémoires, publiés en 1947 et depuis longtemps introuvables, qui sont non seulement un document de premier plan sur la vie artistique en France durant la première moitié du vingtième siècle, mais un texte d'une grande qualité d'écriture et d'un très haut niveau de réflexion. Le titre, Mouvement contraire, en désigne d'emblée l'originalité formelle : le musicien raconte sa vie à rebours, en partant du présent et en remontant vers sa jeunesse. Au lendemain de la Deuxième Guerre mondiale, celle-ci lui apparaît (avec raison) comme ayant coïncidé avec un âge d'or de la musique française. Ami intime de Claude Debussy, familier d'autres grands compositeurs comme Maurice Ravel, Inghelbrecht offre un témoignage humain essentiel sur cette période où sa carrière le conduisit à participer à la renaissance de la salle Pleyel, à l'aventure du Théâtre des Champs Élysées (il fut le premier titulaire du pupitre à l'ouverture de celui-ci en 1913), aux vicissitudes de l'Opéra-Comique, au renouveau ou à la création de grands orchestres français (c'est à D.-E. Inghelbrecht qu'est par exemple due la fondation de l'orchestre de la radiodiffusion française, aujourd'hui Orchestre National de France). Toutes ces institutions, tous ces lieux encore aujourd'hui bien vivants ont été marqués par son action. C'est un pan essentiel de leur histoire que ces mémoires nous restituent.
    La vie personnelle d'Inghelbrecht a aussi fait de lui le témoin privilégié de toute la vie artistique de son temps : il fut notamment le gendre du grand peintre et affichiste Steinlen (1859-1923, universellement connu comme le peintre des chats), et l'époux de la danseuse-étoile et chorégraphe suédoise Carina Ari (1897-1970).
    La lecture de Mouvement contraire révèle un véritable écrivain plein d'humour, capable de brosser des portraits tour à tour tendres ou cruels des différents acteurs de la vie culturelle de son temps, ainsi que de certains responsables politiques qu'il a côtoyés. Mais avant tout, en homme désireux de transmettre aux futurs musiciens et aux mélomanes l'essentiel de son expérience, le grand musicien a fait de son livre une leçon d'énergie et d'intégrité artistique qui n'a rien perdu de son actualité.
    Comme nous l'avons fait précédemment pour notre édition de L'Art du théâtre de Sarah Bernhardt, nous accompagnons ce volume d'un ensemble de documents iconographiques donnant à voir les principaux personnages du récit, permettant ainsi au lecteur de goûter la saveur d'une époque disparue, mais pleine encore d'enseignements pour aujourd'hui.

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  • C'est un livre qui ne ressemble à aucun autre, gorgé d'images, de paroles glanées au fil des lectures, jalonné de rencontres. Un livre d'errance ou de transhumance, un livre d'émerveillement aussi, dont les quatre parties se composent de chapitres longs ou brefs, écrits dans une langue vibrante et passionnée, où viennent s'insérer tout naturellement quelques poèmes.
    De Hanoï à Budapest, de Berlin à Jérusalem, de la guerre du Vietnam à la France d'aujourd'hui, Mireille Gansel a fait de chacun des textes de ce livre le mémorial d'un moment inoubliable, la trace d'une rencontre. On y croisera Yehudi Menuhin, Imre Kertész, Claude Vigée, Aharon Appelfeld, Blaga Dimitrova ou Reiner Kunze (dont elle est la traductrice), ses amis vietnamiens poètes, peintres ou philosophes, mais aussi un vieux berger, un facteur... et beaucoup d'enfants.
    Ce ne sont pas des portraits qui les transformeraient en personnages, mais une série d'instantanés qui cernent au plus près le mystère de leur présence : magie du surgissement d'un visage, force d'un geste ou d'une parole qui sont bien souvent des actes de résistance.
    Du reste, pour Mirelle Gansel, du Baal Chem Tov à Kafka, de Rachi à Nelly Sachs, les grands esprits du passé sont eux aussi pleinement vivants. C'est pourquoi son livre est une admirable leçon de vie.

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  • En 1931, Paul Valéry accepta de poser pour une jeune sculptrice, Renée Vautier (1898-1991), qui souhaitait réaliser son buste. Récemment séparée de son premier mari, elle avait alors trente-trois ans. Bien plus âgé qu'elle, Valéry, encore douloureusement éprouvé par la fin de sa longue liaison avec Catherine Pozzi, subit la fascination de la jeune artiste et ne tarda pas à lui faire part de la passion qu'il commençait à éprouver pour elle.
    Passion sans espoir : celle qu'il surnomma bientôt « Néère » (anagramme de Renée et titre d'un célèbre poème d'André Chénier) ne lui cacha jamais qu'elle ne partageait pas ses sentiments. Cela n'empêcha pas le poète de continuer à lui faire la cour durant plusieurs années. Les cent soixante lettres inédites que nous révélons aujourd'hui témoignent de cette histoire d'amour malheureuse.
    D'une qualité littéraire digne de ses grandes oeuvres en prose, elles montrent un Valéry tendre et plein d'esprit, sachant jouer de tous les charmes de sa conversation pour séduire, sans cacher à sa correspondante (dont les réponses n'ont pas été conservées) qu'il est sujet à de graves accès de mélancolie : ceux-là même qu'il décrit si bien, au même moment, dans le dialogue intitulé L'Idée fixe.
    Bien plus qu'un témoignage sur la vie privée d'un grand poète au sommet de sa gloire, ces Lettres à Néère méritent d'être considérées comme une oeuvre à part entière, pleine de bonheurs d'écriture surprenants.

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  • L'auteur raconte la mort de sa mère et l'impact que cette disparition provoque sur sa vie. Il relate son amour absolu pour elle et les raisons du suicide de son frère. Il revient sur son itinéraire personnel qui l'a conduit à être prêtre puis psychanalyste et sur ses rencontres avec Jacques Maritain, François Mauriac ou Julien Green.

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