Le Tigre

  • "Perdant ses feuilles, trouées telle une dentelle de Bruges, le platane suffoque. Quel est le traitement, comment peut-on faire pour éradiquer une minuscule crapule qui assèche sûrement les mastards tavelés qui bordaient nos nationales ? Car, rappelons-le, l'ombre d'un arbre lui est avant tout nécessaire, elle protège sa base et ses racines de la sécheresse de l'exposition directe au soleil. Le long de certains boulevards de Marseille, aux Aygalades, ou plus loin à Fenouil où j'ai habité treize ans, un sale jour, des types harnachés viennent ratiboiser le malade marqué d'un rond bleu ; les émondeurs nettoient leur chaîne avec un désinfectant mais oublient parfois de ramasser la sciure qui voltige contaminer les collègues. Et en moins de cinq ans le boulevard est dépeuplé."

  • Publiés dans Le Tigre en 2007, ces brèves d'Éric Chevillard réinventent les nouvelles en trois lignes de Fénéon en les appliquant au domaine le plus banal de l'histoire de la presse : les chiens écrasés. Tandis que l'ensemble des cas de disparitions de chiens sont scrupuleusement relatés, le rédacteur des brèves commence à se mettre en scène dans ses textes.

  • Suburbs

    Raphaël Meltz

    « Pendant longtemps, cela s'est déroulé ainsi : je tourne autour du fort d'Aubervilliers. Je fais glisser ma petite silhouette rigide et orange perchée sur une flèche verte le long des rues qui encerclent le Fort ; cela s'appelle Google street view et dès que ça devient un peu intéressant, dès que j'entrevois des accès plausibles, dès que je sens que je vais pouvoir entrer, le trait bleu qui figure le trajet suivi par la Google Car (celle qui a pris toutes ces photos) disparaît. Si Google n'a pas pu y aller, comment vais-je faire ? Alors je bascule sur la vue satellite, et à chaque fois le même étonnement à voir cette étoile si bien dessinée vue du ciel alors qu'un piéton qui en fait le tour ne ressent que des lignes désespérément rectilignes. » Comment écrire sur la banlieue ? Qu'écrire sur la banlieue ? Raphaël Meltz, écrivain et cofondateur du Tigre, prend le Fort d'Aubervilliers, situé à deux kilomètres de Paris et à quelques mètres de chez lui, comme sujet d'un récit de voyage : dans le temps, et dans ses environs immédiats.

  • Marketing, disent-ils, une chronique du magazine Le Tigre née d'une idée simple : faire une critique de la publicité qui ne se résume pas au discours « antipub », mais qui prenne la publicité à son propre piège, celle de la fabrication du discours et des images. Une critique de la pub qui décortique les publicités, mot à mot, image par image. La philosophie de BMW, le féminisme nucléaire d'EDF, le corniaud copié-collé de la SPA, les consignes « Attentifs ensemble! » de la RATP, le supporter de foot d'Orange, le machisme des agendas Quo Vadis, le chien jardinier de Round'up, les cancers pour tous de l'Institut Curie, l'amour de la typographie selon MacDo, la joie morbide de la Sécurité routière, etc. Autant de dérives des discours publicitaires passés au crible de l'ironie de Josée OEil-de-boeuf.

  • La ligne

    Bernard Chambaz

    Bernard Chambaz rencontre les ouvriers de l'imprimerie du Monde à Ivry-sur-Seine, qui ont fait grève en janvier 2010 pour s'opposer à la vente de leur imprimerie à un groupe étranger. Pour Le Tigre, il en tire un feuilleton d'actualité qui mêle ses réflexions historiques (l'histoire de l'usine et le passé ouvrier d'Ivry) à la situation actuelle.

  • Mademoiselle

    Emilie Giaime

  • Un numéro d'été « vert épinard » avec une double couverture, qui se promène dans un quadrilatère aux marges de Paris, qui apprend à « booster son développement commercial », qui teste les tests de l'été, qui présente Léon Calippe, qui calcule le prix du bikini divisé par deux, et qui n'est pas avare de pinard...

  • Diam's et moi

    Raphaël Meltz

    Raphaël Meltz s'interroge sur le traitement médiatique qui a entouré la sortie du dernier album de la chanteuse Diam's fin 2009. Parce qu'elle a refusé de répondre aux journalistes, et parce que des photos d'elle voilée ont enflammé la presse people, Diam's s'est subitement retrouvée accusée par ceux-là même qui la portaient aux nues quelques mois auparavant. Au cours de son feuilleton, Raphaël Meltz reprendra les fils de cette histoire ; sans se transformer en journaliste inquisiteur, il tentera néanmoins de comprendre la position de la chanteuse, voire de dialoguer avec elle.

  • Coulisses : Elysée. Scoop ! Discours de Nicolas Sarkozy, diffusé sur TF1, le 24 avril 2008 en direct de l'Élysée. Le Tigre avait une taupe parmi les techniciens. Voici donc le off du discours officiel : ce qui se dit, ce qui s'entend, sur le plateau du tournage. Où l'on parle de la calvitie de PPDA, d'un bacon cheese, d'un balai sur les graviers et de quatre canards sur la pelouse..

    Le dossier du Tigre : Mythique. Le récit des errances d'un adepte masculin du site de rencontres Meetic. Où il est question de sensations plus que de poncifs sur les sentiments. En outre, dans ce dossier, des données chiffrées inédites : yeux, nez, cheveux, salaire, études, goûts musicaux, habitudes culinaires... qui cherche quoi ? quels critères sont déterminants ? lesquels ne le sont pas ? Enfin, un florilège de petites annonces féminines et masculines... Voyeurs, à vos deux yeux !

    Reportage photo : Lapins. En Inde, à Pondichéry, une trentaine de lapins a envahi la ville et se déplace d'un quartier à l'autre au gré de décisions administratives. Ces drôles de lapins surmontent le réceptacle de poubelles municipales. Le photographe Philémon, du Bureau d'Investigation Photographique, est parti traquer ces animaux urbains pour le moins inattendus et poétiques.

    Les murs ont la parole : Islam. Les ethnologues Pierre Centlivres et Micheline Centlivres-Demont évoquent un aspect de l'imagerie populaire en islam : celle des estampes religieuses vendues dans les rues et bazars des grandes villes du monde musulman. Des images aux couleurs vives et aux styles variés, qui renvoient à un monde de symboles et de récits issus de la tradition islamique.

    Supplément de l'été : Voici ! Vous en aviez rêvé, Le Tigre l'a célébré : l'heureux mariage de la presse people et du savoir. Six pages 100% people d'histoires d'amour, de gloire et d'amitiés rompues... Sauf que Britney Spears y cède la place à George Sand et Leonardo DiCaprio à Gustave Flaubert... Le tout à base d'anecdotes sulfureuses garanties véridiques !

    L'énigme : Catch. Pour les lecteurs qui en douteraient encore : cette rubrique du Tigre propose de vraies énigmes policières. Ce mois-ci encore, hélas, un crime sanglant a été commis sur la place publique. À vous de le résoudre tel Sherlock Holmes, très patiemment, stylo en main, en étudiant l'un après l'autre les mobiles possibles, les alibis, les incohérences temporelles...

    L'incroyable almanach : Pêchu. On a la pêche. D'où des fruits goûteux, d'où des eaux poissonneuses, d'où des filles pécheresses, d'où des fils de cannes à pêche, d'où des aiguilles, d'où des péchés, d'où des noyaux, d'où des cannes, d'où Chaplin, d'où des moustaches, d'où des tigres. C'est le bric-à-brac de l'incroyable almanach, et ce n'est pas si inutile qu'on veut bien le croire.

    Quelques collaborateurs de ce numéro :

    DESSINATEURS Albert Foolmoon, Euxin, Martin Lebrun, Vincent Sorel PHOTOGRAPHES Patrick Devresse, Bruno Elisabeth, Philémon, Tendance floue, Stéphane Zaubitzer GRAPHISTES L'Hippopotable, Capucine Merckenbrack AUTEURS & CHRONIQUEURS Éric Chevillard, Pierre Centlivres, Micheline Centlivres-Demont, Oregor Doblebaq, Jean Benoît Dujol, Sandor Krasna, Raphaël Meltz, Pacôme Thiellement, Lætitia Bianchi, M. Vandermeulen, Jules Yves, etc.

  • DOSSIER : Résister - au second ou au premier degré.

    Ha ha ha, laissez-nous rire ! Résister, et puis quoi encore ? Pourquoi pas lire des livres et saboter des trains, tant que vous y êtes ? Non, non, non. Un dossier qui est parti d'une « tentative de réorganisation chronologique de l'affaire dite de Tarnac », donc d'une revue de presse géante. Qui revient sur les textes incriminés. Et qui s'est étoffé en contrepoint d'un détour sur d'autres formes de contestation du pouvoir, par l'ironie.

    SCOOP : Rapport de police sur Alain Souchon ENTRETIEN : le geste du chignon Cédric Vauthier est maître-chignoteur de sa profession : c'est-à-dire spécialiste du chignon. Où l'on parle du crêpage qui fait fffsh, de la tenue de mèche, de la position du corps, de la texture d'un cheveu, du rythme de la coupe, de la créativité, et des mille et une subtilités des gestes de coiffeur, clac clac clac.

    PORTFOLIO DESSIN : contre-blasons Guillaume Dégé dessine des blasons inattendus qui relèvent le défi de laisser dans le flou toute appartenance, identité, origine géographique ou occupation. Que symbolisent-ils donc ?

    PORTFOLIO PHOTO : Afghanistan En 2006, le photographe Nicolas Havette a ramené de Kaboul et de ses environs des images de l'Afghanistan way of life : un chien blanc, une voiture recouverte de rayures bleues et jaunes, des affiches publicitaires, Coca-Cola surplombant un marché, une brouette, un vélo, un oiseleur, la fumée, la terre, et un tank perdu parmi les maisons.

    CARTOGRAPHIE : des villes bien rangées Parce qu'une vie bien rangée, c'est tout d'abord un environnement bien rangé, Le Tigre propose, en ce début d'année propice aux très bonnes résolutions, cinq villes du Tout bien rangé d'Armelle Caron. Dans l'ordre : Paris, New York, Berlin, Istanbul, Tamarac.

  • REPORTAGE : le bla-bla En 2008 naissait le programme « Sorosoro, pour que vivent les langues du monde ! », financé par la Fondation Chirac, « sorosoro » signifiant « langue, souffle » en araki, une langue du Vanuatu n'ayant que huit locuteurs. Un reportage au « point d'étape » qui s'est tenu en octobre 2009 au musée du quai Branly afin de présenter les travaux entamés par Sorosoro, reportage où il est question de langues qui meurent sur fond de chercheurs qui cherchent, et entre autres du nouvel an maya, d'un conte gabonais, de proverbes basques, de Jacques Chirac, du lapin du métro parisien, de gros sous et de multilinguisme.

    REPORTAGE : l'argent Alors que les bonus des traders font à nouveau parler d'eux dans les médias, Sandor Krasna est parti à la rencontre de l'envers du décor : le trading comme hobby pour des milliers de boursicoteurs, globalement perdants sur leurs transactions. Un reportage au « Quatrième Salon du trading », où le Tao et le taux de testostérone servent de mètre-étalon du trader.

    PORTFOLIO : l'abandon Ville de Dietlas, Allemagne : une usine de construction de machines minières abandonnée depuis 2005. Albin Brassart a photographié ces vastes pièces vides de toute présence humaine, et pourtant habitées encore d'une présence : des chaises qui semblent attendre, des papiers, des photos froissées sur les murs, et la lumière qui entre encore et toujours.

    ENTRETIEN : l'abattage Georges Cosson, boucher-charcutier de Nice, décortique avec minutie les gestes du boucher, et raconte comment on écorche, dépouille, équasille, découpe, explicite l'aloyau, l'AVT5, l'ART8, le grumeau, le collier, les boyaux, la panoufle, l'oeillet, le gîte nerveux, la panse, rappelle l'évolution des goûts et met l'eau à la bouche avec les sucs et les saveurs.

    PORTFOLIO : l'art Thaon-les-Vosges, dans les années 1930. Des « vierges séculières », surnommés les « soeurs Bernadette », mettent au point une méthode de catéchisme basée sur l'usage de dessins au pochoir d'une singulière efficacité visuelle. Jusqu'en 1969, les Bernadette vont lutter en noir et blanc en faveur de la vulgarisation de l'enseignement religieux et « contre l'art matérialiste, cubiste et communiste ».

    L'INCROYABLE ALMANACH : l'orange Un almanach de Noël, avec des papiers d'orange au graphisme lumineux en guise de cadeaux. Où l'on croise, entre des violettes et un fromage au nom de curé, la pince monseigneur, Bossuet, la recette d'un curieux lapin, une Bible pas très catholique, des oursins, et des considérations sur la chasteté des filles...

  • Une série d'entretiens avec des membres des « forces de l'ordre et du désordre » :
    - « Tu braques, je pince » : Charles, 63 ans, ancien policier à la BRB.
    - « Des hommes, pas des crapules » : Gennaro, 72 ans, ancien gangster.
    - « Même si tu pars, demain je te trouve » : Lucas, 29 ans, fonctionnaire de la police judiciaire.
    - « Ta liberté, elle dépend de ton phrasé » : Enzo, 35 ans, braqueur.
    Quatre hommes. Deux policiers, un jeune et un retraité, et deux braqueurs, l'un en activité et l'autre retiré. Quatre récits de vies peu communes consacrées à faire respecter la loi ou à l'outrepasser. Quatre voix à travers lesquelles se dessinent, à vingt ou trente ans d'intervalle, les contours du licite et de l'interdit.

  • Malraux mangeant des trognons de choux-fleurs en 1937 à Barcelone, Hemingway traité de « cochon de bourgeois capitaliste » par un mécanicien polonais qu'il provoque en duel, Liszt fumant le cigare dans son appartement du Vatican, Nerval s'enfuyant de la clinique du docteur Blanche en chemise malgré le froid, « car les Lapons ne sont jamais malades »... Petites, les vies de ces grands hommes racontées numéro après numéro dans Le Tigre le sont par le malin plaisir pris à évacuer l'illustre, le grand, l'épique. À la trappe l'empire de Frédéric le Grand, les chefs d'oeuvre de Léonard de Vinci, la Recherche du Temps perdu de Proust. Restent les menues choses de la vie, le saugrenu, l'homme dépouillé : l'empereur rabroué par un père qui lui interdit de parler français et l'oblige à lui baiser les bottes, Sade en prison recevant de sa femme un fauteuil « fait de façon que le croupion ne porte pas, because les hémorroïdes ».
    Tout cela resserré, compressé - car petites, ces vies le sont aussi par le format et le rythme au pas de course. Lætitia Bianchi coupe, ampute, taille joyeusement dans ces existences pleines à l'excès, garde ce qu'aucun biographe ou dictionnaire n'aurait gardé. La vie défile expresse avec les détails savoureux qu'il en reste, interrompue seulement à la dernière ligne par la mort qui survient toujours, seule certitude.

    1961, Hemingway, qui aimait tant les chevelures, se suicide, chauve et en pyjama.

  • Didier, bûcheron, Bouba, chauffeur dans une société d'ordures ménagères, Bernard, écrivain public, Natacha, agent SNCF aux objets trouvés, Nicolas, guide touristique, Hervé, prêtre, Roger, militant communiste, Sylvia, couturière-modéliste, Christian, bijoutier, François, interprète français-chinois, Thomas, caissier au Louvre... Hélène Briscoe pourrait écrire des reportages classiques, façon l'éternel portrait-bien-senti des dernières pages de quotidiens. Elle préfère s'effacer, poser son micro, et laisser la parole se déployer. Brute. Sans commentaire ni voix off. Une voix apparaît, un portrait se tisse, plus complexe, plus riche que tous ceux qu'on pourrait tenter de brosser. Très vite ce n'est plus seulement le métier, bac+12 ou job alimentaire, qui intéresse : à la curiosité documentaire s'ajoute la rencontre d'un homme, d'une femme qui le temps de quelques pages se dévoile, glisse insensiblement du récit de son métier à celui de sa vie. Hélène Briscoe recueille ces « auto-portraits » pour Le Tigre depuis la création du journal.

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