Obsidiane

  • "DONA (du latin Donum, don, présent, offrande) est une série de 46 poèmes dédiés principalement à des personnes, mais aussi à des lieux et des heures. Ce sont des envois, des hommages, à des vivants et des défunts, commémorés avec une certaine "piété" . Les destinataires peuvent être des amis chers, des parents, des poètes aimés (contemporains et classiques), des prophètes, des philosophes admirés ; mais aussi bien une nuit parisienne et un matin de février, un quartier de Lyon ou une station balnéaire normande ou un village breton...
    Tous et toutes m'ont parlé, inspiré, ouvert à une réalité autre qui est celle de la poésie, produit d'une interaction entre l'espace intérieur et le monde extérieur. Un va-et-vient incessant parcourt ce livre, entre la sphère de l'intime, du présent, et le murmure du passé, que nous transmettent la tradition et la mémoire". Gravures de Frédéric Couraillon

  • Jusqu'à ce que le jour vous sépare : une réponse à la dernière bande de beckett ? une réponse ? plutôt un écho.
    Un écho tantôt loin, dans l'espace et aussi dans le temps, tantôt tout près de monsieur krapp, le héros solitaire de la pièce de samuel b. un écho tantôt faible, contradictoire, mutilé, tantôt fort, fortifié, magnifié. pour cela j'ose appeler ce monologue - écho, un drame - un très petit drame - comme la dernière bande, est un drame, un très grand. beckett a achevé, avec cette pièce, la réduction parfaite, nécessaire, du théâtre, tout en se libérant des restes du symbolisme et des opinions sur l'existence dans ses autres grandes pièces.
    La dernière bande incorporise peut-être le point final ou le terminus du théâtre, d'un pur théâtre. c'est une pièce primaire, essentielle et ludique. après beckett ne sont arrivées que nos pièces secondaires, comme par exemple jusqu'à ce que le jour vous sépare : plus de réduction, plus d'espace zéro possible - que des traces des égarés (ici : une [1] égarée. ) mais il fallait, il faut peut-être s'égarer, dans l'intérêt de la scène, dans l'intérêt du théâtre ? comme je me suis dit un jour : "je vais résolument m'égarer".
    Egarés, nous ? ou embarqués ? egarés et embarqués ? comme a écrit pascal : "nous sommes embarqués !" - "echo", si je me rappelle bien, signifie dans la mythologie grecque aussi une personne, une petite déesse ou une nymphe (dictionnaire : "déesse d'un rang inférieur, qui hantait les bois. ") - en tout cas une femme, une voix féminine.

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  • Jan Voss, qui a réalisé la suite de vignettes pour cette édition, dit qu'adolescent, à Hambourg, il apprenait par coeur des pages de ce poème, comme tous les élèves d'Allemagne alors. Rédigé en 1899, à son retour d'un voyage en Russie, et publié en 1904, le Chant de l'amour et de la mort du cornette Christoph Rilke narre la vie brève et aventureuse d'un ancêtre de R M Rilke, mort au combat contre les Turcs, à la fin du XVII ème siècle, et dont le corps ne fut jamais retrouvé. A mi chemin du légendaire et de la dure réalité de la guerre, cette longue et dense prose lyrique est l'un des sommets de la prosodie de langue allemande. A la fois sensuelles, mélancoliques, héroïques et nostalgiques, ces pages magnifiques, d'une grande puissance évocatrice, contribuèrent grandement à la notoriété naissante du poète tant en Allemagne que dans le reste de l'Europe.

  • Tashuur

    Pascal Commère

    Tashuur, qui désigne dans la langue mongole, le fouet qui sert à dresser les chevaux, est un ensemble de poèmes né des notes de voyage prise par Pascal Commère lors d'un séjour en Mongolie, à l'automne 2005.
    Passionné par les chevaux, il était allé sur les traces des fameux cavaliers des steppes et de leur non moins fameuses montures ! On retrouve dans ces pages toute la singularité langagière de cet auteur qui, tant poète que prosateur, est certainement une figure éminente de la littérature contemporaine. Une vraie connaissance des hommes proches de la terre et des bêtes, de leurs douloureuses aventures et de leurs bonheurs forts, donne à ce livre une gravité non dénuée d'humour mais qui est marquée par une empathie réelle nourrie par la vérité de ce monde difficile.
    Ainsi le cavalier (mongol ou autre) fait-il corps avec son cheval, et réciproquement. Mais ce que Pascal Commère analyse le mieux, et transfigure par le poème, est l'affrontement des savoirs ancestraux et mystérieux avec la modernité : la yourte et Internet, le hurlement du loup et le vrombissement d'une Jeep sur la steppe... Quant à la langue du poète, précise et rugueuse mais toujours attentive à un certain lyrisme narratif fermement contraint, elle rend parfaitement les gestes, les paroles et les faits quotidiens des hommes enchâssés dans un univers strict, qui les dépasse et que pourtant ils tentent de maîtriser.
    Certains passages de Tashuur ont paru en revue, notamment dans PO&SIE.

  • Le premier volume du cycle Lémistè, sous-titré « Liber America », était une approche par la parole de l'univers culturel et langagier du monde amérindien, à travers le choc entre les cultures européenne, africaine et caraïbe, qui se traduisit notamment, du point de vue de la langue et donc de la littérature, par l'invention à travers le créole d'une langue particulièrement sensuelle. Dans le présent volume, Partition noire et bleue , Monchoachi explore, à sa manière, le continent africain, sa puissance symbolique, son énergique vitalité - manière d'axis mundi idéal de la tradition créole, quête de l'harmonie universelle, aussi bien que « force de fermentation du monde des commencements » (Richard Blin à propos de Lémistè). La grande originalité de la prosodie ce livre, - où l'incantation la plus mystérieuse et la réalité langagière la plus immédiate et triviale répondent par la parole poétique au génie tragique de l'Afrique, - est de métaphoriser par une langue particulièrement riche et parleuse ses rites, ses masques, toute cette force merveilleuse qui « consiste à être relié par toutes les fibres du corps aux puissances de l'univers ». Monchoachi magnifie le Continent noir et ses riches cosmogonies face à l'emprise étouffante et froide de « la rationalité rapetissante, standardisante, nivelante, le fatalisme morne généré par un culte obtus rendu à l'évolutionnisme ».
    On peut dire, à propos de Partition noire et bleue, ce qu'Yves Bergeret écrivait au sujet de Lémistè : « Par un travail gigantesque d'immersion de l'auteur et de collecte extrêmement patiente dans les îles ce livre réunit une somme considérable de documents populaires oraux et gestuels. Non il n'est pas seulement cela. Il est magnifique par sa dignité éthique, qui, tout en donnant enfin à entendre la voix multiple et habituellement étouffée des peuples des Antilles, montre magistralement que dans cet archipel la modernité universelle se cherche et se joue d'une manière profondément originale par précisément cette polyphonie turbulente de la pensée symbolique ».
    Le grande originalité de cette prosodie où l'incantation, la plus mystérieuse et la réalité langagière la plus immédiate et triviale aux rites, aux masques, aux éléments, cosmogonie

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  • Nous l'attendons au balcon de son bureau sis au théâtre municipal. Une discrète mise en scène s'opère dans mon esprit. Les audiences du poète, bien que n'ayant assisté à aucune d'elles, la première fois que voilà me permet d'y entrer de plain-pied. C'est que j'y ai participé à de nombreuses reprises pour avoir visionné des films, des reportages, des actualités. On y voit entrer sa voiture dans cette même cour.
    Ce matin, le chauffeur fait les mêmes manoeuvres. Je me tiens au lieu exact où les caméramans captent leurs images.

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  • ...Tu ne me connais pas, ça aussi, ma mère me l'a dit, tu ne me connais pas, si on te demande quelque chose, réponds que tu ne m'en connais pas. Elle s'est écartée de moi. On marche vite. Je m en souviens encore. Pas de photo. Après avoir dépassé les gendarmes allemands qui n'avaient pas que l'air d'attendre au carrefour, elle a dû, il n'y a toujours pas de photo, se rapprocher de nouveau, je crois que j'ai fermé les yeux, je vois encore ce que j'entends : ne te retourne pas, Elle me prend par la main. Ne dis rien à personne.

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  • Leon bloy

    Hubert Juin

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  • Change est mon paradis est le récit d'une chasse mystique et onirique entre Aveyron (pays natal de l'auteur) et Gévaudan, en quête d'une Bête (lo bestio) aussi fascinante (terrifiante aussi bien) que proche ; quête de soi-même dans un paysage qui, par moment, rappelle Virgile. Et à la fin : "la Bête captive s'évade de mes peurs"...
    On peut dire de ce nouveau livre que le poète poursuit là son travail à travers la revisitation des formes fixes détournées (leçons de Sponde, Scève et Hopkins qui sont ses références), dont le parti-pris anti-musical entend donner toute sa force à la voix pure des mots et des rythmes.

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  • La « chimère » ou, plus précisément, « le possible chimérique » fusionne avec le rêve pour constituer au regard de Maxime N'Debeka la quête esthétique. Il l'amuse non seulement comme un poète révolutionnaire dans la tradition de Vladimir Maïakovski, mais aussi comme baudelairien et nervalien. Pour l'aède congolais, écrire s'apparente à l'action qui rend « jouissive l'architecture de la Beauté toujours invécue » (p. 15).
    C'est la définition même de l'utopie, mais nulle utopie n'existe pour le poète, car l'utopie suppose d'abord l'enracinement dans le réel.
    Ainsi, Toi, le possible chimérique s'étale en larges versets qui jouent subtilement des limites du souffle, en croisant les ressources du rythme avec la puissance évocatrice des vocables. Néologismes, adjectifs et adverbes abondent, qui émettent un son mi-élégiaque mi-épique.
    Maxime N'Debeka y insère magistralement sa langue maternelle, tout comme à l'ouverture des Divagations de rêveur insomniaque où des vers brefs et transparents viennent couronner son besoin de concret.

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  • Ce premier volume de la collection Les Placets invectifs est consacré à Jules Barbey d'Aurevilly (1808-1889), l'un des maîtres du genre pamphlétaire de notre littérature.
    Ces textes sont extraits des nombreuses chroniques que Barbey d'Aurevilly donna dans la presse, et notamment dans la revue satirique Le Nain jaune, entre 1863 et 1866, et qu'il reprendra dans Les Ridicules du temps. On le voit moquer rudement ici les travers du monde littéraire, et son humour parfois féroce est servi par une langue remarquablement efficace... Pour faire suite à ces charges, nous donnons cinq des fameux Quarante Médaillons de l'Acculémie française (1864) consacrés à Cousin, Musset, Hugo, Thiers et Sainte-Beuve.
    La préface, de la plume d'un autre célèbre irascible, est un fragment de l'étude dédiée par Léon Bloy au " Connétable des Lettres " dans Un brelan d'excommuniés (1889).

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  • Imprimer - " cette petite chose immense " assurait Verlaine - est le commode moyen lexical d'expurger l'éditeur ! On imprime, on fait imprimer, on sort des presses de l'imprimeur, etc.
    Aussi l'opuscule en main a-t-il l'ambitieux projet d'illustrer le bel art d'éditer, en éclairant quelques recoins de la fonction à l'heure où l'on ne parle que de concentrations pachydermiques, de flux tendus, d'incendie, d'incidents de parcours, de mort du livre (de sa renaissance), et j'en passe. A l'heure où certains dénoncent publiquement, et comme neuves, les turpitudes du " milieu ". A croire que la littérature est menacée d'implosion - que le désir même d'écrire est en voie de disparition ! On verra justement dans les pages subséquentes l'éditeur ruser avec le trop-plein de manuscrits (mais le trop-vide des ventes rêvées), s'étourdir devant l'abondance des lectures publiques, foires, salons et festivals : ne plus savoir quelles monstrances honorer.
    L'éditeur - stratège humaniste et téméraire de temps modernes où le fait littéraire vibrionne toujours ! Et sous l'ironie, c'est un éloge...

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    1 autre édition :

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  • La rédaction des Cahiers de l'Agart s'est donnée pour tâche d'interroger les grandes problématiques picturales et les modifications ou perturbations apportées par l'histoire récente de l'art.
    Le premier numéro considère le moment très particulier de « L'Exposition », ce passage d'un parcours subjectif et individuel, solitaire, à la production d'un objet qui en résulte et qui va être porté au regard et à la connaissance d'un public indéterminé ; Proust avait noté sous l'expression de « grand transfert » la nécessité de cette coupure comme condition de l'avenir même de l'oeuvre.
    Le deuxième numéro met en avant le rôle des « machines » ou dispositifs tout au long de l'histoire, des « expériences» de Brunelleschi à la « machine light » de Moholy-Nagy, sans oublier les « machina memorialis » du Moyen-Age.
    Cette part « objective » de l'oeuvre, ou la nécessité d'un détour par l'expérimental, devient particulièrement évidente au début du XXe siècle, au point que la prolifération des machines, leur progressive autonomisation par rapport à la peinture elle-même, permet de penser à la création d'un nouveau champ dans la recherche picturale, un champ spécifique inventant ses outils spécifiques.
    Si le motif principal de la revue est l'art contemporain et la peinture, il n'en reste pas moins qu'une telle approche implique le concours des disciplines concernées par le statut de l'image.
    Ainsi aux propositions d'artistes comme Bernard Moninot, Laura Lisbon, Christian Bonnefoi, Roland Flexner, Sarah Oppenheimer ou Lucien Massaert, s'ajoutent celles d'historiens de l'art (Clélia Nau, Philip Armstrong), de philosophes et scientifiques (Gregg Lambert, Norbert Hilaire, Daniel Kunth), d'un pré-historien, Renaud Ego et d'une écrivaine, Suzanne Doppelt.

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  • "Est-ce que tu me vois encore" est le dernier livre de poèmes d'Anton Pincas. Il y revisite son passé et dresse un bilan nostalgique de sa vie, au seuil de la vieillesse qui est pour lui une frontière entre deux temps, deux mondes, deux états de l'éternelle condition humaine...
    « Il est un temps pour tout », déclarait l'Ecclésiaste, roi de Jérusalem. Est-il un temps pour prendre congé du temps ? C'est la question qui affleure à l'esprit, ou plutôt à l'âme, car la poésie s'adresse plutôt à cette dernière, en refermant « Estce que tu me vois encore », mince volume qui contient 24 des derniers poèmes d'Anton Pincas. Ces textes ont été écrits dans différentes villes, et notamment à Londres, Paris et Tel Aviv.
    L'adieu au temps, sur le mode du consentement, sur le mode de ces deux puissants éléments, l'un extérieur, l'autre enfoui dans l'intimité, que sont l'irréversible et la nostalgie, analysés avec tant de feu et de finesse par Vladimir Jankélévitch dans son livre du même nom, est bien la basse dominante de cette brassée de textes, bouquet glané au cours d'une promenade sur les chemins de l'existence, promenade automnale, vers le brouillard d'un horizon à la fois présent et fuyant.

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  • J'avais écrit pour me décharger de la bile accumulée après une longue fréquentation de la presse et des radios, simple saignée verbale pour combattre une lente intoxication à l'anglais.
    Ma guillotine ayant reçu bon accueil, l'éditeur d'Obsidiane m'a demandé de l'amplifier pour cette collection de « placets invectifs ». Placet dit sa nature : « écrit adressé à une personne détenant un pouvoir pour lui demander justice ». Invectif dit son humeur. Quant à sa méthode, elle doit presque tout au hasard. Ayant glané durant quelques mois ce qui se présentait touchant mon sujet - enseignes et affiches des rues, propos entendus à la radio, diatribes sur les réseaux sociaux, citations prélevées durant mes lectures -, et ayant rappelé à moi, du fond de mon Monomotapa, quelques leçons tirées de mon expérience professionnelle, j'ai vu les idées naître spontanément : je me suis contenté de les organiser aussi clairement et distinctement que possible, selon les recommandations de l'école. Pour n'être ni sociologue (mais quand on a appris à lire dans Jules Verne et à penser dans Engels, n'en sait-on pas assez ?), ni linguiste, hélas (ce vieux rêve qui me poursuit : gravir l'escalier en spirale de la tour de Babel et posséder toutes les langues...), pour n'être ni Bruno Latour ni Claude Hagège, doit-on se priver de raisonner de la société et de la grammaire, comme tout un chacun ?

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