369 Editions

  • Quel avenir se dessine en ville sous l'oeil des machines ? Si nos navigations en ligne sont depuis longtemps enregistrées à des fins publicitaires ou de surveillance, l'espace urbain s'équipe aujourd'hui d'outils numériques destinés à capter, tracer, compter, fluidifier, prédire et punir. Ce manuel nous emmène à Marseille à la rencontre du collectif Technopolice qui documente la mise en place de dispositifs de surveillance à des fins de contrôle en France. L'initiative invite à se réapproprier l'espace urbain et affirme le droit à une ville vivante, humaine et conviviale.

  • Quelle place accorder à la vie sauvage ? Le nombre d'espèces vivantes et leurs populations déclinent à un rythme effréné sur Terre. Malgré quelques succès, les mécanismes institutionnels en place ne parviennent pas à enrayer l'extinction en cours. Aujourd'hui émerge un mouvement pour le réensauvagement des territoires : son principe consiste à laisser des espaces librement évoluer tout en les protégeant des logiques prédatrices. L'Association pour la protection des animaux sauvages (Aspas) a ainsi acquis une réserve dans le Vercors, terrain d'expérimentations écologiques grandeur nature, à l'échelle locale.

  • Quel modèle énergétique adopter pour un avenir décarboné ? Les énergies fossiles sont la principale cause du réchauffement climatique et des pollutions atmosphériques. Pourtant, nous n'avons jamais brûlé autant de pétrole et de charbon qu'aujourd'hui. A Puy-Saint-André dans le Grand Briançonnais, des habitants ont initié une société mixte, la SEVE, afin de produire leur énergie collectivement, à partir de sources renouvelables et du territoire alpin. Ce manuel raconte leur histoire : celle d'une alternative possible à un système énergétique à bout de souffle.

  • La solitude est-elle un mal moderne ? Alors même que nos sociétés sont de plus en plus connectées, les liens sociaux se fragilisent. Les Petites Cantines, dont ce manuel raconte l'histoire, apportent leur réponse en créant à l'échelle des quartiers des espaces partagés où venir librement cuisiner, manger et se rencontrer. Elles nous rappellent que d'autres rapports aux autres, à l'alimentation et à l'environnement sont possibles.
    Notre monde moderne cultive la contradiction : quelques clics suffisent pour entrer en contact avec des inconnus, pourtant l'état du lien social n'a jamais semblé aussi fragile. Face à l'atomisation de nos sociétés, les projets proposant des « expériences » fleurissent - une écoute personnalisée, livraisons de repas, assistance aux gestes les plus quotidiens... Ces nouvelles entreprises ont occupé le lien de proximité pour le monétiser mais les communautés qu'elles prétendent former sont virtuelles.
    Depuis plusieurs années, des études sont menées sur les thèmes épineux de l'isolement relationnel et des solitudes en ville. Elles explorent deux aspects : la « situation objective d'isolement » basée sur des données factuelles et l'identification du sentiment de solitude, deux notions qui se recoupent mais ne se recouvrent pas. Contrairement aux idées reçues, la solitude subie n'est pas l'apanage des personnes âgées et enregistre des scores inquiétants chez les jeunes. Chez ceux qui souffrent le plus de la solitude, une plainte se répète : ce qui manque, ce n'est pas tant le contact que la possibilité de partager du temps avec les autres, de « faire » ensemble et de se sentir utile. C'est en réponse à cette solitude urbaine que le projet des Petites Cantines, dont le concept ne cesse d'évoluer, s'est construit.

  • L'histoire d'une communauté de liens qui valorise l'inventivité des savoirs paysans et la reprise en main des outils de travail pensés pour le terrain.
    À qui le progrès technique bénéficie-t-il ? Le modèle agricole qui se développe depuis plus d'un demi-siècle, intensif et industriel, montre aujourd'hui ses limites en matière d'environnement, d'économie et de santé. Face à l'épuisement des sols et à la perte d'autonomie des producteurs, L'Atelier Paysan a vu le jour en 2009 afin de mettre en place une agriculture de proximité, résiliente et écologique sur de petites surfaces. Pour atteindre cet objectif, la coopérative s'attache à valoriser l'inventivité des savoirs paysans et la reprise en main des outils de travail pensés pour le terrain.
    Dès ses débuts, l'Atelier Paysan s'est inscrit dans le courant de la « souveraineté technologique » qui promeut l'autonomie vis-à-vis de la technique, en matière de logiciels, d'ordinateurs ou de machines. Il s'agit d'imaginer et de fabriquer des technologies pensées pour les humains, respectueuses de l'environnement et émancipatrices politiquement. Dans une approche ouverte et décloisonnante, réunissant agriculteurs et ingénieurs, l'Atelier Paysan accompagne les producteurs à mettre en place des solutions libres et sur mesure tout en recréant une communauté de liens, d'échanges et de pratiques. C'est l'histoire que raconte ce manuel, celle d'une aventure qui aborde l'agriculture comme un commun à soigner et perpétuer.

    La collection « Manuels » propose une série de titres qui sont des enquêtes de terrain sur des expérimentations politiques inspirantes ou des initiatives collectives de réappropriation citoyenne qui condensent des enjeux contemporains importants. Chaque sujet est travaillé par un binôme entre un-e auteur-e et une illustratrice. À la manière d'un tutoriel revisité sur papier, chaque titre brosse les enjeux de la situation qu'il explore, livre les points de vue des personnes rencontrées sur le terrain dans un récit multiple et fournit une riche section pratique illustrée. Une large place est laissée à la parole et au visuel - documentation, illustrations, schémas, visualisations, reproductions.

  • Ce petit livre, conçu comme une boîte à outils par la chorégraphe Catherine Contour, explore les possibilités de la technique hypnotique.
    Comment se relier au monde et nous accorder aux autres ? La chorégraphe Catherine Contour recourt depuis une quinzaine années à l'hypnose dans sa pratique artistique. Loin de l'interactivité promise par le numérique et son environnement médiatique de plus en plus uniformisé, ce qu'elle recherche est le subtil jeu d'influences et d'interférences entre les personnes, les choses et leurs milieux. Elle aborde l'hypnose comme une forme active d'être au monde, une manière de prêter attention à soi-même et aux autres, un instrument d'émancipation qui met en mouvement. Dans un monde en perpétuelle accélération qui nous submerge de multiples sollicitations, être attentif devient une forme de résistance.
    Ce manuel, conçu comme une boîte à outils, offre des notions-clés et des exercices simples à partir de la technique hypnotique dont il explore les possibilités sensibles, stratégiques et même politiques. Il souhaite redonner de l'importance et de la place au temps présent, phagocyté par ce qui vient de se passer et ce qui va arriver. Laisser exister cet instant devient ce déplacement infime mais puissant qui permet d'échapper au contrôle et aux injonctions de performance. Catherine Contour propose d'habiter nos corps et nos vies, en faisant acte de présence, pour mieux se relier au monde et aux autres.

    La collection « Manuels » propose une série de titres qui sont des enquêtes de terrain sur des expérimentations politiques inspirantes ou des initiatives collectives de réappropriation citoyenne qui condensent des enjeux contemporains importants. Chaque sujet est travaillé par un binôme entre un-e auteur-e et une illustratrice. À la manière d'un tutoriel revisité sur papier, chaque titre brosse les enjeux de la situation qu'il explore, livre les points de vue des personnes rencontrées sur le terrain dans un récit multiple et fournit une riche section pratique illustrée. Une large place est laissée à la parole et au visuel - documentation, illustrations, schémas, visualisations, reproductions.

  • Un essai constitué de réflexions, de spéculations et d'histoires explorant l'imaginaire et l'inconscient d'un lieu unique : l'aéroport international.

    L'aéroport international est le lieu de toutes les contradictions : la promesse de liberté se heurte aux contrôles des corps, l'aspiration à la circulation illimitée achoppe sur la surveillance généralisée, les rêves d'un ailleurs s'évanouissent face à l'omniprésence de la menace terroriste, la soif de consommation rencontre des produits inaccessibles. Il combine les terreurs et les désirs contemporains. Il est un lieu laboratoire de la modernité.
    Cet essai regroupe des réflexions, des spéculations et des histoires obtenues à partir de ce que l'aéroport international raconte. Il tire sa matière d'anecdotes, d'images, d'archives et de citations glanées sur Internet et ailleurs. Ces fragments sont agencés sous la forme d'un parcours spatial et critique qui explore les névroses, les fantasmes, les tabous et les désirs du lieu.
    Psychanalyse de l'aéroport international a été conçu à partir de contenus et de visuels en circulation sur le Web dont il reflète la diversité de sources, de qualités et de textures. La création graphique de Louise Drulhe joue du décalage entre le formalisme propre au sérieux d'un essai théorique et la non-hiérarchisation des contenus utilisés pour mener l'enquête. Elle agit par accumulation, superposition et déplacement d'images autour d'un texte structuré.

    Face à un monde que l'on pourrait tenir pour acquis, les artistes Stéphane Degoutin (né en 1973 à Toronto, vit et travaille à Paris) et Gwenola Wagon (née en 1975) spéculent sur des alternatives potentielles avec des films, essais et installations. Ils luttent contre l'obsolescence programmée de l'homme (Cyborgs dans la brume), plaident pour la fin du travail (Institut de néoténie), dénoncent l'automatisation du traitement des produits, du vivant et des données (Le Monde comme entrepôt de livraison), observent la réticulation privative de l'espace public (Prisonniers volontaires du rêve américain), enquêtent sur les lieux d'Internet (Globodrome, World Brain), expérimentent des modes de vie alternatifs pour une société d'hyperinformation (Laboratoire de schizophrénie contrôlée), proposent à des chercheurs de vivre dans la forêt, nus mais connectés au réseau (Wiki Forest), collectent les images dansées d'une guerre (Dance Party in Iraq), embarquent des volontaires dans l'espace mental de la terreur (Musée du terrorisme) et observent la transmutation des humains en poudre (Société nuage).
    Stéphane Degoutin enseigne à l'École nationale supérieure des arts décoratifs à Paris.
    Gwenola Wagon enseigne à l'université Paris 8 à Saint-Denis.

  • Une expérience de résistance rurale.
    Comment habiter un territoire rural de montagne ? Dans un cadre règlementaire qui se complexifie et requiert un niveau croissant d'expertise, les élus des petites communes voient leurs marges de manoeuvre se réduire. Pour redonner du sens à l'action politique locale, le village de Chichilianne, dans le Trièves, a imaginé un mode de fonctionnement qui lui est propre tout en l'inscrivant dans un contexte administratif où se multiplient les centres de décision et de compétences. Il se pose chaque jour la question du vivre-ensemble qu'il construit en prenant en compte la multitude d'êtres - humains, animaux, végétaux, minéraux - qui cohabitent sur le territoire dans un équilibre complexe.
    Par son expérience nuancée, humble mais déterminée, la commune montre qu'il faut parfois, pour prendre des décisions politiques efficaces et pragmatiques, risquer de désobéir et de montrer une voie divergente. À travers deux problèmes, la réapparition du loup et la gestion de l'eau, Chichilianne ouvre une brèche dans la manière d'agencer un territoire et rappelle qu'habiter peut être un acte de résistance aux logiques technocratiques.

    La collection « Manuels » propose une série de titres qui sont des enquêtes de terrain sur des expérimentations politiques inspirantes ou des initiatives collectives de réappropriation citoyenne qui condensent des enjeux contemporains importants. Chaque sujet est travaillé par un binôme entre un-e auteur-e et une illustratrice. À la manière d'un tutoriel revisité sur papier, chaque titre brosse les enjeux de la situation qu'il explore, livre les points de vue des personnes rencontrées sur le terrain dans un récit multiple et fournit une riche section pratique illustrée. Une large place est laissée à la parole et au visuel - documentation, illustrations, schémas, visualisations, reproductions.

  • Une expérience de démocratie participative en action.

    La politique est-elle un métier, une expertise ou bien l'affaire de toutes et de tous ? Ce manuel décrypte une expérience de démocratie participative en action : celle de Saillans, un village de la Drôme qui a pris son destin en main et pratique une autre forme de gouvernement. C'est l'histoire d'une aventure collective et d'un nouvel horizon politique, racontée en mots et en dessins, à partir des paroles des habitants et d'une série d'outils pratiques.
    Nous vivons actuellement un paradoxe : là où la complexité réclame de relier des savoirs et des compétences pour élaborer des réponses sur mesure, la légitimité et le pouvoir sont donnés à des expertises spécialisées aux visions cloisonnées. Or, il est possible d'imaginer des formes d'organisation qui incluent les citoyens et placent le commun au centre de l'action publique, de mettre en place des processus démocratiques ouverts et des pratiques respectueuses de leurs contextes humains.
    Aujourd'hui, des communautés, des villages, des villes ouvrent ces chemins non conventionnels, en prise avec les usages, les besoins et les préoccupations des populations. Il existe des expériences fragiles et inspirantes, à des échelles suffisamment tangibles pour que chacun puisse en percevoir les tenants et aboutissants. Réinterprétées ailleurs, rejouées dans d'autres circonstances, elles sont le terreau d'une réinvention de la politique et de la souveraineté citoyenne. L'expérience politique de Saillans dans la Drôme en est un exemple parlant, qui s'est édifié sur une volonté de transparence, de collégialité et de participation.

    La collection « Manuels » propose une série de titres qui sont des enquêtes de terrain sur des expérimentations politiques inspirantes ou des initiatives collectives de réappropriation citoyenne qui condensent des enjeux contemporains importants. Chaque sujet est travaillé par un binôme entre un-e auteur-e et une illustratrice. À la manière d'un tutoriel revisité sur papier, chaque titre brosse les enjeux de la situation qu'il explore, livre les points de vue des personnes rencontrées sur le terrain dans un récit multiple et fournit une riche section pratique illustrée. Une large place est laissée à la parole et au visuel - documentation, illustrations, schémas, visualisations, reproductions.

  • À qui appartient notre vie en ligne ? Plus que jamais, la croissance hégémonique des géants du numérique repose sur l'exploitation des données personnelles : nos connexions sont tracées et nos vies calculées. Nous sommes ainsi dépossédés malgré nous de nos identités et de notre capacité à agir. Autrefois territoire décentralisé et foisonnant, le Web s'est transformé en un espace commercial largement structuré autour de quelques plateformes qui captent une part grandissante du trafic sur Internet. Dans ce système de services gratuits financés par la publicité, c'est l'internaute qui est le produit.
    Les technologies que nous utilisons tous les jours ne sont pas de simples additifs à nos vies : elles produisent des effets politiques, sociaux et économiques. L'usage verrouillé qui nous en est imposé actuellement ne contribue ni à notre bien-être ni à l'émancipation individuelle ou collective. Au contraire, il contraint nos comportements et nos actions en nous rendant dépendants. Comprendre les mécanismes par lesquels ces technologies opèrent et le monde qu'elles contribuent à façonner est un enjeu citoyen de premier plan.
    Ce manuel se situe au-delà de la critique, nécessaire et constructive mais qui, seule, peut s'avérer paralysante, pour se faire l'écho de solutions autonomes, domestiques et joyeuses qui émergent un peu partout. Certaines se rassemblent autour de la « souveraineté technologique », concept présenté dans l'ouvrage qui invite à imaginer des rapports aux outils techniques prenant en compte leurs dimensions écologiques, humaines et politiques. Toutes ces initiatives construisent des possibles et ouvrent des voies pour faire resurgir des espaces communs, de pensée, de joie et d'action, et réinventer d'autres rapports aux autres et au monde.

  • L'édition fac-similé des croquis visionnaires et des notes du maître surréaliste pour le film d'horreur Poltergeist II de Brian Gibson.
    Grâce à son travail sur la créature iconique pour le film Alien de Ridley Scott (1979) - dont rend compte en détail l'ouvrage Alien Diaries (2013, Edition Patrick Frey) - H. R. Giger avait profondément marqué de son empreinte les genres de l'horreur surnaturelle et de la science-fiction à Hollywood. Giger a ensuite conçu tous les fantômes pour Poltergeist II: The Other Side (Brian Gibson, 1986). Contrairement à son travail sur Alien sur le plateau des studios de Shepperton en Angleterre, Giger a collaboré au film à distance depuis Zurich, en basant ses créatures sur le scénario de Michael Grais et Mark Victor et en envoyant ses dessins à l'aérographe à Los Angeles. En raison de son absence, de malentendus avec le réalisateur et le studio et d'un maigre budget de production, la sombre ambiguïté et l'étrangeté des esquisses initiales de Giger se sont perdues sur le celluloïd, pour donner lieu à des monstres de série B, loins des intentions de l'artiste. Dans certains cas, les croquis psychédéliques de Giger ont été conçus comme des séquences montrant la métamorphose d'un fantôme ressemblant à un ver en un nain grotesque qui finit par se transformer en un monstre dévoreur d'âme ressemblant à tête de gorgone appelé « La Grande Bête ». Poltergeist II - Drawings 1983-1985 est une édition en fac-similé du carnet de croquis original de Giger, contenant 135 de ses remarquables dessins ainsi que des ébauches de lettres exprimant des doutes et des suggestions au réalisateur Brian Gibson.

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  • Blues klair

    Vincent Meessen

    Cet ouvrage prolonge la réflexion amorcée par Vincent Meessen dans l'exposition Blues Klair devenue le lieu d'une mise à l'épreuve de l'Histoire au présent. Une série d'essais sonde l'actualité des survivances héritées de la réalité coloniale, des alliances et métissages dans le temps et l'espace à travers le filtre de la couleur bleue.
    Immersion poétique, plastique, rythmique, et discursive dans la couleur de l'histoire, Blues Klair tente quelques pistes d'élucidation des pulsions de conquête, de classification et d'embaumement propres à la modernité coloniale occidentale. De nombreuses illustrations et plusieurs essais inédits revisitent les composantes de cette exposition articulée autour de trois parcours d'exils : afro-américain, européen et caribéen à la fin des années soixante. Des voix, des sons, des formes réclament le blues de l'exil, poétique et politique dédiées aux harmoniques de l'écart.
    Publié suite à l'exposition éponyme à la galerie Leonard & Bina Ellen, Université Concordia, Montréal, en 2018.

  • Déca-l'âge

    Claude Rutault

    Le volume manuscrit intitulé décal'âge, ici reproduit en fac-similé, se situe dans le registre des écrits intimes, des réflexions de travail, des journaux de pensée. On y retrouve le ton de Claude Rutault, sa familiarité avec la littérature, la densité méditative de sa réflexion quotidienne.
    Claude Rutault est mieux connu comme artiste que comme écrivain. C'est assez paradoxal car on pourrait dire de lui, comme on le fait de certains architectes, que c'est un « artiste de papier ». En effet, ce qui constitue le principe de son oeuvre depuis 1973, est un vaste ensemble de protocoles écrits à partir d'une définition radicale du tableau : « une toile tendue sur châssis peinte de la même couleur que le mur sur lequel elle est accrochée ».
    Dans l'histoire analytique de la peinture moderne, deux artistes auront su aller au-delà de la butée monochrome : Niele Toroni et Claude Rutault. Le premier avec ses empreintes de pinceau numéro 50 espacées de 30 cm, le second avec ses notices descriptives ou prescriptives qui délèguent et déterminent la tâche du « preneur en charge », autrement dit de qui (personne ou institution) se charge de réaliser une « définition/méthode », c'est la formule de l'artiste, en appliquant son programme.
    C'est dire l'importance de la lecture et donc de l'interprétation du texte dans l'oeuvre de C. Rutault. C'est dire surtout qu'il faut prendre cet artiste « au pied de la lettre ». Il est probablement le seul dans ce cas de figure. Cela ne signifie pas que l'on puisse réduire son oeuvre à un corpus conceptuel qui pourrait se passer de toute actualisation plastique, de toute « mise en oeuvre » physique. Une « définition/méthode », contient tous les possibles d'une oeuvre mais elle ne saurait en tenir lieu. Elle en est la condition de possibilité, une condition nécessaire et insuffisante puisqu'elle ne saurait tout dire de chaque possible qu'elle suppose. Le réel qui s'en déduit l'excède littéralement : « chaque nouvelle lecture / entraîne / la peinture ailleurs » (p. 136) En cela, l'oeuvre programmatique de C. Rutault est aussi à lire comme une expérience littéraire des limites du langage.
    De même que l'artiste n'a pas cessé de peindre pratiquement depuis qu'il a mis en place son dispositif descriptif/prescriptif (il a par exemple repeint, c'est-à-dire recouvert d'une couche monochrome grise ses anciens tableaux « figuratifs » ; il a aussi réalisé lui-même certaines de ses « définitions(méthodes »), de même a-t-il eu toujours soin de réviser son oeuvre « définitionnelle », amendant, augmentant, redistribuant son corpus assemblé successivement en deux volumes parus en 2000 et en 2016.
    Cherchant à réduire la peinture à sa plus simple expression, C. Rutault s'est engagé dans une interminée/interminable entreprise de déploiement discursif des variations possibles à partir de son thème initial. C'est ainsi qu'on peut lire ce massif textuel comme l'ekphrasis du musée imaginaire de son « travail ». Le lecteur y devient visiteur d'une rêverie contemplative qui s'attache à tous les aspects de l'oeuvre d'art : constituants, contextes, conditions, etc.
    Il y a un ton propre à C. Rutault, on pourrait aussi dire un style de pensée, tout en retenue méditative, ressassement, variations de focale, adossement historique, généralisation intempestive, reprises inépuisées, auto-analyse, inquiétude productive, inlassable : « la phrase prendra appui sur l'effacement / de celle qui l'a précédée » (p. 13). On retrouvera ce style dans déca-l'âge dont c'est ici le fac-similé fidèle. Un volume entier de notes, un cahier de pensée, une traversée des nuits de réflexion entre sommeil et insomnie, rêve et rationalisation.
    Le lecteur suivra, par-dessus son épaule, l'artiste au travail sur la partition, manuscrite au jour le jour, de son écoute intranquille : « j'aime écrire avec un stylo à plume, à l'encre noire sur un papier blanc » (p. 9). C'est l'antichambre des textes à caractère fictionnel que C. Rutault a écrits en marge du « livre » absolu des « définitions/méthodes » et par lesquels il poursuivait la peinture par d'autres moyens. Un livre d'heures décalé, patient, sévère, serein, intransigeant, « en attendant la fin du monde » (p. 13).

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