Livres en VO

  • Ecrit pour une conférence, en 1930, Jeu et théorie du duende «donne une leçon simple sur l'esprit caché de la douloureuse Espagne.» Le «duende» est un mot espagnol sans équivalent français. Il dérive, au sens étymologique du terme, de l'expression : «dueño de la casa» (maître de la maison). Le duende serait un esprit qui, d'après la tradition populaire, viendrait déranger l'intimité des foyers. Le second sens du terme est enraciné dans la région andalouse. Le duende désignerait alors «un charme mystérieux et indicible», rencontré dans les moments de grâce du flamenco. Ses manifestations s'apparenteraient à des scènes d'envoûtement. Les deux significations se rejoignent dans l'évocation d'une présence magique ou surnaturelle. Si le duende est universel et concerne tous les arts, c'est dans la musique, la danse et la poésie clamée qu'il se déploie pleinement, puisque ces arts nécessitent un interprète. Or, le duende n'existe pas sans un corps à habiter. Il s'incarne dans un embrasement obscur du soliste et du public, laÌ ouÌ les notions d'inteìrieur et d'exteìrieur n'ont pas lieu d'être. Ce minuscule décalage du regard qui donne à voir l'intervalle entre les choses, bouleverse le mode de pensée cartésien. Le duende, personnifié en esprit malicieux, semble être celui qui se produit, lors des représentations flamenco, drapé dans les gestes des danseuses et les voix des chanteurs. Garcia Lorca nous invite à pénétrer cet état comme on pénètrerait l'Etat espagnol, sa profusion de culture, sa fraîcheur, son obscurité tout à la fois.

  • Dans ce texte de 1928, le poète fait entendre la mélancolie des berceuses espagnoles. Des chansons fredonnées par les mères à l'heure du coucher aux quatre coins de son pays, García Lorca tire une conclusion surprenante : les mélodies chantées aux chérubins sont, à l'inverse des berceuses européennes, douces et tendres, emplies de tristesse. Mais si les niños sont endormis par des mots rudes et tristes, c'est pour heurter leur sensibilité qui sera mise à rude épreuve au long de leur vie. Loin de leur faire croire à une existence parfaite, les mères préviennent les petits de sa dureté. Mais le sommeil finit toujours par calmer l'enfant tiraillé, à l'image des films de Disney où la victoire du "gentil" le réconforte. Une astuce imparable pour endormir les petits monstres récalcitrants !

  • Les Notes sur la mélodie des choses datent de 1898. A la lumière de ce que sera l'oeuvre de Rilke, c'est sa poésie même qui, ici, se cherche. Le livre, d'une grande beauté, annonce magistralement son art poétique. L'ouvrage traite de cette atmosphère qui pousse les êtres à sor tir de leur individualité, pour se rejoindre en un choeur mélodieux, summum de l'accomplissement en art. Un autel sur lequel brûle une flamme sacrée figure, pour l'auteur, cet accomplissement.Rainer Maria Rilke a 23 ans lorsqu'il écrit ses Notes. Il a rencontré Lou Andrea Salomé l'année précédente, à Munich, où il étudie la philosophie et l'histoire de l'art. On peut supposer qu'elle lui a longuement parlé de Nietzsche. On trouve dans ces Notes, l'influence implicite de la Naissance de la tragédie. La distinction premier-plan/arrière-fond, l'articulation entre solitude et communauté renvoient aux considérations nietzschéennes sur l'apollinien et le dionysiaque. Rilke, comme Nietzsche, appelle de ses voeux une réforme de la scène qui soit, du même coup, un bouleversement dans la culture et jusque dans la vie, et mette en rapport les opposés. Or l'art, jusqu'ici, n'a pas oeuvré en ce sens.La mélodie des choses ne quittera jamais Rainer Maria Rilke. L'extrême attention portée à la fois au tout proche et à l'immensité de l'ouvert sera, jusqu'à la fin, l'un des traits constants de sa poésie ; la solitude en sera l'élément vital. Ce sont ses poèmes qui dresseront vraiment le théâtre de la mélodie des choses.

  • Au titre-jeu de mots, ce recueil a paru pour la première fois en 1927, vingt ans après Musique de chambre, qui lui avait valu l'admiration de poètes déjà reconnus, notamment Ezra Pound et T.S.Eliot. Avant d'être romancier, Joyce est d'abord poète ou. poémier. Pour lui, la poésie est un jeu, «art mineur», dit-il, mais aussi un véritable laboratoire de recherches linguistiques. Tout le ressort de l'oeuvre romanesque se retrouve là, dans ces po(è)mmes. Pourtant, sans jamais cesser d'être des jeux de l'esprit, ceux-ci distillent un sentiment de désenchantement. Ils sont en e. et marqués du sceau d'une dérive, physique (Dublin, Trieste, Zurich et Paris) et morale. Ils sont amers. Les pommes d'or du jardin des Hespérides réservent des surprises. « Tout un monde dans une coquille de noix. »

    Indisponible
  • Et tout homme pourtant tue la chose qu'il aime.

    Que tous entendent bien cela, il en est qui le font d'un simple regard aigre, d'autres d'un mot de flatterie, le lâche, pour le faire, utilise le baiser, et le courageux une épée !
    Oscar wilde.

  • Dans cette conférence donnée à New York en 1948, John Cage jette un regard lucide sur les débuts de sa carrière ponctués d'anecdotes édifiantes. C'est avec la plus totale sincérité que John Cage décrit ici le cheminement qui l'a conduit à devenir compositeur. Il a d'abord commencé par des études d'architecture. À ce sujet, il raconte, non sans humour, un voyage en France, pays qui lui sembla totalement recouvert d'architecture gothique ! Mais très vite, il se tourne vers la peinture et la composition. Il détaille ses influences, ses préoccupations et ses envies. L'éventail de ses références est à cet égard vertigineux : les mouvements de la danse moderne, le jazz, les futuristes italiens ou encore les rites des Indiens Navajo. Sans crier gare, il livre là, de manière extrêmement limpide, une théorie de la musique avant tout tirée de son expérience. On y apprend notamment que sa musique était diffusée à la radio durant la guerre pour démontrer que l'Amérique aimait l'Orient... John Cage se révèle ici, outre un "maître du hasard" à la manière de Duchamp, un immense pédagogue.

  • Dans Le Mariage du Ciel et de l'Enfer, recueil de poésies en prose publié en 1790, William Blake exprime sa méfiance vis-à-vis de la conception religieuse manichéenne de la vie. En Enfer, la sagesse des démons triomphe sur celle des anges. L'Ame et le Corps ne sont pas pour William Blake deux entités distinctes. Le poète proclame au contraire l'unité humaine, et un nouvel ordre moral dans lequel le vice et la vertu ne feraient qu'un. D'où ce titre ingénieux, Le Mariage du Ciel et de l'Enfer. Mêlant prose et poésie, humour et cynisme, il en vient à écrire une véritable apologie du Mal, à l'encontre des opinions de son époque qui encensait la Raison. Quand il évoque Jésus, c'est pour montrer les manquements du Sauveur aux dix commandements. Moderne tant par ses idées que par son style hybride, William Blake se détache ici des conceptions religieuses pour proclamer une vision novatrice de la vie, pleine de lucidité.

  • Douze

    Blok/Alexandre

    Dans une grande hallucination, Blok rédige Douze entre le 8 et le 28 janvier 1918. La publication de ce texte provoque une vraie tempête. Peu d'écrivains ont osé faire aussi vite de la Révolution le thème central d'une oeuvre littéraire. Dans les rues de Petrograd, les murs sont placardés d'affiches où figure un vers du poème : « Marquez le pas révolutionnaire ! » Les bolcheviques relayés par la critique soviétique font de Douze leur étendard. Pour eux, l'essentiel est clair : le poète est de tout coeur avec la classe ouvrière. Il ne se démarque pas des soldats de l'Armée Rouge. Pourtant, les choses sont plus complexes. Le poème s'attache à l'âme de la Révolution plus qu'à la révolution politique elle-même. C'est une oeuvre inaugurale au sens où elle invente le langage nouveau de la modernité poétique en Russie. Par ses recherches rythmiques Douze est lié à toute l'oeuvre antérieure de Blok, dont il est l'aboutissement et le dépassement. Son rythme novateur crée le vers tonique libre en russe : la distinction entre la cadence du vers et celle de la langue parlée s'efface. Les poèmes, au nombre de douze, n'en forment qu'un, liés entre eux par la continuité narrative de l'avancée des douze soldats dans la tempête de neige. Suivant la théorie du "poème énonciateur" de Mallarmé, la voix poétique progresse dans son propre inconnu, l'auteur découvre son poème en même temps qu'il l'écrit. Ainsi Blok "aperçoit" un Christ en suspension. Une utopie au sens où l'invention poétique est elle-même celle du politique.

  • Thérèse d'Avila raconte qu'elle aimait chanter sur la route en allant visiter ses couvents. Elle faisait preuve d'une grande facilité pour composer des vers au rythme syncopé ; des sortes de parodies religieuses de chansons d'amour, selon la mode qui existait à l'époque. Parce que les textes de Thérèse d'Avila s'en tiennent à sa propre expérience, ils semblent découvrir avec des yeux neufs les fondements du catholicisme, ou du moins les redéfinir et les réaffirmer.

  • Sur commande
empty