Littérature traduite

  • Un soir de mai 1975, le philosophe Michel Foucault contempla Vénus s'élever dans le ciel étoilé au-dessus du désert des Mojaves, dans la vallée de la Mort, en Californie. Quelques heures auparavant, il avait ingéré une dose de LSD offerte par les jeunes hôtes américains qui avaient organisé pour lui un road trip hors du commun. Ce fut une nuit d'hallucination et d'extase, qu'il décrira comme l'une des « expériences les plus importantes de [sa] vie », ayant bouleversé son existence et son oeuvre.
    Cet épisode, rapporté par certains biographes, a longtemps été sujet à caution, considéré comme tenant davantage de la légende que de la réalité. C'était avant que ne soit redécouverte une archive étonnante : le récit détaillé de cette aventure, consigné à l'époque par Simeon Wade, le jeune universitaire californien qui avait entraîné l'auteur de l'Histoire de la folie dans cette expérience psychédélique.
    Demeuré inédit pendant plus de quarante ans, ce document original, mêlant anecdotes et dialogues, peut aussi être lu comme un texte littéraire, la chronique d'une excursion où se noue une amitié et d'où resurgit l'esprit d'une période. L'auteur de l'Histoire de la folie dans cette expérience psychédélique. Demeuré inédit pendant plus de quarante ans, ce document original, mêlant anecdotes et dialogues, peut aussi être lu comme un texte littéraire, la chronique d'une excursion où se noue une amitié et d'où resurgit l'esprit d'une période.

  • Blues pour l'homme blanc

    James Baldwin

    • Zones
    • 27 Août 2020

    James Baldwin a écrit cette pièce en 1964 en réaction à l'assassinat de son ami Medgar Evers, militant des droits civiques, abattu devant son domicile du Mississippi le 12 juin 1963 par un suprémaciste blanc.
    L'accumulation des meurtres racistes aux États-Unis (dont celui de quatre jeunes filles noires dans un attentat à la bombe contre une église baptiste de Birmingham, Alabama, le 15 septembre 1963) constitue l'arrière-plan de ce cri de révolte scénique. La quasi-impunité qui suit ces actes sera l'élément déclencheur de ce travail.
    C'est aussi le meurtre atroce en 1955 de l'adolescent Emmett Till qu'il décide d'évoquer : « Dans ma pièce, écrit-il, il est question d'un jeune homme qui est mort ; tout, en fait, tourne autour de ce mort. Toute l'action de la pièce s'articule autour de la volonté de découvrir comment cette mort est survenue et qui, véritablement, à part l'homme qui a physiquement commis l'acte, est responsable de sa mort. L'action de la pièce implique l'effroyable découverte que personne n'est innocent [...]. Tous y ont participé, comme nous tous y participons. »

  • « Le manuel classique de l'industrie des relations publiques » selon Noam Chomsky. Véritable petit guide pratique écrit en 1928 par le neveu américain de Sigmund Freud, ce livre expose cyniquement et sans détour les grands principes de la manipulation mentale de masse ou de ce que Bernays appelait la « fabrique du consentement ».
    Comment imposer une nouvelle marque de lessive ? Comment faire élire un président ? Dans la logique des « démocraties de marché », ces questions se confondent.
    Bernays assume pleinement ce constat : les choix des masses étant déterminants, ceux qui parviendront à les influencer détiendront réellement le pouvoir. La démocratie moderne implique une nouvelle forme de gouvernement, invisible : la propagande. Loin d'en faire la critique, l'auteur se propose d'en perfectionner et d'en systématiser les techniques, à partir des acquis de la psychanalyse.
    Un document édifiant où l'on apprend que la propagande politique au XXe siècle n'est pas née dans les régimes totalitaires, mais au coeur même de la démocratie libérale américaine.

  • Le 23 novembre 1932, quelques semaines avant l'accession de Hitler au pouvoir, le philosophe Carl Schmitt prononce un discours devant le patronat allemand. Sur fond de crise économique, son titre annonce le programme : « État fort et économie saine ».
    Mobilisant des « moyens de puissance inouïs », le nouvel État fort, promet-il, ne tolérera plus l'« émergence en son sein de forces subversives ». Ce pouvoir autoritaire musèlera les revendications sociales et verticalisera la présidence en arguant d'un « état d'urgence économique ».
    Lorsqu'il lit ce texte de Schmitt, son adversaire de toujours, le juriste antifasciste Hermann Heller, ne saisit que trop bien de quoi il s'agit. Peu avant de prendre le chemin de l'exil (il mourra en Espagne l'année suivante), il laisse un court article qui compte parmi les plus clairvoyants de la période. Nous assistons là, analyse-t-il, à l'invention d'une nouvelle catégorie, un « libéralisme autoritaire ».
    Ce recueil rassemble ces deux textes majeurs de la pensée politique, encore inédits en français, assortis d'une présentation qui éclaire les rapports méconnus entre Schmitt et les pères fondateurs du néolibéralisme.

  • Comment, dans un paysage politique en ruines, reconstituer la vérité des faits? La réponse d'Eyal Weizman tient en une formule-programme: « l'architecture forensique ». Approche novatrice au carrefour de plusieurs disciplines, cette sorte d'architecture se soucie moins de construire des bâtiments que d'analyser des traces que porte le bâti afin de rétablir des vérités menacées. Impacts de balles, trous de missiles, ombres projetées sur les murs de corps annihilés par le souffle d'une explosion: l'architecture forensique consiste à faire parler ces indices.
    Si elle mobilise à cette fin des techniques en partie héritées de la médecine légale et de la police scientifique, c'est en les retournant contre la violence d'État, ses dénis et ses « fake news ». Il s'agit donc d'une « contre-forensique » qui tente de se réapproprier les moyens de la preuve dans un contexte d'inégalité structurelle d'accès aux moyens de la manifestation de la vérité.
    Au fil des pages, cet ouvrage illustré offre un panorama saisissant des champs d'application de cette démarche, depuis le cas des frappes de drone au Pakistan, en Afghanistan et à Gaza, jusqu'à celui de la prison secrète de Saidnaya en Syrie, en passant par le camp de Staro Sajmište, dans la région de Belgrade.

  • Libérée, la sexualité des femmes d'aujourd'hui ? On serait tenté de croire que oui. Pourtant, plus de 50 % d'entre elles se disent insatisfaites, que ce soit à cause d'un manque de désir ou de difficultés à atteindre l'orgasme. Si tant de femmes ordinaires sont concernées, peut-être qu'elles n'ont rien d'anormal et que ce n'est pas à la pharmacie qu'il faut aller chercher la solution. Le remède dont elles ont besoin est plus certainement culturel, et passe par une réorientation de notre approche androcentrée du sexe et du plaisir.
    Tour à tour reportage, essai et recueil de réflexions à la première personne, cet ouvrage enquête sur les dernières découvertes scientifiques ayant trait à l'orgasme féminin. On y apprend ainsi qu'une chercheuse en psychologie clinique a recours à la méditation de pleine conscience pour traiter les troubles à caractère sexuel. On y découvre aussi diverses façons dont les femmes choisissent de redéfinir leur sexualité. Cette aventure aux confins de la jouissance nous emmène jusqu'au festival Burning Man, où l'orgasme féminin est donné à voir sur scène, ou encore dans le cabinet feutré d'une thérapeute qui propose de soigner les traumatismes liés au viol à l'aide de massages sensuels.

  • Au-delà des théories classiques dont il retrace l'histoire en remontant à Platon ou à Vitruve, cet essai novateur propose une philosophie politique - et non pas simplement esthétique ou symbolique - de l'architecture.
    Partant du constat que la Révolution française s'est déroulée dans des rues et sur des places qui avaient été construites moins d'un siècle auparavant, et que les masses révolutionnaires n'auraient pas pu se rassembler si ces nouveaux espaces publics n'avaient pas existé, il s'interroge sur les conditions architecturales de la démocratie : quels types d'espaces rendent possibles ou impossibles certains types d'actes ou d'événements ? Où l'on apprend que le cours de l'histoire dépend de la construction de l'espace...
    Là où Michel Foucault avait étudié l'architecture en tant que technologie de pouvoir, Ludger Schwarte tente de cerner son rôle dans les mouvements d'émancipation. Si l'on conçoit les espaces publics comme des théâtres de l'action collective, alors la question est de savoir si leur configuration permet des interactions événementielles, des expérimentations créatrices. En ce sens, tout espace public authentique est fondamentalement anarchique.

  • Les bandits

    Eric John Hobsbawm

    • Zones
    • 11 Septembre 2008

    Robin des bois, bandit au grand coeur, qui vole aux riches pour donner aux pauvres, peut-il être considéré comme un simple « criminel » ? Hors-la-loi sans nul doute aux yeux du souverain, il apparaît en revanche, à l'intérieur de la société paysanne, comme un vengeur, un justicier et un héros. C'est la figure par excellence du « bandit social », personnage qui hante la zone floue entre la criminalité organisée et la révolte sociale.
    Des « Haïdoucs », bandits des Balkans, en passant par Jesse James ou Billy the Kid, le grand historien britannique Eric Hobsbawm retrace, dans cet ouvrage passionnant, l'histoire mouvementée du « banditisme social ».
    En prenant ses distances avec l'histoire officielle, il s'efforce d'inscrire le destin de ces marginaux dans une étude plus large des structures économiques et sociales qui conditionnent leur apparition, en mettant notamment en évidence le lien entre les « épidémies de banditisme » qu'il repère et d'intenses phases de crises économiques. Dans cette histoire de la désobéissance et de la violence, les personnages de bandits apparaissent dans une grande mesure comme les visages d'une réaction des communautés paysannes à la destruction de leur mode de vie.
    Si Hobsbawm a voulu écrire l'histoire des bandits, c'est parce qu'il y reconnaît la généalogie primitives des mouvements sociaux et de la révolte politique. La question du bandit, figure de transition entre deux logiques et deux formes d'action reste la suivante, toujours actuelle : comment passer, pour des révoltés, de la délinquance à la politique ?

  • «?Il ne s'agit pas ici d'histoire du livre ou du document. Il ne s'agit pas d'histoire des textes, d'histoire de la culture intellectuelle ou d'histoire des cultures populaires, pas même d'une histoire de l'écriture ou des écritures stricto sensu. L'aire disciplinaire qui nous intéresse est ou aspire à être plutôt une histoire des processus et des pratiques de fabrique et d'usage des produits écrits, quelles que soient leur nature et leurs fonctions, y compris (voire surtout) dans leurs dimensions anthropologiques et sociales les plus remarquables et les plus significatives. Du fait de ce choix épistémologique assumé, cet ouvrage, alternant réflexions et exemples, se présente comme une invitation à considérer les témoignages écrits (isolés ou en série, anciens ou récents, élégants ou relâchés, publics ou privés, exposés à la vue de tous ou cachés) comme autant d'épisodes d'un des chapitres les plus riches et les plus passionnants de l'histoire de l'humanité?: celui de ses expressions écrites.?»

  • Alors que la page Bush a été tournée aux États-Unis, la décennie qui s'achève restera comme celle des nouvelles guerres américaines. Judith Butler choisit de revenir sur cette période décisive en l'analysant d'un point de vue philosophique. Sa thèse est que les guerres en Afghanistan et en Irak ont profondément changé non seulement l'état géopolitique du monde mais aussi et peut-être surtout les cadres perceptifs dont nous disposons pour l'appréhender, le saisir ou le comprendre. Croisant perspectives psychanalytique et philosophique, elle interroge la rhétorique déshumanisante de la guerre contemporaine et se demande dans quelles conditions certains sentiments et dispositions morales peuvent à présent être éprouvés. À l'ère de la guerre télévisée, les vies des nouveaux damnés de la terre nous sont présentées comme en quelque sorte déjà perdues, dispensables, des vies dont le deuil n'a pas droit de cité.

  • L'oeuvre d'essayiste de Manzoni est peu connue, mais son Histoire de la colonne infâme, initialement envisagée comme un chapitre supplémentaire aux Fiancers mais publiée séparemment en 1840, est elle aussi couramment étudiée à l'école à l'instar de L'affaire Calas de Voltaire. La « colonne infâme » du titre désigne un monument qui fut édifié, par la volonté des juges, pour commémorer le procès (mené à grand renfort de terrifiants supplices), la condamnation et l'exécution, en 1630 à Milan, de plusieurs hommes accusés d'avoir propagé délibérément la peste par des « onctions pestifères ».
    C'est sur la question de la responsabilité des juges que Manzoni croise le fer. Dans l'Histoire de la colonne infâme, il s'attache à montrer que, même en des temps d'ignorance et dans un système pénal qui prévoit qu'on puisse infliger à un accusé des sévices atroces, les juges conservaient la possibilité, la liberté morale de ne pas le faire. Aussi, reprenant en main les textes des juristes que certains de ses prédécesseurs (Verri, Beccari) citent pour les accabler, Manzoni s'efforce-t-il de montrer que tous, bien que n'étant pas opposés par principe à la torture, recommandaient cependant de n'en user qu'avec discernement et modération, et jamais pour obtenir des aveux. Ce qui est en jeu, implicitement, c'est donc la question, ancienne et débattue depuis des siècles dans la théologie chrétienne, du libre arbitre. Mais tout autant, si l'on veut, avant l'heure, sa version plus moderne, celle du déterminisme. Sommes-nous libres de nos actions, de nos décisions, de nos pensées ? Ou sommes-nous si profondément (et inconsciemment) modelés par notre temps, par notre culture, par nos institutions, que nos « choix » ne sont, au vrai, que les conséquences inéluctables de ces divers conditionnements ? La question demeure d'une parfaite actualité. Il n'est que de songer aux polémiques qui ont entouré telles tentatives d'explication d'attentats terroristes récents en France. En réponse aux sociologues qui tentaient de comprendre ces actes dans un tableau causal complexe, des personnages politiques de premier plan objectèrent qu'expliquer, c'était déjà justifier. Plus que jamais, il nous semble requis, pour inconfortable que cela puisse être, d'enquêter inlassablement sur les raisons de la violence. L'Histoire de la colonne infâme nous est une invitation à ne pas refermer trop vite le questionnement sur les racines du mal.
    Histoire de la colonne infâme a fait l'objet d'une seule traduction française parue en 1843, reprise par d'autres éditeurs (Maurice Nadeau, 1982 ; Petite Bibliothèque Ombres, 1993). Outre que cette traduction comporte diverses erreurs ou inexactitudes, elle est, de fait, fort datée, d'où cette nouvelle traduction. Plusieurs options s'ouvraient au traducteur. Aux deux extrêmes : une traduction mimant les accents du français de l'époque, ne reculant pas devant les archaïsmes et la complexité des tournures, d'une part ; et, d'autre part, une modernisation totale, un parti pris d'acclimatation extrême, propre à donner au lecteur l'illusion que le texte a été écrit de nos jours. Nous nous sommes davantage inspiré de la seconde option, sans pour autant chercher à effacer entièrement l'ancrage historique du texte. Au bout du compte, nous avons opté pour une sorte de via di mezzo qui, tout en visant à rendre la lecture abordable et (assez) fluide pour un contemporain, respecte cependant dans ses grandes lignes la syntaxe, les tours de pensée et les phases argumentatives de l'auteur : son style, en somme ; car, s'il s'agit ici de ce que nous appelons un « essai », c'est aussi - et en dernière instance - l'oeuvre d'un écrivain.

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  • Mexique profond. Une civilisation niée, paru pour la première fois en 1987 (15 autres réimpressions seront réalisées depuis en langue espagnole), est un classique de l'anthropologie historique mexicaine. L'argumentation de Guillermo Bonfil Batalla dans cet ouvrage ne se réduit nullement à opposer de façon schématique le monde indien (« Mexique profond ») et le « Mexique imaginaire » (qui correspond au monde occidental). Certains passages attestent d'un désir de convaincre les lecteurs de la réalité de la domination qu'un groupe humain a exercée sur un autre depuis l'arrivée des Conquistadores sur le territoire mésoaméricain au début du XVIe siècle, mais l'enjeu est avant tout d'inscrire cet antagonisme au sein d'un processus historique évolutif qui tend parfois à en occulter l'existence, notamment à travers la négation de la présence des Indiens depuis l'époque Moderne.
    Le principal effort de Batalla vise à rendre sensible « l'ubiquité de la présence multiforme de l'indianité » en particulier en retraçant certains épisodes-clés de l'histoire du Mexique. De ce point de vue, les premières descriptions du monde préhispanique, non exemptes d'une idéalisation de l'autochtonie, ou les vigoureuses critiques formulées à l'encontre de l'entreprise coloniale, ne sont pas les plus surprenantes puisqu'elles s'appuient sur des données historiques bien connues. On notera cependant que, dès la première partie, plusieurs développements dépassent avec beaucoup de perspicacité bon nombre d'oppositions (ville/campagne, indien/ métisse) à l'intérieur desquelles le dualisme exposé dans l'introduction semblerait enfermer le propos de l'auteur. Les pages consacrées à la présence des Indiens dans l'univers urbain, dans les marchés ou pendant les activités rituelles font comprendre que l'anthropologue doit suivre la capillarité du corps social et non se contenter de délimiter des camps, territorialement hermétiques, dans lesquels vivraient de façon séparée des groupes différents.
    En affirmant que le monde indien apparaît partout, sous de multiples visages, le propos de Batalla consiste donc à interpréter le réel pour rendre perceptible une forme d'existence qui a été chassée du champ de la visibilité. À cet égard, la dimension la plus stimulante de la réflexion de l'auteur réside dans sa capacité à faire émerger les paradoxes, voire les réécritures de l'histoire, autour desquels, comme dans beaucoup d'autres sociétés, s'est construite l'identité du Mexique. Les chapitres III et IV de la deuxième partie, s'attachent ainsi à démontrer que l'Indépendance de 1812, puis la Révolution éclatant un siècle plus tard, sont loin d'avoir été les périodes les plus favorables pour les cultures indiennes, en dépit de la glorification de « l'Indien », popularisé par les grands peintres muralistes. Ainsi, en prenant des distances avec une histoire officielle largement répandue dans son pays, Bonfil décèle-t-il une « alchimie mentale qui perdure jusqu'à nos jours » en vertu de laquelle les Mexicains possèdent une « capacité à dissocier l'Indien d'hier et l'Indien d'aujourd'hui ».
    Pour ce qui concerne la dimension anthropologique, un des problèmes importants abordé par l'ouvrage est celui de l'articulation entre la multiplicité des peuples et leur intégration à l'intérieur d'un ensemble culturel uniforme, problème qui, depuis longtemps, aiguille la réflexion mésoaméricanistes (et dont l'insurrection du Chiapas ou l'élection de certains présidents indiens ne constituent que la partie la plus visible).
    Par ailleurs, Mexique profond s'inscrit parfaitement dans des débats extrêmement contemporains concernant le multiculturalisme, le métissage, les situations postcoloniales, la question de la visibilité des minorités.

  • La jeunesse britannique des années 1970 fut le creuset du punk et du "glam-rock " - avec la figure de Bowie -, mais aussi d'une puissante sous-culture rasta importée en Angleterre par les migrants caribéens. Pour comprendre l'émergence du punk, il faut saisir l'importance de ces dialogues, par styles interposés, entre jeunesse britannique et immigrée: les sous-cultures se répondent entre elles dans un jeu complexe d'échanges, de déplacements et de citations. Avec une avance remarquable sur l'état du débat intellectuel en France, cet ouvrage essentiel fournit des outils conceptuel pour mieux comprendre la grande circulation des signes et des ''identités'' qui traverse les sous-cultures de la jeunesse en situation postcoloniale.

  • Perpetuum mobile

    Paul Scheerbart

    Paul Scheerbart (21"3-2

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  • Les imaginaires en géométrie est un texte fascinant, quoi que parfois difficile d'accès. Les « imaginaires » issus de la théorie de la relativité d'Einstein lui permettent de construire un modèle unifiant le monde physique et spirituel grâce à des constructions qui, écrit Florensky, «ne sont pas des analogies ou des comparaisons mais des indications de similarités essentielles, qui ne doivent pas être acceptées ou rejetées selon ses buts personnels mais sont des choses dont la légitimité est déterminée par des prémisses correctement formulées : en résumé- des schémas mentaux nécessaires». En affirmant que la théorie de la relativité pour un corps se déplaçant à une vitesse supérieure à celle de la lumière est la géométrie du royaume de Dieu (et donc inacessible aux êtres humains), et ce en 1922 et en Russie, Florensky s'est attiré les foudres du pouvoir communiste de l'époque, qui finira par l'exiler dans un goulag en 1928, avant qu'il ne soit exécuté d'une balle dans la tête au fin fond d'une forêt de Sibérie en 1937.
    Triste fin pour l'un des scientifiques et théologiens russes les plus doués du XXe siècle.

  • Le Panoptique de Bentham, la Cage de fer de Weber, le Château de Kafka : depuis le début de l'époque moderne, ces édifices ont obscurci notre horizon. Pendant que les foules prenaient d'assaut la Bastille, ce monument de la tyrannie, les représentants de l'Etat oeuvraient déjà à la construction d'institutions plus redoutables encore d'ou ils pourraient continuer à taxer et dépenser, protéger et servir, surveiller et punir.
    Ce livre traite de la paperasse et de ses contradictions. Il part du constat que la paperasse, bien qu'elle soit réputée pour son caractère fastidieux, révèle quantité de surprises. Le bulletin de vote censé servir de fondement au gouvernement représentatif est déclaré nul à cause d'un trou mal perforé. Le mandat censé nous protéger contre les perquisitions et autres saisies arbitraires est émis par erreur à une mauvaise adresse. Le visa qui devrait nous permettre de travailler ou de voyager nous renvoie sans cesse au mme endroit dans l'espoir que, cette fois-ci, nous n'aurons pas oublié d'apporter les documents à l'appui. Et ce ne sont encore là que les types de documents parmi les plus visibles (la "grande faune charismatique" de la paperasse, pour ainsi dire).
    La paperasse syncope les rythmes de l'Etat, déstabilise ses structures. En temps normal, les accidents sont corrigés, les rythmes restaurés, les structures rétablies. Mais dans certaines conditions exceptionnelles (guerres, révolutions, catastrophes naturelles), un incident technique insignifiant peut mener à des conséquences désastreuses.
    J'entends par "paperasse" l'ensemble des documents produits en réponse à une demande, réelle ou imaginaire, émanant de l'Etat, qu'il s'agisse de montants enregistrés par de simples commis, de pétitions soumises par des citoyens indignés ou de textes fondateurs conservés par des archivistes officiels dans des hangars. Dans sa plus simple expression, mon argument est que la paperasse est imprévisible, et que cette imprévisibilité est source de frustration : frustration pour ceux d'entre nous qui consacrent une partie de leur travail à rédiger des notes et à remplir des formulaires ; frustration pour ceux d'entre nous qui sont dans l'attente du tampon ou de la signature qui leur permettra de reprendre le cours normal de leur vie ; et, surtout, frustration de l'intellect, y compris de l'intellect des intellectuels.
    Ben Kafka

  • La mort d'un pirate

    Adrian Johns

    En Angleterre, les pirates se sont multipliés. Forcément, il y a eu des conflits ; forcément, ces conflits ont parfois pris des allures de règlements de comptes. Le 21 juin 1966, Reginald Calvert, le propriétaire de Radio City, est abattu par son rival, Oliver Smedley, le patron de Radio Atlanta. Cet ultime affrontement entre deux pirates devait couler par le fond des bateaux qui eurent un rôle fondamental dans l'émergence de la pop : seules ces radios pirates offshore offraient à la jeunesse exaltée une musique absente des ondes de la BBC. La mort d'un pirate revient sur les origines de la radiodiffusion pour aborder les raisons profondes de cet événement détonnant. Dès l'apparition des premiers pirates dans les années 1920 (de simples auditeurs accusés de trafiquer leurs récepteurs), un combat technologique, économique, culturel et politique s'engage entre deux camps : ici les défenseurs du monopole d'État et de la BBC, respectueux de la propriété intellectuelle et soucieux d'instruire le peuple par les ondes ; là les féroces militants du laissez-faire financier, partisans des radios commerciales et de la liberté. Oliver Smedley et Reginald Calvert avaient choisi leur camp. Mais Radio City avait un avantage. Elle émettait depuis des anciens forts militaires, vestiges de la Seconde Guerre mondiale perdus dans les brumes de la mer du Nord : Shivering Sands... Avec l'expertise de l'historien et la plume d'un auteur de polar, Adrian Johns mène l'enquête et nous confronte aux interrogations soulevées par une société de l'information aujourd'hui devenue numérique : la légitimité des pratiques populaires, la liberté d'expression et de création, l'exercice de la démocratie, l'économie du droit d'auteur. Autant de questions qu'il adresse aux pirates modernes comme aux décideurs politiques.

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  • L'automobile est devenue l'arme privilégiée de l'action terroriste : pas un jour ne passe sans que des voitures piégées n'explosent en Irak contre l'armée américaine ou la population civile. Peut-on éclairer les stratégies terroristes contemporaines en retraçant leur généalogie et en suivant, sur le temps long, leurs usages et leurs évolutions ? Autrement dit, le terrorisme a-t-il une histoire ? C'est la thèse de l'historien américain Mike Davis, qui, après les attentats du 11 septembre, a voulu, pour mieux comprendre le présent, enquêter sur la genèse des terrorismes contemporains à partir de leurs techniques, en traitant l'art de l'attentat comme une technologie politique. Un matin de septembre 1920 à New York, un anarchiste italien du nom de Mario Buda, gare à l'angle de Wall Street un véhicule bourré d'explosifs. Il a inventé la première voiture piégée. Davis prend cet événement fondateur comme point de départ d'un récit qui nous mène jusqu'à l'Irak contemporain, en passant par les attentats sionistes contre les Britanniques en Palestine en 1947, par les attentats de l'IRA en Grande Bretagne et ceux des Tigres Tamouls au Sri Lanka. Arme furtive, spectaculaire, bon marché, simple d'utilisation, aveuglément meurtrière, sûre et anonyme, la voiture piégée apparaît rapidement au XXe siècle comme l'arme idéale pour des groupuscules marginaux auxquels elle fournit une force de frappe sans commune mesure avec leur poids politique réel. Autant de caractéristiques qui en font de cette technique la base fondamentale du terrorisme moderne, et aussi, selon Davis « une arme intrinsèquement fasciste qui assure à ceux qui l'emploient un bain de sang de victimes innocentes ».

  • En avril 1943, le ghetto de Varsovie se soulève contre l'armée nazie. Ce livre-témoignage raconte les cinq années de résistance clandestine qui menèrent à cet ultime combat. Bernard Goldstein appartenait à la direction du « Bund », l'organisation révolutionnaire des travailleurs juifs de Pologne. Trop connu pour pouvoir militer à visage découvert dans le ghetto, il fut exfiltré en zone « aryenne » afin de coordonner la jonction avec la résistance polonaise. Rescapé, il émigra aux États-Unis dans l'immédiat après-guerre, où il écrivit son récit des événements.
    Goldstein raconte l'invasion de la Pologne en 1939, les débuts de l'occupation, les premières mesures antisémites, l'instauration du ghetto en octobre 1940, la vie quotidienne à l'intérieur de celui-ci, les persécutions, les rafles, les grandes déportations, la découverte par les agents du Bund de la vérité de l'extermination, et la résolution obstinée, une fois le sort connu, de rester debout et de combattre jusqu'à la fin.
    Il nous offre un témoignage poignant, un véritable « tombeau » à la mémoire des combattants du ghetto qui, comprenant peu à peu que l'issue serait fatale, se dressèrent contre la mort, pour la dignité humaine.
    Bernard Goldstein appartenait à ce que l'on a appelé le « Yiddishland révolutionnaire » : à la fois juif et antisioniste, socialiste et antistalinien, son témoignage avait été occulté des mémoires. Cette réédition permet la redécouverte de l'une des voix les plus puissantes du XXe siècle.

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  • "Le savant, en blouse blanche, vous ordonne de tourner encore la molette, d'appuyer à nouveau sur le bouton. Face à vous, à travers la vitre, vous pouvez voir l'homme assis se tordre de douleur et crier à chaque nouvelle décharge électrique. De plus en plus fort. On vous a dit que c'était une expérience scientifique. Que le cobaye était consentant. Ça a l'air sérieux. Vous êtes payé. « Augmentez le voltage, vous devez continuer », répète encore la voix derrière vous.
    Allez-vous continuer ? Quand vous arrêterez-vous ? Irez-vous jusqu'à la décharge mortelle ?
    Mais le cobaye n'est pas celui qu'on croit. L'homme là-bas était un acteur. Il n'y avait pas de courant dans les électrodes. Ce n'était qu'un simulacre. C'était vous et non lui qui faisiez l'objet de l'expérience.
    Ce dispositif était celui que Stanley Milgram, professeur de psychologie à Yale, aux États-Unis, avait imaginé, en juillet 1961, trois mois après le retentissant procès du criminel nazi Adolf Eichmann, pour conduire une série d'expériences sur les « conditions de l'obéissance et de la désobéissance à l'autorité ».
    Pourquoi obéit-on ? Pourquoi se soumet-on à l'autorité ? Et surtout : comment et pourquoi décide-t-on de désobéir ? Milgram entendait percer les secrets des mécanismes du pouvoir et de l'atrocité grâce aux instruments et aux méthodes de la psychologie expérimentale.
    La célébrissime « expérience de Milgram » a fait couler beaucoup d'encre, inspirant critiques, militants, cinéastes ou romanciers. En complément à ce bref texte fondateur, l'un des premiers comptes rendus de l'expérience publié en 1965 par son concepteur, cette édition propose de revenir de façon critique, plus de quarante ans plus tard, sur la longue histoire des interprétations et des débats auxquels cette expérience a donné lieu ainsi que sur les présupposés philosophiques qui la sous-tendaient."

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