Benevent

  • Aïcha

    Béchir Ben Slama

    Aïcha a vécu la première étape de sa vie au palais du Férik entouré de faste. La seconde étape était rythmée par le mouvement du quartier limitrophe à la rue du Pacha où elle aimait observer le défilement quotidien de la vie populaire à la fois plaisante et rugueuse, rayonnante et triste, futile et profonde. Elle dominait par sa capacité de distanciation une marche du temps ponctuée par les assemblées des doyennes, les déchaînements de son père et les caprices de son frère Nasser. La vie lui a appris à se taire, à ne piper mot de ce qui lui traverse l'esprit. Elle paraissait inlassablement réservée face à ce qui agitait les siens et absolument impassible, car elle ne se laissait pas émouvoir par les nouvelles qui lui parvenaient ni par les incidents qui survenaient. L'observation et l'espoir semblaient être son seul refuge, À présent, elle est captive dans cette maison, privée de sorties, la seule soupape reste la Porte du Jardin qui se transforme en porte de l'Éden par laquelle toutes les femmes de la demeure accèdent à un espace égayé par la végétation.
    Aïcha est le périple ontologique tragique d'une enfant, jeune fille puis femme propulsée dans une société du début du siècle dernier, livrée aux traditions archaïques et à la prépondérance des mâles. C'est l'archétype de la condition féminine à travers des événements vécus par une femme qui ressemble à des milliers d'autres. Finalement, c'est un cri de révolte pour raviver la lutte contre l'injustice et l'obscurantisme.

empty