• Cet essai est une tentative de description des grandes mutations qui affectent la scène contemporaine depuis les années 1990. Il ne prétend pas faire le tour des textes et des poètes qui écrivent aujourd'hui pour la scène. Il se limite à décrire un certain type d'écriture, celle qui part du plateau, sous toutes ses formes, textuelle, visuelle, plastique, sonore. De nombreux artisans du plateau cherchent et inventent aujourd'hui de nouvelles relations à l'écriture. Leur enjeu n'est plus d'opposer texte et spectacle, pièce et mise en scène. Ce livre tente de saisir comment les artistes d'aujourd'hui, en ce début de XXIe siècle, rebattent les cartes de la création, et par l'écriture du plateau, déconstruisent les catégories du siècle précédent.

  • Walter Benjamin, philosophe, auteur notamment des Passages, des Chroniques berlinoises, a passé sa vie à tenter de comprendre le monde en lisant. Il lisait tout, aussi bien les contes pour enfants que les textes de théâtre ou les écrits des philosophes. Il s'intéressait à tout : au devenir de l'image, à la technologie, mais aussi à la littérature (il fut le premier introducteur et traducteur de Kafka en France). Si son oeuvre est fascinante, son existence l'est aussi. Mais il fallait, pour ne pas le trahir, la raconter en partant de ses textes, et les expliquer par les circonstances de la vie.
    La méthode de Bruno Tackels s'avère passionnante, car Benjamin eut une vie amoureuse et amicale ô combien fournie et aventureuse. Ami de Brecht, cousin d'Hannah Arendt, issu d'une famille bourgeoise, Benjamin rompt très jeune avec son milieu familial et, dans les cercles intellectuels de Berlin, veut opposer sa vision du monde à la déliquescence de Weimar puis à la montée du nazisme. On connaît hélas le sort des intellectuels antifascistes : réduit à s'enfuir d'Allemagne, Benjamin ira se réfugier à Paris, puis, progressivement, se précarisera.
    Bruno Tackels raconte la lente dérive de cet immense intellectuel qui ne peut vivre sans sa bibliothèque, et sa transformation inéluctable en clochard céleste. Au moment de l'invasion allemande, Benjamin, après avoir été interné dans un camp de transit, retrouve ses amis exilés à Marseille. C'est là qu'il décide de se suicider.
    Appuyé sur un travail gigantesque nourri par la découverte d'inédits, l'auteur engage ici une démarche très personnelle : le livre s'ouvre sur la lettre qu'il envoie à Benjamin par-delà la mort.

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  • Ce livre est une invitation au voyage, dans l'univers d'une troupe qui fait le tour du monde, au propre et au figuré. C'est le témoignage d'un spectateur privilégié qui a croisé le monde du Soleil à travers plusieurs fronts, celui des spectacles, mais également celui des combats politiques, pour les sans-papiers, contre le siège de Sarajevo ou pour la reconnaissance du Tibet. Et puis plus récemment, en 2011, durant le tournage du film, Les Naufragés du fol espoir, j'ai pu mesurer la force exceptionnelle de cette troupe, sa détermination, sa générosité, son engagement, et surtout sa cohérence absolue, qui fait durer l'aventure depuis près de cinquante ans.

    Si le Théâtre du Soleil a une âme, c'est sans doute parce qu'il a trouvé l'énergie d'un lieu véritable. Un abri, un refuge, un bivouac qui résiste dans un monde pour le moins désenchanté. La Cartoucherie logée en plein cour du bois de Vincennes a permis de donner corps et pierre à l'utopie que chacun des acteurs porte dans son cour et son esprit depuis trois générations. Une utopie qui ne cesse, jour après jour, de continuer à faire oeuvre.

    Dès ses premiers spectacles dans les années 1970, le Théâtre du Soleil revendiquait une véritable écriture de plateau, par le biais de « créations collectives » comme 1789 ou L'Âge d'or, avant de la mettre à l'école des grands textes de Shakespeare ou d'Eschyle, qu'il a su ranimer et transfigurer. Cette écriture de plateau confiée à la troupe, « en harmonie avec Hélène Cixous », trouve une nouvelle vigueur depuis une dizaine d'années, avec des spectacles véritablement écrits depuis la scène, par ceux qui l'habitent, conduits par Ariane Mnouchkine pour rendre compte de notre monde, et le transformer.

    Ces pages sont une flânerie buissonnière et subjective au royaume d'une utopie qui dure, et dont nous découvrons toutes les facettes : l'art des comédiens, l'art des spectateurs, le souci de l'histoire et du grand répertoire théâtral, la force de la musique, la présence du sacré, l'influence de l'Asie, l'importance de l'économie, la nécessité de la politique et l'urgence de la transmission, sans oublier le dialogue avec le cinéma - depuis toujours l'ombre portée sur la scène du Soleil.

    Bruno Tackels

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  • Dire qu'Anatoli Vassiliev est un metteur en scène ne suffit pas à définir l'épaisseur de son travail‚ loin s'en faut. Il faudra plutôt reprendre un très vieux mot - ici en France complètement défraîchi‚ mais parfaitement vivant pour dire le parcours de Vassiliev : Maître de plateau. Il est de ceux qui élèvent le théâtre au rang d'un art absolu. Une exigence de travail et de vie qui s'inscrit dans la grande tradition de la scène théâtrale russe depuis Stanislavski. Par son travail, Vassiliev rejoint ceux qui écrivent le poème de leur temps, à même le plateau.

    Écrivains de plateau‚ une réalité qui ne prétend pas rassembler une famille esthétique‚ ni même une pratique commune de la scène. Mais plutôt un regard porté sur nos plateaux‚ pour y décrypter les diverses solutions que cherchent les artistes pour raconter notre temps.

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  • Contrairement aux idées qui circulent, Rodrigo García ne fait pas un travail provocateur, ou élitiste‚ chic et tendance. Ceux qui s'en tiennent là étant précisément de ceux qui font le chic et les tendances. Il s'agit de lire son travail dans la durée, une valeur pas très à la mode, justement. Et de chercher les fils qui passent d'un texte à l'autre , d'un spectacle à l'autre, d'une version à la suivante.

    Avec ce quatrième volume consacré aux écrivains de plateau, Bruno Tackels poursuit sa réflexion sur les nouvelles « langues » de la scène, doublement à l'oeuvre chez Rodrigo García, metteur en scène et écrivain de son temps.

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  • Dans les champs de la langue, didier-georges gabily voyait loin.
    De chacun de ses voyages en écriture il revenait avec quelques morceaux inouïs, d'une saisissante humanité. organisé à la manière d'un glossaire, cet essai décline les motifs insistants qui peuplent l'espace littéraire de gabily, sa langue et ses acteurs, son temps et ses violences. compagnon de route du poète, bruno tackels tente de faire parler la difficulté intrinsèque de cette oeuvre en offrant quelques clés pour lire une langue au travail.

    Pour clore cet essai, il était juste de publier le dernier entretien public que gabily ait donné, quelques semaines avant sa mort. prenant appui sur l'expérience des répétitions, il y déroule l'ensemble de son parcours d'artiste et livre avec force ses convictions comme ses hésitations.

  • Autour de Romeo Castellucci, de sa soeur Claudia et de sa femme Chiara Guidi, est née la Societas Raffaello Sanzio, troupe italienne qui s'essaie depuis près de vingt ans à l'invention d'une véritable langue de la scène.
    En puisant dans tous les champs du savoir humain (art, science, philosophie), ce groupe parvient à créer des univers singuliers et des oeuvres innovantes où toute forme d'intelligence du monde est prétexte à une traduction scénique. C'est à partir de notes, chroniques et entretiens réalisés autour de plusieurs de leurs créations que Bruno Tackels pose ici le premier opuscule d'une série qu'il consacrera aux " écrivains de plateau ", ceux qui écrivent avec les mots " de " la scène, dans les " langues étrangères " de la scène.

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  • Une seule (petite) recommandation pour qui va entrer dans l'espace du Radeau. Ici le théâtre ne représente pas le monde‚ ni même la ville immense. Qui viendra dans l'esprit d'un désir de reconnaissance ressortira perdu‚ désorienté‚ voire blessé par ce qui ne lui sera pas arrivé. Car c'est bien l'enjeu du temps passé avec ceux du Radeau. « On ne raconte pas ça. On dit : quelque chose a passé. Est passé. S'est passé. » C'est ainsi que parlait Didier-Georges Gabily qui venait souvent les voir. Car avant le récit, en dessous du récit, c'est bien une petite machine « à voir ensemble » que François Tanguy met au point, de spectacle en spectacle, avec le Théâtre du Radeau. Et quand on fait taire le monde alentour, quand le silence commence à naître du plateau, les acteurs se mettent à parler en silence et l'air à circuler autrement.

    Bruno Tackels, après Les Castellucci, pose ici le deuxième opuscule d'une série consacrée aux « écrivains de plateau », ceux qui écrivent avec les mots « de » la scène, dans les « langues étrangères » de la scène.

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  • Les voix d'avignon

    Bruno Tackels

    • Seuil
    • 7 Juin 2007

    Après le succès du feuilleton radiophonique diffusé l'an dernier sur France Culture, Bruno Tackels a réuni la matière d'un livre pour fêter le 60e anniversaire du Festival d'Avignon ainsi que l'enregistrement de son feuilleton fourni sur un CD MP3. Remontant aux origines de sa création, il retrace en 20 chapitres toutes les péripéties qui ont accompagné cet événement annuel de renommée mondiale. Volonté politique, action culturelle militante, exigences esthétiques, amitiés déterminantes et luttes sans merci, Avignon rassemble tous les ingrédients d'un feuilleton dramatique chargé de sens et d'émotion. Outre la personnalité décisive de Jean Vilar, Bruno Tackels revient sur tous les metteurs en scène, acteurs et auteurs qui ont marqué le festival, qui continuent d'y jouer un rôle majeur et leur donne la parole. Il ne passe sous silence ni les changements de règnes ni les affrontements ni les enjeux souterrains qui modifient le visage du Festival au fil des années. Son enquête se nourrit de tous les témoignages et interviews recueillis auprès de tous ceux qui font l'âme du Festival, dramaturges, metteurs en scènes, acteurs, spectateurs.

    Bruno Tackels a 41 ans. Il est agrégé et docteur en philosophie. Il a enseigné l'esthétique et l'histoire du théâtre contemporain à l'université de Rennes II. Il est l'auteur de plusieurs essais sur Walter Benjamin, chroniqueur et producteur régulier à France Culture, notamment d'une émission mensuelle intitulée « Penseurs de théâtre ».

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  • L'attention du spectateur‚ c'est d'être surpris et ramené à des espaces qui lui sont proches‚ des sensations intimes qui lui parlent directement et profondément‚ sans la médiation d'une signification commune. C'est bien quelque chose qui part de l'indicible‚ et qui trouve forme sur la scène pour revenir‚ indicible à nouveau‚ dans l'imaginaire de chacun. (...).
    Il est des paroles‚ des présences‚ difficilement qualifiables ni programmables‚ comme des étoiles qui fulgurent‚ elles sont rares‚ incernables‚ elles ne laissent de traces‚ inattendues‚ que dans le noir éclairé de nos mémoires vacillantes.

  • Le temps n'a pas de prise sur le Théâtre de Pippo Delbono. Les figures qui hantent ses spectacles semblent revenir de très loin, de la nuit des temps, de cette période où l'inventait la Commedia dell'Arte. Traversées par les ombres d?Ensor et de Munch, ce sont des archétypes, profondément enfouis, qu´il vient ranimer devant nous, au son envoûtant de son verbe.
    Tour à tour conteur céleste, coryphée des caniveaux, pythie des temps modernes, apaisé par la sagesse orientale mais veilleur inlassable des injustices du monde? Pippo Delbono fait danser les mots comme des corps enfiévrés. Il capte les phrases des poètes Rimbaud, Pasolini, Artaud, Chaplin, Kane et tant d'autres pour inventer son propre monde? épique et intime à la fois. Un univers peuplé d'apparitions et de fantômes, qui nous entraîne aux limites de l'humaine nature.
    Souvent, les récits qu'il nous offre sont marqués du sceau de sa propre vie, ses souffrances, ses colères, ses amours, mais ils ne nous parviendraient pas si puissamment s'ils n'étaient pas portés par son étonnante troupe d'acteurs hors normes, marqués par la vie, acteurs de leur propre histoire. Mais la grande force de Pippo Delbono, léger et grave, poétique et politique, est de nous faire partager son histoire, qui nous regarde et nous apprend beaucoup sur les nôtres.

  • L'importance de l'oeuvre de Benjamin dans le champ de la pensée esthétique et politique du vingtième siècle n'est plus à démontrer. Dans ce livre, Bruno Tackels tente de reconstituer la genèse de cette " histoire d'aura ", en s'appuyant sur les multiples versions du texte, ainsi que sur des fragments inédits, essentiels pour retrouver la cohérence profonde de la pensée benjaminienne.

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  • Walter Benjamin (1892-1940), longtemps méconnu du public français, parce que desservi par la transmission de ses textes, ne cesse de nous surprendre par la force plurielle de sa pensée. Son impact dans le champ intellectuel contemporain ne cesse de progresser, avec insistance. Souvent lu que de façon fragmentaire, une introduction qui fasse droit à l'ensemble de son oeuvre s'avérait urgente et nécessaire.

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  • Trois cailloux pour Walter Benjamin est un ouvrage réunissant trois auteurs qui évoquent, chacun à sa manière, dans un texte inédit, la figure de Walter Benjamin.

    Pierre Michon, en un raccourci vertigineux entre le mode d'apparition des bêtes dans son enfance et celles qui défilent devant Adam dans le jardin de la Genèse, propose une méditation proche de la réflexion sur le langage du jeune Walter Benjamin.

    Guy Petitdemange se penche sur le mystère de l'écriture fragmentaire, en éclats, d'un Walter Benjamin partagé entre sa volonté de théoriser et une prose qui dit infiniment plus que tout système, proche en cela d'une oeuvre d'art qui contesterait, du sein même de l'élan qui la porte, les conditions de son apparition.

    Bruno Tackels évoque la figure d'un Walter Benjamin décalé, en rupture avec la morale bourgeoise de son temps. Un homme solitaire, clairvoyant, lucide jusqu'au naufrage, amené à adopter, tout au long de sa vie, des stratégies de survie qui s'apparentent à des formes modernes de piraterie.

    Trois lettres de Walter Benjamin clôturent l'ouvrage.

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