• L'art contemporain est l'objet d'une querelle : face à ce qui apparaît comme une « balkanisation » du champ artistique où il n'est jusqu'à la notion d'oeuvre d'art qui ne se dissolve, les uns chantent la liberté retrouvée, les autres dénoncent le règne du n'importe quoi.
    L'ouvrage de Denys Riout se propose d'aider ses lecteurs non pas à juger a priori, mais à comprendre comment on en est arrivé là. Il retrace, sur le mode thématique et chronologique, ce que fut le XXe siècle artistique, insistant notamment sur les grands mouvements - avant-gardes, manifestes, écoles - qui ont jeté, sous le nom d'art moderne, les soubassements de la situation actuelle de l'art. Par-là, il éclaire les grandes spécificités de l'art contemporain : comment s'est imposée la notion d'« arts plastiques » et l'oeuvre d'art a cessé d'être peinture ou sculpture pour se faire uniquement vidéo, photographie, performance ou exhibition du corps de l'artiste ; pourquoi les critères d'évaluation sont bouleversés, le rôle du commentaire critique devient constitutif de l'oeuvre, et l'artiste ne s'autorise plus que de lui-même pour décider ce qui est art et ce qui ne l'est pas.
    Si chacun demeure libre de porter un jugement, il dispose désormais avec cet ouvrage des éléments nécessaires pour le faire.

  • Le monochrome - le carré blanc sur fond blanc - est un objet ambigu.
    Représentation d'une absence de représentation, il est l'invisible rendu visible. Il semble donner accès à la quintessence de la vérité picturale : une icône.
    Mélancolique, il fait apparaître la dérision d'une peinture malade et à bout de souffle : les humoristes rient de ces tableaux qui représentent des jeunes filles chlorotiques sur fond de neige... Entre l'absolu et le nihilisme, le genre déploie ses possibilités immenses et paradoxales : couleurs, tailles, matières font la richesse du monochrome.
    Denys Riout cartographie ce territoire en procédant non pas chronologiquement mais logiquement : en remontant d'Yves Klein jusqu'aux précurseurs ironiques du XIXe siècle, il montre que l'image n'est pas l'autre du discours, mais un mode d'existence du savoir.

  • L'invisibilité des "oeuvres invisibles" n'est nullement due au hasard, à des circonstances malheureuses, la perte ou la destruction. Elles ont été pensées comme telles par des artistes qui ont sciemment décidé de les offrir aux amateurs sans les leur donner à voir, ou fort peu, ou encore durant un laps de temps très limité. La plupart ont une existence matérielle avérée.
    Certaines négligent la vue et mobilisent, au sein des arts plastiques, l'ouïe, l'odorat, le goût, le toucher. Quant aux oeuvres qui pourraient être visibles si l'artiste n'en avait pas décidé autrement, elles sont cachées, enterrées ou occultées afin que nous ne puissions les regarder.
    L'effacement du primat de la vue opère un bouleversement profond dans notre rapport aux "arts visuels".

    Certaines des oeuvres regroupées dans ce panorama ont déjà été réunies au sein d'expositions consacrées à l'art invisible, notamment A Brief History of Invisible Art (Los Angeles, 2005- 2006) ou encore Invisible. Art About the Unseen 1957-2012 (Londres, 2012). Les plus fameuses, souvent commentées, ont été étudiées par les meilleurs critiques et historiens mais jamais dans une perspective globale.

  • Yves Klein avait l'intention de publier un recueil de ses textes qui aurait eu pour titre l'Aventure monochrome. Ce choix résume à merveille son parcours, foisonnant comme un roman picaresque. Il souhaite d'abord devenir judoka, séjourne en Angleterre et en Espagne, puis réalise son rêve : étudier le judo au Japon. Lorsqu'il rentre à Paris en 1954, ceinture noire 4e dan, la Fédération française de judo refuse d'homologuer ses grades japonais. Yves Klein se tourne alors vers l'art. Devenu Yves le Monochrome, il adopte le bleu auquel il donne son nom - l'IKB, International Klein Blue-, projette l'art dans l'invisible, transforme ses modèles en " pinceaux vivants ". De l'immatérialisation du bleu aux Anthropométries, des Reliefs éponge aux Peintures de feu, des Zones de sensibilité picturale au Saut dans le vide, Denys Riout nous invite à découvrir l'un des artistes les plus novateurs de son temps, dont les audaces, constamment renouvelées au cours de huit années de création seulement, ne cessent de stupéfier. Et d'enchanter.

  • En avril 1958, Yves Klein, connu pour ses monochromes et son attachement au bleu, présentait une exposition dans laquelle nul tableau, nulle sculpture, nul objet n'étaient visibles.
    Cette manifestation, bientôt nommée " exposition du vide ", a fait date. Or ce titre qui n'était pas dû à l'artiste, rend son projet à peu près incompréhensible. Klein expliqua pourtant à de nombreuses reprises ses intentions. Grâce à cette " immatérialisation du tableau ", il espérait " créer une ambiance, un climat pictural invisible mais présent " capable de manifester, par son rayonnement, l'essence même de la peinture : la " sensibilité picturale immatérielle ".
    Peu après, Yves le Monochrome organisait des cessions de " zones de sensibilité picturale immatérielle ", payables contre un certain poids d'or fin, échanges pour lesquels il conçut un " rituel ". Depuis sa première tentative d'une présentation de la " sensibilité picturale invisible ", en 1957, jusqu'à sa mort, survenue en 1962, à l'âge de trente-quatre ans, Yves Klein n'a jamais cessé d'approfondir et d'affiner son propos.
    Parallèlement, il imagina d'utiliser le corps de jeunes femmes comme " pinceaux vivants ". Apposant l'empreinte de leur chair sur des supports disposés à cet effet, elles réalisèrent des peintures parfaitement visibles : des " Anthropométries ". Loin de relever d'une aspiration contradictoire, ces deux modalités d'existence de son oeuvre s'appuient sur une articulation qui est au coeur du Mystère chrétien fondamental, l'Incarnation.
    Telle est du moins l'intuition développée dans cet essai qui tente de retrouver, au-delà de la disparate des réalisations, l'unité profonde des préoccupations de l'artiste, catholique dont la dévotion à sainte Rita, patronne des causes désespérées, est attestée. Manifester l'immatériel, première étude exclusivement consacrée aux oeuvres immatérielles de Klein, entend décrypter la saga de cette fiction poétique et l'inscrire dans l'horizon culturel qui l'a rendue possible.
    C'est pourquoi l'enquête minutieuse menée à partir de nombreux documents connus ou récemment mis au jour, s'accompagne d'une plongée dans les racines philosophiques et religieuses de l'art occidental, préoccupé autant par la vérité qui gît dans l'invisible que par les splendeurs, les charmes du visible.

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  • Découvrez Constantin Brancusi, l'Hélice et l'Oiseau, le livre de Denys Riout

  • Le monochrome - le carré blanc sur fond blanc - est un objet ambigu.

    Représentation d'une absence de représentation, il est l'invisible rendu visible et semble donner accès à la quintessence de la vérité picturale : une icône.
    Mélancolique, il fait apparaître la dérision d'une peinture malade et à bout de souffle : les humoristes rient de ces tableaux qui représentent des jeunes filles chlorotiques sur fond de neige. Entre l'absolu et le nihilisme, le genre déploie ses immenses et paradoxales possibilités : couleurs, tailles, matières font la richesse du monochrome.

    Le livre de Denys Riout entreprend la cartographie de ce territoire en procédant non pas chronologiquement mais logiquement, en remontant d'Yves Klein jusqu'aux précurseurs ironiques du XIXe siècle.
    Le leçon de la recherche est que les tableaux sont des objets conceptuels et sensibles datés. L'image n'est pas l'autre du discours mais un mode d'existence du savoir. La visibilité pure relève du mythe.
    L'oeuvre est toujours un objet discursif intégré au monde de l'art et à ses catégories.
    Yves Michaud.

  • Yves Klein Japon

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    • Dilecta
    • 18 Septembre 2020

    « Né le 28 avril 1928 à Nice, dans un milieu d'artistes, Yves Klein a «pris le goût de la peinture au biberon» : «Tantôt je peignais ou dessinais sous l'influence de mon père, alors c'était des petits chevaux dans un paysage ou la mer, et mon père me disait 'formidable, très beau, continue...', tantôt sous l'influence de ma mère j'exécutais une composition abstraite, et alors ma mère s'écriait 'c'est merveilleux, quel talent continue...' [...] Le fait que mon père et ma mère soient peintres m'agaçait et m'éloignait de la peinture. Cependant, c'est à cause de cela aussi, j'étais tenu au courant grâce à eux des plus extrêmes idées d'avant-garde en peinture. Je cherchais, d'ailleurs un peu à cause de cela, à aller toujours plus loin.» Avant de devenir «Yves le Monochrome», ce qui passionne Yves Klein, l'homme du bleu aujourd'hui devenu un mythe, c'est le judo, alors peu connu en France. Cette passion le poussera à aller jusqu'au Japon où il obtiendra sa ceinture noire 4e dan.
    Pendant sept ans, de 1947 à 1954, il va se consacrer au judo au point de penser en faire, dans un premier temps, son métier. Le judo, à peu près inconnu en France au lendemain de la première guerre mondiale, s'est développé dans les années 1930.
    Arman, Claude et Yves Klein, le «trio infernal», rêvent du Japon et envisagent même de s'y rendre à cheval... Mais le 22 août 1952, Yves KLEIN sera seul à partir et ce ne sera pas à cheval. »

  • Dans les années 1880, les expositions impressionnistes mettent à mal le système académique, toujours dominant. Alors que Paris tente d'oublier les plaies de la guerre et de la Commune, un groupe de jeunes gens organise une exposition d'amusements en tous genres réalisés par "des personnes qui ne savent pas dessiner". Sous le titre d'"Arts incohérents", une série de manifestations égaient la capitale durant une dizaine d'années.
    Elles seront par la suite oubliées et la plupart des réalisations ont disparu. Par exception, sont demeurées les oeuvres "monochroïdales" imaginées par A. Allais qui expose en 1883 une Première communion de jeunes filles par un temps de neige : un simple bristol blanc. De la moquerie à l'instauration d'une conception nouvelle de l'oeuvre plastique, des Incohérents à Yves Klein en passant par Picasso, Marcel Duchamp, Francis Picabia et tant d'autres (groupes et individus), l'ouvrage rend compte d'une révolution silencieuse : une transformation radicale de la production artistique dont nous sommes aujourd'hui les héritiers.

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  • Un dimanche, une oeuvre, cycle de conférences initié en 1997 au Centre Pompidou par le critique d'art et commissaire d'expositions Marc Archambault, se voulait l'occasion de porter un regard approfondi et singulier sur une oeuvre choisie dans les collections du Musée, par un artiste, un conservateur, un écrivain, un historien ou un critique d'art. Cela avait lieu tous les dimanches à 11h30, à l'IRCAM d'abord puis dans la Petite salle, au premier sous-sol du Beaubourg. Vu le jour et l'heure, c'était un pari. Il a été gagné.
    Cet ouvrage, publié grâce à la complicité et à l'amitié des contributeurs, est un hommage à Marc Archambault et l'affirmation d'une conviction qui était la sienne : si l'amour de l'art existe, il ne se manifeste vraiment que dans les rencontres, toujours personnelles, avec des oeuvres, par définition singulières.

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  • Des photographies d'oeuvres de tags et de graffitis recouverts partiellement par les pouvoirs publics de différents pays à travers le monde. Un essai sur l'art et la légalité éclaire la démarche de l'artiste.

  • Catalogue consacré à une figure de l'art conceptuel européen, dont l'oeuvre procède d'une analyse critique du champ de l'art et des avant-gardes. L'ouvrage propose un panorama des travaux de l'artiste belge, des textes de Jean-Michel Botquin datés des années 1960-1980, ainsi que des contributions plus récentes de Nicolas Bourriaud, Denys Riout, Denis Gielen et Serge Bonati.

    En regroupant les textes écrits par Jean-Michel Botquin sur les oeuvres de Jacques Charlier des années 1960-1980, ce catalogue souhaite renouveler le regard sur la production de Jacques Charlier à cette époque, qui résume à lui seul un paysage artistique particulièrement fécond, dans lequel les avant-gardes ont diffusé un souffle de liberté activiste présent dans les rues, les galeries, et même les terrils belges. Des oeuvres plus récentes sont également présentées qui viennent appuyer le discours critique d'un artiste sans limite dans la variété de ses pratiques et la diversité de ses champs d'intervention, ce que souligne Denis Gielen dans son texte. Denys Riout et Nicolas Bourriaud ont quant à eux éclairé par leurs textes inédits l'ensemble d'une aventure artistique.

    Publié à l'occasion des expositions de Jacques Charlier « Une rétrospective » à la Panacée, Montpellier, du 14 octobre 2017 au 14 janvier 2018 ; « Peintures non identifiées » à la galerie Aperto, Montpellier, du 14 octobre au 4 novembre 2017, et « Peintures en tous genres » à la galerie Lara Vincy, Paris, du 17 novembre au 30 décembre 2017.

    Pionnier de l'art conceptuel européen, Jacques Charlier (né en 1939, à Liège, où il vit et travaille) propose une démarche sous-tendue par une analyse critique du monde l'art et des différents courants dits « avant-gardistes ». Privilégiant l'adéquation entre idée et médium, il choisit tour à tour la peinture, la photographie, la vidéo, la musique, l'écriture, la sculpture, l'installation, la BD ou la publicité. Il adopte avec aisance le langage des différents styles et époques pour mieux souligner et caricaturer les atouts, les contradictions et les régressions des courants artistiques dominants. Jacques Charlier participe à de nombreuses expositions internationales, individuelles ou collectives. Ses oeuvres se trouvent dans d'importantes collections privées et publiques en Belgique, en France et au Luxembourg.

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  • L'irruption du postmodernisme a favorisé la critique des avant-gardes artistiques du xxe siècle, des idéologies qui les avaient portées et même des oeuvres qu'elles avaient produites.
    Ces mises en cause ont occulté autant que révélé un ensemble de questions théoriques et historiographiques. Que signifie la fin des avant-gardes ? De quelle histoire celles-ci relèvent-elles ? Comment évaluer la force durable des oeuvres, indépendamment des discours qui ont accompagné leur création ? Que nous disent-elles de notre modernité ?

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