• Laura

    Eric Chauvier

    Tout semble opposer Éric et Laura. Si la réussite sociale de celui-ci n'a pas tenu toutes ses promesses, la déchéance de Laura est totale, aussi bien sur le plan amoureux que professionnel. En dépit de la colère ressentie face à l'impossibilité de communiquer, déclinée en impossibilité d'aimer, Éric tâche pourtant d'interroger ce fossé qui les sépare, à l'aune de ce qui les unit.
    Dans ce portrait de Laura, Éric Chauvier se lance finalement dans un examen autocritique d'une grande honnêteté, outrepassant les clichés qui trop facilement opposent l'intellectuel à ses sujets issus d'une autre classe sociale. À travers le récit d'un amour non advenu, ou survenu trop tard, l'anthropologue s'efforce de raconter autrement les fractures qui divisent la France d'aujourd'hui.
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  • Et si Baudelaire revenait parmi nous ? S'il flânait de nouveau dans nos ruelles ?
    En l'occurrence à Paris, comme en son temps. Dans ce récit haletant, Baudelaire resurgit sous la forme, non du dandy qu'il incarna jadis, mais du vagabond, misérable hère qui assiste, affalé sur le bitume, à la valse de nos contemporains et essuie leur mépris. Lui qui redoutait tant de se sentir inférieur à ceux qu'il dédaignait, le voici hué, puis bientôt hissé à la tête d'une parade de zombis avant de connaître le destin d'une âme suppliciée. Par vagues réminiscences, lui parvient le souvenir de son être passé et de son oeuvre. «La rue assourdissante autour de moi hurlait», écrivait-il jadis dans son poème À une passante.

  • Éric Chauvier tente de saisir les raisons de l'essor de la «crise» qui, plus qu'un mal de notre temps, apparaît comme le nouveau mode de désignation de la catastrophe vers laquelle se précipite l'espèce humaine.
    Loin de consentir à un tel fatalisme, l'auteur entreprend de mettre à jour ce qui se cache derrière ce mot, que l'on agite comme un paravent pour décourager toute tentative d'analyse du phénomène qu'il recouvre.
    Prenant à rebours la logique médiatique, Éric Chauvier adopte un point de vue microsociologique et tire d'un fait banal de la vie ordinaire l'élément révélateur du fonctionnement d'un système. Prenant ses racines dans le langage, c'est à une crise de la culture que nous sommes confrontés. Et Éric Chauvier démontre la nécessité impérieuse de se réapproprier le langage.

  • À mi-chemin du récit et de l'étude sociologique, Anthropologie est une enquête en creux, née de l'impression suscitée par le regard d'une jeune Rom mendiant devant un centre commercial. Troublé par ce visage, l'auteur évite d'abord la rencontre. Il décide finalement de rencontrer celle qui est à l'origine de son trouble. Mais elle disparaît à ce moment-là. Il tente alors de la retrouver et de percer le secret de cette figure devenue obsédante. À la façon du héros de Mr. Arkadin de Welles, il part à la recherche de tous ceux qui ont pu la croiser. De cette quête minutieuse, traque d'une absence, se dégage un tableau sociologique de la France contemporaine et de ses «exclus». Avec cet ouvrage, Éric Chauvier jette les bases d'une nouvelle façon de concevoir et de pratiquer l'anthropologie.

  • Depuis la fermeture de son abattoir, de sa mine d'or et de ses usines, la petite ville de Saint-Yrieix-la-Perche, située en Haute Vienne, connaît une déprise démographique et économique.
    Jadis objet de toutes les attentions municipales, la rue marchande est devenue atone. La population décline et vieillit ; le chômage et la part des emplois précaires augmentent ; l'ennui et l'anomie étendent leur domaine. Les mutations du capitalisme ont produit une ville sans qualité. Dans une enquête anthropologique où se mêlent mélancoliquement l'histoire intime du narrateur et l'histoire sociale des habitants de Saint-Yrieix, Éric Chauvier revient sur les traces de son enfance. À travers de multiples portraits, il tente de faire affleurer les vestiges d'un monde disparu et les fragments urbains d'une vie mutilée.

  • Interpelé par un article sur la "mocheté" de la banlieue paru dans un "hebdomadaire de la capitale", en l'occurrence Télérama, Eric Chauvier dresse un tableau de la réalité quotidienne des zones périurbaines contemporaines. Sous la forme d'un carnet de notes à mi-chemin entre l'écrit littéraire et l'enquête ethnologique, il définit l'essence de cette société demeurant habituellement dans l'ombre. Il la met en lumière sous. le "clair de lune des réverbères". L'auteur, lui-même résident de cette périphérie méprisée, en est justement un des acteurs. C'est pourtant bien à une étude sociologique qu'il s'attelle, renfermant moult anecdotes ironiques, cyniques ou bien tout simplement drôles - depuis le traditionnel jogging et les rencontres improbables dans des hypermarchés anonymes jusqu'à la gestion des excréments animaux. Ce faisant, il exprime sa révolte contre le jugement de classe déguisé en jugement esthétique émis par des journalistes bien-pensants. Fort d'une argumentation originale, limpide et pleine d'humour, ce témoignage persuade par son réalisme et sa poignante véracité. Un livre dans lequel le mot "contestation" prend vie, énoncée par un trublion qui ose, lui, s'élever contre ce qui le dérange.

  • "Aujourd'hui, le citoyen ne se pose plus de telles questions : il sait et énonce sans un doute ce qu'est une "hystérique", un "autiste" ou une "névrose". S'il boit moins de vin cuit que par le passé (des enquêtes en attestent), sa capacité à mimer la science aurait progressé au point de lui permettre d'affirmer résolument qui doit être enfermé, et dans quel compartiment de psychiatrie." "Travailler dans l'événementiel", en d'autres termes dans "ce qui fait le buzz". Tel est le souhait de Younes, adolescent de 16 ans de la Seine-Saint-Denis. Quant à vous, peut-être habitez-vous dans une "ville­-monde", où le flâneur ne flânerait plus mais participerait au flux mondial d'infor­mation. Ces concepts surplombants, plaqués sur des faits ou sur des groupes sans pouvoir les relier à l'expérience individuelle, voilà ce contre quoi Éric Chauvier s'insurge. Dans un même élan, il déboulonne quelques-uns des grands penseurs du monde social. Pierre Bourdieu, Claude Lévi-Strauss ou encore Michel Foucault en prennent pour leur grade. Mais aussi les gender studies tant à la mode ou encore les théories du care. Freud s'était en son temps inquiété de l'usage intempestif des termes de psychatrie, tels que "paranoïa" ou "schizophrénie". Non par élitisme mais par peur du danger que cela représentait : employer des mots lourds de sens pour les appliquer à des situations et des personnes qui ne présenteraient aucun des critères cliniques à même d'en justifier l'emploi. Éric Chauvier dénonce à sa suite les dommages de la vulgarisation scientifique. Plus encore met-il au jour les faux effets d'autorité qui en découlent. Dans la bouche de tout un chacun, le mot n'a pour le moins rien à voir avec la chose, voire ne désigne pas grand-chose. Et pourtant on en use et en abuse comme d'une drogue. L'auteur émaille sa dénonciation d'anecdotes personnelles - par exemple, la confrontation avec un neurologue suite à l'AVC de sa femme -, qui non seulement éprouvent la validité de sa pensée mais font sentir au lecteur l'évidence de cette "maladie du langage" dont tout un chacun souffre.

  • Paru chez Anacharsis en 2011, Anthropologie de l'ordinaire s'est imposé comme un essai des plus radicaux dans l'entreprise de revitalisation de l'anthropologie et de sa réintroduction dans le débat public.
    Fondé sur une critique des grandes théories classifictoires académiques, l'ouvrage dénonce les stratégies d'écriture qui refoulent les scories de l'enquête dans un hors-champ pour asseoir son autorité scientifique. Un procédé ici identifié comme une entreprise de « désinterlocution » des personnes observées. Au final, les livres ainsi obtenus cloisonnent des espaces étanches entre les « observés », les lecteurs et les anthropologues, ces derniers placés dans une position dominante, du reste non dépourvue de conséquences politiques.
    C'est précisément à partir de ce hors-champs, de ce foisonnement de l'ordinaire, qu'Éric Chauvier propose de reconsidérer l'anthropologie, réajustant de la sorte ses enjeux à sa pratique.
    Il ne s'agit plus ici d'extirper du terrain « l'essence de ce qui fait sens », mais de prendre acte des anomalies qui se font jour au cours de l'enquête, qui sont véritablement à la fois l'objet et la matière de l'enquête.
    Le renversement de perspective est radical, qui revendique sur le terrain comme dans la production littéraire qui en découle un « appariement des consciences » entre anthropologues, lecteurs et observés, soit : la condition d'un apprentissage partagé.
    Conçu comme une véritable « boîte à outils », Anthropologie de l'ordinaire. Une conversion du regard concerne toutes les sciences humaines.

  • Dans la ville natale de l'auteur, trois adolescentes, joggings baggy et tennis montantes, agressent un hipster - barbe, slim, lunettes à grosses montures. Témoin du lynchage, Éric Chauvier accourt mais, déjà, les jeunes filles se sont éclipsées. La victime écarte toute aide et se dirige vers le Dark Rihanna.
    L'auteur la suit, pénètre à son tour dans ce bar-club très tendance. Il désire une bière mais les codes du lieu lui échappent. Étranger dans la ville où il a grandi, il relie ce qu'il voit à ses souvenirs. L'ambiance qu'il aime d'ordinaire casser ici le submerge : tout est image. La clientèle forme autant de types : du «gentleman farmer hyperurbain» à une fausse Patti Smith en passant par une Debbie Harry plus réussie. Le narrateur parviendra-t-il à commander une bière ?

  • Somaland

    Eric Chauvier

    • Allia
    • 8 Mars 2012

    C'est devenu difficile de faire n'importe quoi.

  • « C'est que du bonheur », une phrase en apparence anodine, mais qui vient ponctuer, telle une grinçante ritournelle, l'ouvrage d'Éric Chauvier. Cinq mots, inéluctablement associés au souvenir d'une ex-petite amie, le cas X, qui vit de relations sociales superficielles et se contente de satisfactions futiles dans l'acquisition de biens matériels. La phrase de X passe d'abord inaperçue, (l'amour rend aveugle) et agit comme un écran illusoire. Mais, suite à leur rupture, l'impossibilité évidente de s'en accommoder saute aux yeux de l'auteur. L'emploi de l'expression « c'est que du bonheur » devient alors, pour lui, l'occasion d'une réflexion plus approfondie sur le langage. À partir d'une expérience personnelle, l'auteur construit une étude dont la forme oscille entre récit et essai.
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  • Peut-on observer et analyser la souffrance humaine avec la distance qu'exigent les sciences sociales ? C'est cette question qui hante le narrateur, anthropologue salarié pour évaluer le fonctionnement d'une institution pour adolescents en rupture familiale. Il observe les habitudes de vie dans ce lieu clos, les rapports entre éducateurs et adolescents afin d'en pointer les dysfonctionnements. Aux frontières des genres - récit intime, essai d'anthropologie, fiction familiale - cet ouvrage inclassable présente une forme inédite. Les méthodes des manuels et les grandes théories des sciences sociales conduisent l'auteur à l'impasse. Pour répondre au malaise provoqué par la voix irréelle et désaffectée de l'étrange Joy, il néglige le caractère 'froidement scientifique' de sa mission, et son étude va se focaliser sur le comportement singulier de cette adolescente. Il esquisse, au fil de ses observations, plusieurs pistes théoriques, abandonnées aussitôt qu'entreprises. Rattrapé par des signaux sensibles inattendus, il écoute les enregistrements des conversations, caché dans les toilettes, son bureau officieux, sous le regard usé d'un poster de Britney Spears. L'intonation de la voix de Joy, le regard taché de la chanteuse, le renvoient à ses fantômes. Ce n'est pas l'histoire de l'adolescente qui le trouble, c'est la souffrance qu'elle dégage et qui résonne en lui. Nouvelle Nadja, elle devient l'élément déclencheur d'une introspection involontaire qui le plongera dans les méandres de sa propre histoire. Éric Chauvier montre finement que la machine humaine est réfractaire à toute tentative de classification. Nos existences sont reliées les unes aux autres par des anomalies que nous nous efforçons d'étouffer afin de mieux nous en protéger. Mais si l'on parvient à les sonder, elles mènent à une compréhension inédite de soi, qui constitue la base d'une perception nouvelle des autres. L'observation réalise l'observateur.

  • Contre-histoire sauvage de Bordeaux met en scène les déambulations violentes de « deux sauvages », sur fond d'histoire négrière, à travers les rues et les quartiers de Bordeaux. Un récit singulier dans un univers postmoderne.

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  • La rocade bordelaise est un territoire qui présente la particularité d'être présent et absent à la fois. Présent parce que nous sommes nombreux à l'emprunter au quotidien. Absent parce que personne n'a jamais vraiment cherché à comprendre comment nous pratiquons et vivons ce territoire dans nos vies ordinaires.
    Cette approche à la fois anthropologique et littéraire vient combler ce vide en s'intéressant aux perceptions et aux représentations des usagers de la rocade. Ce ne sont certes pas des vérités, mais des perceptions singulières, qui permettent de poser des questions nouvelles sur cet objet jugé négativement, mais parfois de façon un peu hâtive. La rocade est pourtant traversée d'une foule de possibles : repère aff ectif, objet de croyances et de préjugés, motif de légendes urbaines ou d'expertises profanes, lieu informel de sociabilité et de ruses. Au fi nal, il faut bien admettre que ces 45 km d'asphalte sont très présents dans nos vies ordinaires. A ce titre, ils nous disent beaucoup de nous-mêmes.

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  • Éric Chauvier se démarque radicalement des canons académiques de l'anthropologie. A l'opposé de la fabrication d'un monde-objet déconnecté des aspérités du réel, s'appuyant sur Wittgenstein et Merleau-Ponty, il recentre dans cet essai vivifiant l'ambition anthropologique autour de l'écoute et de la transmission de l'ordinaire éprouvé sur le terrain. En orientant le regard vers les ruptures de familiarité qui surgissent lors des rencontres avec des interlocuteurs débarrassés de leur masque d'" informateurs " ; en concentrant toute l'attention sur les jeux de langage à l'oeuvre dans ces moments spécifiques ; en revendiquant un " appariement des consciences " entre narrateur et lecteurs par l'écriture même de l'enquête, il pose les attendus épistémologiques et immédiatement politiques de la pratique anthropologique. Avec ce livre, conçu comme un arrière-plan théorique de toute sa démarche narrative - et, plus largement, des sciences humaines -, il établit la nécessité de resituer l'anthropologie au coeur de l'espace public.

  • En choisissant d'enquêter sur sa propre famille, Eric Chauvier démontre la fécondité de l'implication du chercheur avec son objet d'étude.
    Par les connivences qu'elle autorise et les informations qu'elle fournit, cette démarche permet d'accéder aux plus profondes réalités. Ainsi, l'anthropologie montre sa capacité à étudier les multiples pratiques quotidiennes des sociétés occidentales contemporaines. Pour accéder avec la plus grande rigueur à ces intimités, l'auteur s'appuie sur toutes les ressources que proposent la micro-observation, l'herméneutique et la pragmatique du langage.
    Il donne ainsi une description précise, subtile et surtout authentique d'une famille puisqu'il a nécessairement accès aux relations et aux informations les plus occultes. Dans le respect de la nécessaire discrétion, ces procédures exigeantes lui permettent d'utiliser chaque parole mais aussi les silences et les secrets. L'originalité de la démarche appliquée à un tel objet ouvre de nouvelles perspectives à l'anthropologie par son sujet, par ses sources (le détail des paroles), par sa méthode et par ses modes d'écriture.

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  • Les exemples de professionnalisation de l'anthropologie regroupés dans ce livre portent sur des domaines divers: la sphère du travail social, celle du médico-social, celle du consulting et celle de la production de logiciels.
    Le point commun entre ces situations, même si elles incitent inégalement à l'optimisme, est qu'elles sont en train de se construire. Si elles n'ont pas encore de statut satisfaisant, certaines d'entre elles sont largement porteuses d'espoirs. Cette enquête indigène (celle d'un anthropologue sur ses congénères), propose de donner aux jeunes chercheurs et aux pourvoyeurs de projets professionnalisants des outils relatifs à des implications récentes et inédites de notre discipline.
    Pour autant, cette enquête ne prétend pas " tout dire " sur la professionnalisation. Elle cherche d'une part à restituer ce que des situations et des expériences singulières comportent de problématique dans des contextes de professionnalisation et, d'autre part, à apprécier comment ces situations sont traversées par des questions plus larges. Il s'agit toujours de suggérer le général en faisant parler le singulier.

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