• Dialectique du monstre : enquête sur Opicino de Canistris Nouv.

  • Dans le prolongement de l'Occupation du monde paru en 2018, Généalogie de la morale économique expose quelques-unes des voies par lesquelles s'est constitué l'imaginaire économique qui gouverne les sociétés occidentales et entrave l'appréciation de la catastrophe environnementale produite par l'expansion du capitalisme industriel et financier. Nous avons à déchiffrer, pour parler comme Walter Benjamin, l'affinité qui a permis au capitalisme de proliférer comme un parasite sur le christianisme.

  • La principale thèse de ce livre s'énonce simplement : il reste un impensé théologique au coeur de la raison économique, et l'ensemble de la conceptualité économique porte encore la marque de cette provenance. Le noyau initial en a été formulé, dans la seconde moitié du XIIIe siècle, par des théologiens éclairés qui n'y voyaient qu'un domaine particulier des relations sociales, requérant des règles morales spécifiques. Paradoxalement, les remaniements successifs de ce dispositif initial n'ont pas conduit à effacer, mais bien plutôt à en accentuer la composante théologique. Alors que les réflexions politiques et sociologiques ont eu maintes fois l'occasion de reformuler leurs postulats, la pensée économique est demeuré prisonnière de présupposés remontant à l'époque des Lumières, et cette structuration théologique invisible de l'économie est la première responsable de l'incapacité du monde occidental à faire face à la crise environnementale qu'il a provoquée. Au premier abord, il n'est pas évident que l'histoire intellectuelle du Moyen Âge occidental soit indispensable à une compréhension critique de la mondialisation actuelle, mais cet ouvrage vise à convaincre que c'est pourtant le cas. L'Occupation du monde est le premier volume d'une série de deux (le second tome paraîtra en 2019) consacrés à l'anthropologie économique occidentale et à son histoire, au sein de laquelle la pensée des scolastiques médévaux tient une place centrale.

  • Les Dames de Zamora. Secrets, stupre et pouvoirs dans l'Église espagnole du XIIIe siècle.
    Du dossier sulfureux d'un scandale de moeurs dans un couvent de soeurs dominicaines dans la Castille du XIIIe siècle, Peter Linehan a tiré une étude fascinante des problèmes d'un monde religieux bouillonnant et de l'univers troublé des femmes cherchant leur voie dans un monde dominé par les hommes. Ce qui aurait pu n'être qu'une anecdote devient une plongée magistrale, éclairant de façon extraordinairement vivante et savoureuse les comportements et les sentiments de toute une société. Les Dames de Zamora sont un modèle.

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  • Avec Le Marchand de Venise, en 1605, Shakespeare a gravé pour des siècles, via son personnage de Shylock, l'image du prêteur d'argent juif comme usurier détestable et cruel. Pourtant, à côté d'expressions de ressentiment et de frustration, des documents du Moyen Âge central et tardif (XI-XVèmes siècles) expriment aussi de la reconnaissance et de la gratitude envers un prêteur juif généreux et bienveillant.
    Ce retournement de l'image de Shylock apparaît en détail dans les minutes du procès, tenu à Marseille en 1317, dans lequel le juif Bondavin, de Draguignan, eut à défendre sa réputation de prêteur. Il fit comparaître pour sa défense vingt-quatre témoins, tous Chrétiens, qui confirmèrent l'estime dont il jouissait. Ce procès, dans son déroulement, donne l'occasion d'entendre les opinions et les sentiments de personnes ordinaires (et non pas de théologiens ou de canonistes) : marchands, hommes de lois, artisans...
    Le cas Bondavin, situé dans son contexte, comparé à d'autres affaires similaires, permet ainsi à Shatzmiller d'étudier et d'analyser les attitudes dominantes en Europe médiévale à l'égard du crédit juif.
    Son travail permet d'abandonner l'idée d'un Moyen Âge dominé par une histoire ininterrompue de haines et de malentendus entre Juifs et Chrétiens, pour reconnaître, à l'inverse, des liens d'amitiés, de respect, de générosité et de reconnaissance mutuelle entre les deux communautés.
    Cet ouvrage ouvre également de nouvelles perspectives sur la situation du prêt à intérêt dans l'Europe médiévale et, par là, éclaire de lumières inédites la pensée économique de l'Occident médiéval.

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